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Il s'appelait Eric : un visage sur la crise des opioïdes

Le 15-18

Avec Annie Desrochers

En semaine de 15 h à 18 h

Il s'appelait Eric : un visage sur la crise des opioïdes

Audio fil du lundi 30 septembre 2019
Une dame tient la photo d'un jeune homme souriant pour la série de reportages sur la crise des opioïdes diffusé à l'émission Le 15-18.

« Il s’appelait Eric : un visage sur la crise des opioïdes », un dossier de l'émission Le 15-18

Photo : Jean-François Lemire / Design : Radio-Canada

Au cours des 9 premiers mois de 2018, plus de 4500 Canadiens sont morts d'une surdose d'opioïdes. Annie Desrochers a entraîné l'équipe de reporters du 15-18 dans une quête pour mettre un visage humain sur cette crise de santé publique.

La photo est sur une tablette à côté de blocs sur lesquels on peut lire « kind », « peace » et « gratitude ».

La photo d'Eric Jarner, au centre de traitement des dépendances Andy's House

Photo : Jean-François Lemire

Éric Jarner avait 35 ans. Il vivait à Montréal. Il avait des projets plein la tête. Tous les soirs, il appelait sa mère, Norma Brown, pour lui dire qu’il l’aimait. Toutefois, le 25 février 2015, Norma attendait, en vain, la sonnerie du téléphone. « Il n’a jamais manqué ça de sa vie, raconte-t-elle. Et, ce soir-là, je n’ai pas de nouvelles. Mon cœur de mère a commencé à se poser des questions. »

Elle est debout à côté d'un meuble sur lequel on voit une statuette d'ours polaire et des chandelles; il y a une peine sur le mur derrière elle, et il y a aussi une fenêtre derrière Norma Brown

Norma Brown, la mère d'Eric

Photo : Jean-François Lemire

À 17 h, des policiers du Service de police de Montréal ont pénétré dans l’appartement d’Eric. Ils l'ont trouvé étendu, le visage contre le sol, dans la salle de bain. Dans son sang, le coroner a découvert un taux phénoménalement élevé de fentanyl.

Norma a reçu la visite des policiers à 21 h 50. « Ça m’a donné un tel choc, que je n’ai pas pu pleurer. Ça m’a pris trois mois avant de pleurer. Tu ne réalises pas que c’est arrivé. »

Eric a été dépendant aux drogues dures pendant plus de 15 ans. Ses proches le savaient. Il était suivi par une médecin et il était médicamenté, mais personne ne s’attendait à le perdre aussi subitement.

Des seringues sont posées sur une table.

Pour la première moitié de 2019, il y a eu 621 hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes, soit une moyenne de 104 hospitalisations par mois. Source : Institut national de santé publique du Québec

Photo : Jean-François Lemire

« J’étais surpris, parce que je venais de lui parler au téléphone, même pas deux ou trois semaines avant, et il semblait bien, comme tout le temps », raconte son cousin et ami Martin. « Il m'a parlé de ses voyages; il s’en allait bientôt. J’étais surpris de sa mort et de la cause de sa mort. Pourquoi? Ça a été ma première question. J’ai ressenti de la déception et de la tristesse. »

Elle est devant une fenêtre et à côté d'un meuble.

Carole Brown, la tante d'Eric Jarner

Photo : Jean-François Lemire

« Quand il était petit, c’était un petit garçon vraiment attaché à sa maman », se rappelle sa tante, Carole Brown. « Il la suivait partout. C’était un petit garçon qui avait besoin d’amour des autres. On sentait que pour lui, c’était très important de se sentir aimé, accepté. »

Elle est assise sur son bureau devant une fenêtre.

La Dre Marie-Ève Morin, fondatrice et directrice médicale de la Clinique Caméléon

Photo : Jean-François Lemire

La Dre Marie-Ève Morin, dont il était le patient, n’a jamais vu venir sa mort. « Des fois, quand les patients sont intelligents, on pense qu’ils sont à l’abri des erreurs, d’une surdose. Je pensais qu’Éric était invincible, mais ça n’a rien à voir avec l’intelligence. »

Comment un homme aussi intelligent qu’Éric, qui avait des projets et était bien entouré, a-t-il pu se rendre jusque-là?

