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La grève chez Dupuis Frères : Canadiens français contre Canadiens français

Le 15-18

Avec Annie Desrochers

En semaine de 15 h à 18 h

La grève chez Dupuis Frères : Canadiens français contre Canadiens français

Photo en noir et blanc montrant un foule d'hommes et de femmes tenant des pancartes.

Des piqueteurs devant le magasin Dupuis Frères, en 1952

Photo : Archives Ville de Montréal/Archives HEC Montréal

« Dupuis Frères, ç'a été LE grand magasin canadien-français. » L'historien Jonathan Livernois rappelle l'importance qu'a eue le commerce Dupuis Frères, qui se trouvait, jadis, sur le site de l'actuelle Place Dupuis, à Montréal. La grève qui y a eu lieu en 1952 a donc fortement marqué les esprits. « Ce qui est particulier, dans cette grève, c'est que, contrairement à la grève de l'amiante, on était dans une grève qui opposait des travailleurs canadiens-français à des patrons canadiens-français, et ça, c'était très différent », souligne l'historien.

Fondé en 1868, le magasin Dupuis Frères était une véritable institution à Montréal. L’entreprise était reconnue comme étant une bonne maison, notamment parce qu’elle embauchait souvent des personnes dans la misère ou handicapées. Elle était même l’un des grands fournisseurs du clergé.

Par contre, derrière cette image, il y avait un grand problème : on payait très mal les employés, précise Jonathan Livernois. Les employés de Dupuis Frères gagnaient, en moyenne, 30 $ par semaine, alors qu’à l’époque, le salaire moyen était de 45 $ par semaine, à Montréal.

Lorsque les employés du magasin se sont syndiqués, en 1951, ils ont tout de suite réclamé une importante augmentation de salaire, de 5 $ à 10 $ par semaine, ce que les patrons ont refusé, offrant plutôt une hausse de 2 $ par semaine.

Le syndicat a aussi demandé aux patrons de respecter l’ancienneté des travailleurs, ce qui a également été refusé.

Il y avait, de toute évidence, de la mauvaise foi du côté du magasin, affirme Jonathan Livernois.

Le 1er mai 1952, les syndiqués ont voté, dans une très grande majorité, pour le déclenchement de la grève. Des lignes de piquetage se sont donc formées devant le magasin encore ouvert, qui tentait, par tous les moyens possibles, d’attirer des clients. Les patrons ont même invité le grand boxeur Joe Louis à venir rencontrer les consommateurs, mais celui-ci a refusé de traverser les lignes de piquetage.

De leur côté, les grévistes étaient prêts à tout pour faire valoir leurs points : souris dispersées dans le rayon de la lingerie, libération d’abeilles et de grenouilles dans le magasin, bombes puantes, etc.

Ils ont fini par venir à bout de la résistance de leur employeur, qui a considérablement adouci sa position. La première convention collective des employés de Dupuis Frères a finalement été signée à la fin du mois de juillet 1952, en direct devant les syndiqués assemblés. Un peu comme si nous voulions montrer que nous étions en famille, note Jonathan Livernois. Les patrons, à ce moment, avaient d'ailleurs un discours très paternaliste, se réjouissant que la grande maison canadienne-française puisse, à nouveau, accueillir ses enfants.

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