•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La petite histoire des toilettes et de l’élimination des excréments humains

La nature selon Boucar

Avec Boucar Diouf

Le samedi de 11 h à midi
(en rediffusion le dimanche à 16 h)

La petite histoire des toilettes et de l’élimination des excréments humains

Audio fil du samedi 23 juin 2018
D'anciennes latrines remontant à l'Antiquité, formées de bancs qui comportent plusieurs trous, dans un site archéologique de Rome.

D'anciennes latrines remontant à l'Antiquité dans un site archéologique de Rome.

Photo : iStock

Dès que les humains ont commencé à s'établir dans des villes et des villages, la gestion de leurs déjections a posé problème. Des premiers égouts de Rome aux systèmes sophistiqués de traitement des eaux usées d'aujourd'hui, l'historienne Evelyne Ferron explique comment l'Occident s'y est pris à travers les âges pour se débarrasser de ses excréments.

Lorsque l’on vivait dans les champs, la question ne se posait pas : on se soulageait tout en fertilisant ses semis, sans importuner qui que ce soit.

« Il faut vraiment faire la distinction dans l’histoire de l’assainissement : en campagne, ces enjeux-là n’ont pas existé », explique Evelyne Ferron.

Mais quand on vit dans un quartier constitué d’habitations serrées les unes contre les autres, difficile d’aller accomplir ce besoin naturel ou de disposer des matières qui en résultent là où il n’y a pas âme qui vive. Le plus simple était de faire ses besoins dans un pot de chambre et d’en vider le contenu à travers la fenêtre la plus proche. Sans système d’égout, les déchets s’accumulent et la situation peut rapidement dégénérer. C’est pourquoi les grandes villes européennes du Moyen Âge ont si mauvaise réputation.

Les ruelles étaient infectes au Moyen Âge parce qu’on attendait qu’il pleuve pour que ça se nettoie. Mais s’il fait chaud et il n’y a pas de pluie durant un été, imaginez Rome, […] un bel été au mois d’août, trois semaines sans pluie. Là, vous avez une idée des problèmes que les gens expérimentaient.

Evelyne Ferron

Les trottoirs ont d’ailleurs été inventés pour permettre aux citadins d’éviter à avoir à marcher dans les mares de boues toxiques que devenaient les rues lorsque la pluie ne les nettoyait pas.

Les aristocrates européens n’étaient pas épargnés. Le roi anglais Henri VIII changeait régulièrement de palais lorsque la salle d’aisance – les toilettes – et le trou où s’y accumulaient les déjections humaines devenaient si nauséabonds qu’il fallait les nettoyer, raconte Evelyne Ferron.

Un savoir perdu

Les Romains de l’Antiquité avaient pourtant déjà trouvé une solution à cette dangereuse – et franchement dégoûtante – situation sanitaire. Leurs aqueducs, qui approvisionnaient les villes en eau courante, combinés à un système de canalisations et d’égout, permettaient d’évacuer les excréments. Ces techniques de gestion de l’eau ont en grande partie été oubliées après la chute de l’Empire romain d’Occident.

« On est comme retournés à la case départ et on ne savait pas que ça existait et qu’on pouvait construire des égouts comme ça », indique Evelyne Ferron.

Il y a fallu y avoir des odeurs pestilentielles et des épidémies de choléra pour qu’enfin on repense à la stratégie des égouts, et c’est le 19e siècle. […] C’est à partir de ce moment que l’association a été faite entre les déjections humaines et les maladies.

Evelyne Ferron

L’historienne cite l’épisode de « La Grande Puanteur », survenu à Londres en 1858, comme moment charnière. Lors de cet été particulièrement chaud et peu pluvieux, la Tamise était devenue ce qu’on pourrait qualifier de véritable égout à ciel ouvert, à défaut d’avoir un réel réseau d’égout efficace.

Après cela, les Londoniens réclameront la mise en place de mesures pour qu’une telle expérience ne se reproduise plus, et la ville se dotera d’un système de gestion des eaux usées qui sera ensuite copié par d’autres villes.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi