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La prudence est de mise face au financement des universités basé sur le rendement

Le 6 à 9

Avec Patricia Bitu Tshikudi

En semaine de 6 h à 9 h

La prudence est de mise face au financement des universités basé sur le rendement

Rattrapage du vendredi 23 octobre 2020
Une grande enseigne indique « Université de Saint-Boniface ». Sur le sol, on voit de la neige.

L'Université de Saint-Boniface

Photo : Radio-Canada

Le Manitoba étudie en ce moment un mode de financement des universités basé sur des indicateurs de performance, un « modèle qui est assez commun en Amérique du Nord », mais dont l'élaboration doit reposer sur une réflexion bien menée, signale Olivier Bégin-Caouette, professeur adjoint en enseignement supérieur comparé au Département d'administration et fondements de l'éducation de l'Université de Montréal.

Le professeur indique que 43 % du budget total des universités manitobaines proviennent d’un financement de la province, tandis que la moyenne canadienne se situe à 34 %. Selon M. Bégin-Caouette, il est important de prendre en compte cette proportion dans un modèle basé sur le rendement. Si cette portion est trop élevée, explique-t-il, des universités pourraient rencontrer des problèmes de fonctionnement, « parce que les universités ont des coûts de base qui ne varient pas en fonction du rendement », comme ceux liés aux infrastructures ou aux conventions collectives déjà signées.

Un tel mode de financement pourrait créer un cercle vicieux pour un établissement dont la performance est jugée moindre, qui verrait son financement amputé et qui, par conséquent, aurait un rendement encore moins bon par la suite. « Ça peut d’ailleurs être dangereux pour les communautés francophones », illustre M. Bégin-Caouette.

Le professeur souligne que les avantages et inconvénients d’un tel modèle dépendent aussi des indicateurs qui seront choisis pour mesurer le rendement des établissements. Ces critères peuvent comprendre notamment les taux de diplomation, les taux d’accès à l’emploi ou encore le salaire des diplômés.

Ce dernier critère apparaît particulièrement problématique à M. Bégin-Caouette, qui donne l’exemple d’un médecin choisissant une pratique communautaire, et dont le salaire sera moindre que celui de ses collègues. L’université pourrait alors encourager des avenues au détriment de certaines autres, qui remplissent pourtant des fonctions très importantes dans la société, rappelle le professeur.

L’adéquation entre le marché du travail et le programme de formation n’est pas toujours automatique ou directe, relève aussi le professeur. « Un diplômé en philosophie pourrait très bien se retrouver à travailler dans une entreprise de biopharmaceutique et avoir un très bon salaire », illustre-t-il.

Il ne faut pas ramener l’université uniquement à sa fonction de formation professionnelle.

Olivier Bégin-Caouette, professeur adjoint en enseignement supérieur comparé au Département d'administration et fondements de l'éducation de l'Université de Montréal

Un modèle de financement basé sur le rendement pourrait aussi avoir un impact sur les grandes universités de recherche, ajoute-t-il. Ces établissements sont en concurrence les uns avec les autres à l’international, sur la base de critères qui ne recoupent pas nécessairement les indicateurs de performance établis pour le financement provincial, soulève le professeur.

« Des découvertes qui mènent à des prix Nobel, ce n’est pas nécessairement ça qui mène à de la commercialisation ou à des emplois », précise-t-il. « Si, par exemple, les indicateurs choisis venaient à nuire au financement de l’Université du Manitoba, ça pourrait nuire au rayonnement mondial de la province », mentionne le professeur.

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