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L'animateur Mathieu Dugal
Audio fil du samedi 16 juin 2018

Doit-on aimer ses appareils intelligents?

Publié le

Une photo montrant un vieil ordinateur de bureau éclairé d'une lumière rouge dont l'écran affiche l'image d'un cœur.
Les appareils dits intelligents sont avant tout des objets, rappellent des experts.   Photo : iStock

Au fur et à mesure que l'intelligence artificielle progresse, les machines en viennent à ressembler de plus en plus à des humains. L'Arabie saoudite a même octroyé la citoyenneté à Sophia, un robot humanoïde qui a depuis fait le tour du monde et qui a même participé à un rendez-vous galant avec Will Smith. Toutefois, cet attachement envers les appareils dits intelligents est-il malsain? Martin Lessard, chroniqueur à La sphère et directeur général de MT Lab, et Amélie Cordier, directrice scientifique à Hoomano, estiment qu'il faut être prudent.

Martin Lessard se montre critique quant à l’initiative saoudienne, qui donne l’impression que les robots sont comme des humains. Selon lui, peu importe la forme qu’ils prennent ou le déguisement qu’ils portent, qu’ils soient humanoïdes ou zoomorphes, les robots demeurent des objets.

Une relation thérapeutique

Il souligne toutefois qu’il faut être réaliste et admettre que le développement de l’intelligence artificielle contribuera de plus en plus à susciter chez les humains des émotions envers leurs machines.

« On peut imaginer que la relation avec le robot peut devenir thérapeutique, explique Martin Lessard. Avec les avancées en apprentissage machine, les robots peuvent devenir des compagnons qui montrent qu’ils écoutent, qu’ils ont de la compassion ou qui peuvent apporter une certaine forme de divertissement. À la longue, on peut imaginer que cela va finir par tisser un lien d’affection entre le maître et son robot. »

« C’est juste un bout de plastique »

Amélie Cordier est aussi bien placée pour parler de cette question puisque son travail à Hoomano l’amène à observer régulièrement les interactions entre humains et appareils dits intelligents. Elle souligne notamment que les robots ont tendance à améliorer la qualité de l’interaction et l’engagement des personnes dans des situations de service à la clientèle.

« Il y a beaucoup d’études en sciences cognitives qui le prouvent, mais, nous, nous le vivons aussi par l’expérience, indique la directrice scientifique. On s’aperçoit que pour le même service, les gens vont avoir tendance à passer plus de temps avec un robot qu’avec une tablette, mais aussi à estimer que la qualité du service qui est rendu est meilleure. Pourtant, c’est juste un bout de plastique qui gesticule. »

C’est sûr qu’on va s’attacher aux robots, mais on s’attache déjà à des objets. Quand je vois la façon dont certains hommes traitent leur voiture… On est déjà là!

Amélie Cordier, directrice scientifique à Hoomano

Une question d'éducation et de modestie

Cet attachement envers les machines est parfois vu d’un mauvais œil, certains allant jusqu’à dire qu’il vaudrait mieux le décourager, à défaut de pouvoir formellement l’interdire. Dans ce débat, Amélie Cordier juge qu’il vaut mieux adopter une position nuancée.

« La question est plutôt : “Quel usage va-t-on donner à ces robots et comment va-t-on le penser?”, croit Amélie Cordier. Est-ce que c’est une bonne idée qu’une personne âgée ou qu’un enfant s’attache à un robot? Si cela lui fait du bien, j’aurais tendance à dire que oui. »

Pour Amélie Cordier, il est primordial d’être honnête et modeste au sujet des capacités et des incapacités des robots et des machines.

« Il ne faut absolument pas faire croire à la population qu’on lui donne un robot conscient, intelligent, qui ressent des émotions, qui peut être blessé, qui a une vie, une mort, qui a des enfants qui l’attendent à la maison, affirme Mme Cordier. Il faut être réaliste au sujet des capacités de ce robot. »

La conscience et l’émotion n’existent pas chez les robots.

Amélie Cordier, directrice scientifique à Hoomano

« cela va prendre de l’éducation, mais l’éducation de qui? Des robots, des humains ou des décideurs qui choisiront bientôt ce qu’on va faire de ces robots? C’est cela la grande question », conclut Mme Cordier.

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