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Isabelle Richer
Audio fil du mercredi 4 avril 2018

Être sourde-muette et vivre dans un réduit

Publié le

Photo en noir et blanc montrant une jeune fille entourée de trois religieuses et d'un abbé, devant un plateau affichant des lettres de l'alphabet.
Ludivine Lachance, âgée de 19 ans, lors d'un examen à l'Institution des sourdes-muettes de Montréal en 1914   Photo : Archives Providence Montréal

Au 19e siècle, être sourd et muet, c'est vivre au ban de la société. Pour des milliers de jeunes filles dans cette situation, l'Institution des sourdes-muettes est la seule chance de salut, indique l'historien Jean-François Nadeau.

Ludivine Lachance est l’une d’entre elles. La jeune fille de Saint-Gédéon-de-Beauce, sourde, muette et aveugle, se voit emmenée à Montréal presque de force par des sœurs de la Providence. « Elles doivent faire face à une jeune fille qui crie, qui les griffe, qui hurle », raconte Jean-François Nadeau.

Pourtant, c’est dans un réduit attenant à la cuisine qu’elle vivait dans la maison de ses parents. Ce sont des prêtres qui ont convaincu son père de la confier aux soins de l’Institution des sourdes-muettes de Montréal.

Après quelques mois à l’institution, Ludivine Lachance réussit à développer un système de communication et à accomplir quelques travaux manuels, mais elle meurt rapidement de la tuberculose.

Les services sociaux avant la lettre

À une époque où les personnes handicapées sont traitées comme des parias, l’Institution des sourdes-muettes fait figure de pionnier.

Ce sont les services sociaux avant la lettre.

Jean-François Nadeau, historien

Les Soeurs de la Providence, qui chapeautent l’institution, vont jusqu’aux États-Unis et en Europe pour être formées. Marie de Bonsecours est d’ailleurs l’une des toutes premières en Amérique du Nord à développer des méthodes d’enseignement adaptées aux sourds-muets, précise Jean-François Nadeau.

Vieille photo en noir et blanc montrant une salle de classe avec deux religieuses et quatre jeunes filles.
Des soeurs de la Providence enseignent à de jeunes sourdes-muettes à l'Institution des sourdes-muettes de Montréal.   Photo : BAnQ

Bien entendu, la religion est omniprésente dans cette éducation, souligne l’historien : « On dira sans doute, et à raison, que c’est l’univers un peu fermé, voué à la chose religieuse, qui prédomine. C’est vrai. Mais dans un système où il n’y a rien d’autre, c’est quand même un avancement social considérable. »

L’Institution des sourdes-muettes restera en fonction jusque dans les années 1970. En plus des jeunes filles handicapées, le bâtiment hébergera aussi des personnes âgées et des étudiants moins nantis.

Jean-François Nadeau mentionne d’ailleurs que Louis Fréchette et sa femme y ont déjà résidé, et que c’est dans l’entrée de l’édifice que le célèbre poète a trouvé la mort.

Le bâtiment, situé rue Saint-Denis, est aujourd'hui en attente de reconversion. Il accueille pour le moment les bureaux du Programme régional d'accueil et d'intégration des demandeurs d'asile.

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