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Ville Jacques-Cartier, le bidonville de Montréal

Le 15-18

Avec Annie Desrochers

En semaine de 15 h à 18 h

Ville Jacques-Cartier, le bidonville de Montréal

Audio fil du mercredi 30 mai 2018
Photo en noir et blanc montrant une mère tenant un bébé et un petit garçon dans une cour où on voit une cage avec un lapin.

Une cour typique de Ville Jacques-Cartier en 1950

Photo : Robert Côté/Archives Ville de Longueuil

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la crise du logement amène de nombreux Montréalais à s'installer sur la Rive-Sud, en plein champ. Cela donnera naissance à Ville Jacques-Cartier, aujourd'hui fusionnée à la municipalité de Longueuil, raconte l'historien Jean-François Nadeau.

La construction du pont Jacques-Cartier, en 1930, permettra à ces nouveaux résidents de la Rive-Sud de traverser le fleuve pour aller travailler dans les usines de Montréal. « C’était vraiment se mettre en danger soi-même et sa famille que de devoir vivre ici pour retourner travailler dans des industries où on était peu payé à Montréal, soutient l’historien. Ça témoigne de cet appauvrissement d’une partie de la classe populaire québécoise. »

« Évidemment, il y a des spéculateurs, comme à toute époque, qui, très rapidement, se rendent compte qu’il va y avoir la possibilité d’un développement très intéressant », ajoute-t-il. Ces spéculateurs se mettent donc à vendre de petits terrains de 186 mètres carrés (2000 pieds carrés) pour moins de 250 $, certains payables à coups de 10 $ par mois.

Pour construire leur maison, les acheteurs utiliseront le peu de moyens mis à leur disposition : planches de bois enlevées à des convois ferroviaires abandonnés, pièces de tôle, morceaux de caissons démantelés pris au port de Montréal... « Il n’y a pas que les maisons qui sont improvisées dans leur mode de construction. Même les églises, on les fait presque avec des boîtes de carton », indique Jean-François Nadeau.

Le développement se fait en plein champ, sans plan d’urbanisme. Les rues sont inexistantes; il n’y a pas d’aqueduc, pas d’électricité. Comme le raconte Jean-François Nadeau, « ça donne lieu à un joyeux bordel au printemps : c’est la gadoue la plus complète. »

C’est littéralement un bidonville. C’est le bidonville de Montréal.

Jean-François Nadeau, historien

« De tout ça va germer une municipalité, Ville Jacques-Cartier, raconte l'historien. C’est le far west, comme le décrit le docteur Jacques Ferron. » 

Le « paradis du petit crime »

Il n’y a pas de service policier, ce qui fait de la municipalité un « paradis du petit crime », indique Jean-François Nadeau.

Les chiens errants en font également leur royaume. « Ferron raconte même dans un texte que l’une des personnes employées pour chasser ces chiens dans les années 1950 en aurait attrapé plus de 3000 en une année », mentionne-t-il.

D’ailleurs, l’un des criminels les plus connus de Ville Jacques-Cartier, Aldéo Rémillard – arrêté à plusieurs reprises pour vols et entrées par effraction –, sera élu maire de la municipalité en 1960. L’Assemblée nationale votera toutefois une loi pour le démettre de ses fonctions.

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