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Le 15-18

Avec Annie Desrochers

En semaine de 15 h à 18 h

La pauvreté, le mal de plusieurs siècles

Audio fil du lundi 24 décembre 2018
Gens tout sourire qui déposent des boîtes dans un camion, avec en arrière-plan la tour de la Maison Radio-Canada

Bénévoles au travail pour la guignolée devant la Maison de Radio-Canada, à Montréal, décembre 1993

Photo : Radio-Canada / Guy Dubois

Pour le temps des Fêtes, Jean-François Nadeau, historien et journaliste au quotidien Le Devoir, explore l'hiver à travers plusieurs thématiques. Pour sa première chronique de la semaine, la pauvreté et la charité l'ont inspiré.

L'hiver peut s'avérer particulièrement difficile pour les personnes qui n'ont que peu de ressources, comme l’a écrit l'auteur français Jean Richepin dans son poème Première gelée : « Voici venir l’hiver, tueur des pauvres gens. »

Même si la charité ne se conjugue pas nécessairement avec l’hiver, elle s’y fraie tout de même un chemin important depuis plusieurs siècles.

« C’est à cette période-là, surtout à partir du 19e siècle, où l'on sent la volonté de faire charité, de faire pénitence et d'offrir aux gens qui sont près de nous des boîtes, des dons. C'est une affection qui est toute saisonnière et, pourtant, il y en a des gens qui sont pauvres au mois de juillet », explique Jean-François Nadeau.

La pauvreté, punie depuis des siècles

Aujourd’hui, la pauvreté est punie d’une certaine façon par des amendes. L’historien souligne le cas de Valérie Brière, une femme qui s’était sortie de la rue et qui, une décennie plus tard, était envoyée en prison pour avoir cumulé 2120,88 $ d’amendes impayées.

Le même scénario s’est produit pour un homme qui avait accumulé environ 10 000 $ d’amendes pour ivresse sur la voie publique. Il a été condamné à 449 jours de prison.

Selon Jean-François Nadeau, la pauvreté est punie depuis plusieurs siècles. Au Moyen Âge, c’était parfois même très sanglant. « On va, par exemple, couper les oreilles, donner des coups de fouet, marquer au fer rouge avec une fleur de lys qui va être imprimée sur le côté du visage des personnes condamnées, indique-t-il. Sous Edouard VI, en Angleterre, de 1547 à 1553, les individus jugés capables de travailler vont être pendus. On en pend plus de 400 par année. Ils ont commis le crime de ne pas travailler. »

Pour le chroniqueur, cette notion de pauvreté est donc inscrite profondément dans le temps. « On a du mal à réconcilier notre idée du travail avec celle de la charité », souligne-t-il.

La charité, un don pour soi

Si punir la pauvreté ne figure pas dans les valeurs chrétiennes, la charité, elle, y est bien ancrée. Jean-François Nadeau croit même que c’est une notion plutôt individualiste. Il est d’avis qu'il y a une tradition d’assurer non pas le bonheur de l'humanité, mais sa propre grandeur, par la charité. C’est un don qu’on offre à soi-même.

Par exemple, il y a des pratiques très anciennes, comme la guignolée où l'on allait de porte en porte, qui sont reprises aujourd’hui.

« Une fois par année, tout d’un coup, on prendrait conscience d’un malheur collectif qui serait jugulé par une action d’une journée », conclut-il.

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