Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Annie Desrochers
Audio fil du lundi 29 avril 2019

Tinder, une application qui favorise la domination de l’homme?

Publié le

Image tirée d'une vidéo promotionnelle de Tinder
Un million de rencontres s'effectuent chaque semaine sur l'application Tinder.   Photo : gotinder.com

La journaliste française Judith Duportail voulait savoir comment fonctionne l'application de rencontre Tinder. Elle a découvert que l'algorithme qui régit les jumelages ne favorise en rien l'égalité entre les hommes et les femmes, bien au contraire.

C’est à la suite d’une rupture amoureuse que Judith Duportail s'est inscrite sur Tinder. Au départ, l’expérience était très positive : Je n’ai pas trop confiance en moi, et tout d’un coup, je reçois plein de messages de mecs, des matchs, il y en a plein qui veulent aller boire un verre avec moi et ça balaye presque tous mes complexes, comme par magie.

Mais en lisant un article, elle a appris, par hasard, que l'application fonctionne grâce à un algorithme qui attribue une cote à chaque utilisateur selon leur niveau de désirabilité. L’application jumèle ensuite les individus qui ont la même cote.

Cette façon de faire lui a rappelé un mauvais souvenir de son adolescence, où un garçon de sa classe avait décidé d’attribuer une note à toutes les filles. J’ai l’impression que cette dure loi de la cour de récré n’a jamais changé, que c’est intégré à notre téléphone et que ça a des conséquences sur qui on a le droit de rencontrer, affirme Judith Duportail.

Elle a donc voulu en savoir plus sur les critères qui permettent d’établir la cote de désidérabilité d'un utilisateur sur Tinder. Mais l’application protège jalousement le secret autour de son algorithme.

Grâce à des activistes et à des pirates informatiques, la journaliste a réussi à en apprendre plus sur le fonctionnement de Tinder. Elle a notamment découvert que de hautes études et un salaire élevé augmentent la cote de désidérabilité d’un homme, mais que ces mêmes critères font au contraire baisser la cote d’une femme. Autrement dit, Tinder juge qu’un homme éduqué et ayant un bon salaire est plus susceptible de plaire, mais qu’une femme ayant le même niveau d’études et le même salaire est, au contraire, moins désirable.

Tout le système qui est décrit dans le brevet de Tinder sert un système de classement où l’homme a le dessus sur la femme : soit il va être plus riche, soit il va être plus éduqué, soit il va être plus vieux.

Judith Duportail, journaliste

Elle comprend que Tinder tienne à préserver le secret commercial de son algorithme, mais elle compare l’application à l’entreprise Coca-Cola, dont les recettes de boissons gazeuses ne sont pas divulguées, mais qui doit quand même fournir de l’information nutritive sur ses produits. Pourquoi, sur les applications de dating, personne ne va vérifier que leurs algorithmes respectent l’égalité entre les hommes et les femmes, respectent notre dignité? demande la journaliste. Pourquoi est-ce qu’on leur laisse carte blanche pour faire exactement tout ce qu’ils veulent?

Selon Judith Duportail, Tinder a publié un billet de blogue pour préciser qu'elle n'utilise plus la cote de désirabilité. Néanmoins, la journaliste reproche à l'application de ne pas préciser sur quoi elle base maintenant les jumelages entre utilisateurs.

Une application qui rend dépendant

L’expérience agréable du départ se transforme vite en déplaisir pour Judith Duportail. De l’homme trop insistant au rendez-vous décevant, la journaliste vit de nombreux désappointements sur l’application. Pourtant, elle ne peut s’empêcher d’y retourner constamment, en quête de l’euphorie qu'elle a connue au départ.

C’est ce qui a fait réaliser à Judith Duportail que le véritable but de Tinder n’était pas de trouver un partenaire à ses utilisateurs, mais plutôt de les faire revenir sur sa plateforme. Les sociologues disent que de plus en plus couples vont se rencontrer sur ces applications de dating et que, collectivement, on est un peu en train de leur confier la responsabilité de nous trouver un partenaire, alors que la dernière chose qu’ils ont envie de faire, c’est de nous trouver un partenaire, souligne-t-elle.

Si elle ne conseille pas nécessairement aux gens de se tenir loin de Tinder, elle leur recommande toutefois d’être prudents. Je pense qu’on peut tomber amoureux sur Tinder, mais les gens y vont à leurs risques et périls, dit-elle.

Chargement en cours