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L'animateur Mathieu Dugal
Audio fil du samedi 21 avril 2018

La recherche en intelligence artificielle dominée par le privé

Publié le

Photo d'un ordinateur et de cubes avec les symboles des réseaux sociaux. Les entreprises privées contrôlent à elles seules les volumes de données nécessaires à la recherche dans le domaine des algorithmes.
Les entreprises privées contrôlent à elles seules les volumes de données nécessaires à la recherche dans le domaine des algorithmes.   Photo : Getty Images / hocus-focus

Plus de 600 millions de dollars auraient été investis par les institutions publiques l'année dernière au Québec et en Ontario pour la recherche en intelligence artificielle et en technologies numériques. Malgré ces investissements publics, ces « écosystèmes d'innovation » sont dominés par le privé et très peu règlementés, rapporte notre invité.

Les répercussions du déploiement des technologies numériques dans la société fascine Kevin Morin, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Dans un domaine encore très peu réglementé, une joute de pouvoir se dessine en effet entre les acteurs privés et les pouvoirs publics.

Comme avec l’arrivée du métro ou de la voiture, les technologies façonnent les rapports humains. Par exemple, comment les algorithmes de Facebook ou Google pourront-ils désormais agir en médiateurs des prochains mouvements sociaux?

Normalement, c’est le rôle de l’État [de gérer la réglementation], mais dans ce cas-ci, l’État semble avoir beaucoup de difficulté à envisager une action dans le cyberespace déconnecté du monde physique.

Kevin Morin, doctorant associé au Laboratoire sur les nouveaux environnements numériques et l’intermédiation culturelle (NENIC LAB)

Avec les années, explique M. Morin, doctorant associé au Laboratoire sur les nouveaux environnements numériques et l’intermédiation culturelle (NENIC LAB), on assiste à une certaine légitimation du cadre actuel de la « culture algorithmique ». Les gens acceptent par exemple de partager leur vie privée avec des entreprises comme Facebook et Google en échange de services.

La société serait ainsi sous le charme de cette manière de concevoir la technologie en oubliant que les produits qui en sont issus devraient être soumis aux mêmes lois que les voitures ou l’alimentation, par exemple.

Le discours actuel sur l’intelligence artificielle renforce une culture libertaire, et peu s'y opposent : les plus gros centres de recherche universitaires du domaine, qui accaparent aussi la grande part des subventions publiques, sont de plus en plus liés aux grandes entreprises privées.

Il est même difficile, voire impossible, pour un chercheur indépendant de travailler sans la collaboration des grandes entreprises. Les algorithmes mis au point en recherche sont en effet de plus en plus dépendants des données de volume que possèdent presque uniquement des compagnie comme Facebook ou Google, qui ont d’abord des intérêts commerciaux. Ces données comprennent généralement des milliers de renseignements sur chaque client de ces entreprises.

« On reproduit des modèles dans lesquels les algorithmes vont devenir des produits, principalement. Les transformations […] vont être des transformations commerciales, des algorithmes de recommandations, des algorithmes qui vont nous aider à consommer plus. »

Le scandale entourant le vol de données sur Facebook par la firme Cambridge Analytica aura tout de même permis de faire progresser un peu le cadre réglementaire, en particulier en Europe, où des mesures pour encadrer la gestion des données de Facebook viennent d’être adoptées.

« [Avec ce scandale], on se rend compte qu’il y a une nécessité d’intervenir et que l’on doit prendre [ce risque]. […] Facebook vient de perdre un peu de légitimité, parce que c’est toujours une question de légitimité, et peut-être qu’il faut saisir cette chance pour se mettre à opérer des lois qui vont nous permettre de retrouver un peu de liberté par rapport aux monopoles. »

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