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Le 6 à 9

Avec Patricia Bitu Tshikudi

En semaine de 6 h à 9 h

Les nominations de leaders unilingues « normalisent » un manque de bilinguisme, selon un professeur de sciences politiques

Rattrapage du mercredi 12 août 2020
Le Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP) à Winnipeg.

Le Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP) à Winnipeg

Photo : MCDP

La nomination d'Isha Khan à la tête du Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP) a été annoncée cette semaine. Si plusieurs ont salué le travail de cette première femme présidente-directrice générale du Musée, la nomination d'une personne unilingue soulève néanmoins la question du bilinguisme des dirigeants d'institutions nationales.

Cette nomination « n’enfreint pas la Loi sur les langues officielles », signale Rémi Léger, professeur associé en sciences politiques à l’Université Simon Fraser. Toutefois, poursuit-il, elle va à l’encontre de « l’esprit de la Loi ». En effet, souligne-t-il, avec l’adoption de cette loi, « on visait une société dans laquelle il serait de plus en plus normal que nos dirigeants soient bilingues dans les deux langues officielles ».

Or, soutient le professeur, avec cette nomination à la tête du seul musée national à l’extérieur de la capitale nationale, on « normalise le fait que c’est tout à fait correct de ne pas parler le français malgré que le français est une langue officielle du pays ». Selon Rémi Léger, ce n’est pas Mme Khan, elle-même, personnellement, qui devrait porter le blâme de cette situation, laquelle témoigne plus largement d’un non-respect, depuis 50 ans, de l’esprit de la Loi sur les langues officielles.

On est dans un pays aujourd’hui où l’élite du pays, les dirigeants ou les dirigeantes, ceux et celles qui aspirent à diriger nos institutions nationales, y compris les musées, sont des gens qui ne s’expriment souvent pas dans l’autre langue officielle, le français.

Rémi Léger, professeur associé en sciences politiques, Université Simon Fraser

M. Léger reconnaît que d’après le curriculum vitae de Mme Khan, il s’agit de « quelqu’un qui est plus que qualifié pour occuper le poste ». Il souligne que dans le processus de sélection pour un poste comme celui de PDG du MCDP, « il faut essayer de cocher plusieurs cases », comme la connaissance des dossiers, la maîtrise des langues officielles, la représentation des gens issus de la diversité et de la population autochtone, etc.

Dans l’éventualité où la personne choisie ne maîtrise pas le français, le professeur de sciences politiques indique qu’une solution à court terme consisterait à nommer des francophones à d’autres postes clés de la haute direction, comme c’est le cas en ce moment au MCDP. Dans cette situation, soutient le professeur, il faudrait que les personnes parlant le français interviennent publiquement dans cette langue.

Néanmoins, croit M. Léger, le gouvernement canadien devrait se doter d’une vision à plus long terme, d’un « projet de société » qui valoriserait davantage la maîtrise du français comme de l'anglais, de sorte que les leaders de demain parlent d’emblée les deux langues officielles. « Ultimement, c’est ce à quoi l’on devrait aspirer en tant que société », insiste-t-il.

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