À 16 ans, Éric s’est mis à consommer de la marijuana. Sa mère a décidé de ne pas trop paniquer, mais deux ans plus tard, alors qu’il venait de s’installer à Montréal avec sa copine pour étudier au Collègue Dawson, un appel l’a ébranlée : « Il m’a dit : “Maman, est-ce que je peux t’emprunter 50 $?” Il ne manquait de rien, alors j’ai dit : “Pourquoi?” Il m’a dit : “Parce que je pense que je suis addict et que si je n’ai pas ça, je sais que je vais mourir aujourd’hui” ».

À ce moment, Éric consommait bien plus que de la marijuana. Il était accro à l’héroïne.

Selon la Dre Marie-Ève Morin, contrairement à des drogues comme la cocaïne, le plaisir que procurent les opioïdes est de courte durée : « Au début, ça peut être agréable. C’est pour ça que les gens recommencent. Toutefois, à un moment donné, assez rapidement (ça peut être en quelques semaines), si la consommation est quotidienne, la personne peut être dépendante physiquement, et là, il n’y a plus vraiment de plaisir à consommer, il y a juste un plaisir à soulager le sevrage. »

Il est assis à son bureau.

Le Dr Jean-Pierre Chiasson, fondateur et directeur médical de la Clinique Nouveau Départ

Photo : Jean-François Lemire

Le Dr Jean-Pierre Chiasson a pu faire ce même constat. Lui-même a déjà perdu un fils à cause de la drogue et il consacre sa vie aux alcooliques et aux toxicomanes. C’est dans sa Clinique Nouveau Départ qu’Éric a commencé ses traitements, il y a plusieurs années.

Les ressources médicales en toxicomanie sont vraiment insuffisantes. Les centres de thérapie sont insuffisants. [...] C’est une maladie fréquente, qui est omniprésente, qui touche toutes les classes de la société et qui donne un grand taux de mortalité.

Le Dr Jean-Pierre Chiasson, fondateur de la Clinique Nouveau Départ
Une peinture d'un caméléon est accroché au mur.

Cette toile est accrochée au mur de la Clinique Caméléon. Elle a été peinte par une héroïnomane avant son incarcération. Aujourd'hui, la patiente ne consomme plus et entretient de bons liens avec ses proches.

Photo : Jean-François Lemire

La dépendance transforme les patients en caméléons, selon la Dre Morin. Éric en était le plus bel exemple. C’est d’ailleurs de lui qu’elle s’est inspirée pour nommer sa clinique : « Je trouve que c’est un des plus grands caméléons que j’ai connus. Un caméléon, ça change de couleur pour survivre, pour s’adapter selon la température, les ennemis et tout ça. Donc, pour moi, les patients dépendants sont des caméléons puisqu’ils survivent. »

Toutefois, malgré les thérapies, les médicaments et le soutien de ses proches, Eric ne s’en est pas sorti.

« Il m’a dit : “Il n’y a rien qui m’enlève le mal, m’man.” Je pense qu’il le savait qu’il ferait une rechute et que c’est pour ça qu’il avait l’air tellement… tellement triste. »

L'urne est placée sur une étagère dans un présentoir avec un lampion à son effigie à côté.

L'urne d'Eric dans la maison familiale

Photo : Jean-François Lemire

Norma n’en a jamais voulu à son fils d’avoir sombré dans la dépendance.

J’ai compris, avec le temps, que c’est une maladie. C’est comme quelqu’un qui a le cancer. Est-ce que tu le jetterais dehors? Est-ce que tu le laisserais être malade tout seul?

Norma Brown, mère d'Eric Jarner

« La crise des opioïdes, c'est dur pour ceux qui partent, mais c'est encore plus dur pour ceux qui restent », dit-elle.

Elle est devant un mur jaune et une fenêtre cachée par des stores.

La mère d'Eric Jarner, Norma Brown

Photo : Jean-François Lemire

Si vous êtes inquiets à propos de votre consommation de drogue ou celle d’un de vos proches, des gens sont là pour vous soutenir. Partout au Québec, vous pouvez téléphoner à Drogue, aide et références au : 1 800 265-2626.


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