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Le taxi, une industrie sans cesse confrontée à des crises

Le 15-18

Avec Annie Desrochers

En semaine de 15 h à 18 h

Le taxi, une industrie sans cesse confrontée à des crises

Un chauffeur de taxi à côté d'une ligne de taxis

Un chauffeur de taxi à côté d'une ligne de taxis

Photo : Archives de Radio-Canada

« Il n'y a pas vraiment eu de moments heureux dans l'histoire du taxi », affirme le professeur Jean-Philippe Warren, du Département de sociologie et d'anthropologie de l'Université Concordia. Pourtant, malgré les difficultés de l'industrie qui se perpétuent et les crises qui se succèdent, les chauffeurs semblent trouver une certaine satisfaction dans leur métier. C'est tout un monde de contradictions et de paradoxes que Jean-Philippe Warren décrit dans son livre Histoire du taxi : des taxis jaunes à UberX.

Selon Jean-Philippe Warren, les chauffeurs de taxi sont entièrement dépendants des décisions qui se prennent au gouvernement et ils en viennent à se sentir seuls derrière le volant de leur véhicule. Ils ont cette curieuse impression d’être à la fois des esclaves – c’est le terme qu’ils utilisent – et d’être libres, sans patron au-dessus d’eux pour leur dire quoi faire, dit-il.

Le taxi est l’une des rares industries où les conditions de travail se sont dégradées avec le temps. Au début, les chauffeurs étaient rémunérés à l’heure, mais les propriétaires de taxis ont vite compris qu’il serait plus rentable pour eux de les payer en fonction des revenus qu’ils rapportaient à l’entreprise. De 1920 à 1950, les chauffeurs ont donc été à la merci de leur taximètre, mais ils ont vite appris à trafiquer la machine à leur avantage.

Plusieurs propriétaires de taxis à Montréal ont donc décidé de louer leurs véhicules à des chauffeurs, qui devenaient ainsi entièrement responsables de leur gagne-pain. Cela s’est traduit par une baisse de revenus pour les chauffeurs, dont certains se sont même endettés, ne gagnant pas assez d’argent pour payer la location de leur taxi.

Des liens avec le FLQ

Le Front de libération du Québec (FLQ) était très sensible à la cause des chauffeurs de taxi, dont plusieurs étaient membres de l’organisation. C’est d’ailleurs grâce à ce métier que certains felquistes ont été témoins des inégalités dans la société québécoise. Eux qui vivaient dans des taudis de l’est de la ville, ils allaient cueillir leurs clients dans les beaux hôtels et les grands restaurants du centre-ville de Montréal, et ils allaient les porter à leur demeure somptueuse d’Outremont ou de Westmount, raconte Jean-Philippe Warren.

Victimes de racisme

Pour de nombreux immigrants, l’industrie du taxi a été une porte d’entrée vers le marché du travail, mais le prix à payer était élevé. La première fois que l’on prononce l’expression "racisme systémique", c’est en 1984, à Montréal, dans un rapport de la Commission des droits de la personne, parce qu’il y avait eu énormément de discrimination envers les Québécoises et les Québécois d’origine haïtienne dans le milieu du taxi, souligne Jean-Philippe Warren.

Le professeur précise que ce racisme se manifestait au grand jour, explicitement, souvent même par les comportements de policiers.

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