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Boucar Diouf
Audio fil du samedi 20 juillet 2019

De SoHo à Hochelaga : comment l’embourgeoisement change des quartiers

Publié le

Des lofts dans une ville.
Des lofts à SoHo   Photo : iStock

Gérard Beaudet, professeur à l'École d'urbanisme et d'architecture de paysage de la Faculté d'aménagement de l'Université de Montréal, explique les effets de l'embourgeoisement dans les quartiers urbains. Le terme anglais « gentrification », inventé par une sociologue marxiste qui étudiait Londres dans les années 1960, décrit l'arrivée d'une nouvelle population aisée qui chasse les occupants moins fortunés d'un quartier.

L’urbaniste Gérard Beaudet privilégie l’utilisation du terme gentrification plutôt qu’embourgeoisement, sa traduction, mais qui ne lui rend pas justice, selon lui. En Grande-Bretagne, la gentry est une petite noblesse qui aspire à vivre comme les aristocrates, mais qui n’en a pas les moyens; elle s’installe donc dans des quartiers plus modestes où des maisons sortent de l’ordinaire. Sinon, Gérard Beaudet propose « petite bourgeoisie » pour remplacer gentrification.

Par exemple à Montréal, ce ne sont pas les gens de Westmount, de Mont-Royal ou d’Outremont qui vont aller habiter dans Hochelaga ou dans Le Sud-Ouest. Ce sont des gens qui appartiennent plus à la petite bourgeoisie, qui ont plus de capital culturel qu’économique.

Gérard Beaudet, urbaniste

Un cas d'école

Le cas du quartier SoHo à New York est un parfait exemple de ce type d’embourgeoisement. Au début des années 1960, des ateliers de textile abandonnés occupaient une grande partie de ce quartier de Manhattan. Des artistes à la recherche de vastes espaces illuminés ont alors squatté ces bâtiments. La Ville prévoyait de raser le quartier, mais a finalement accepté la présence de ces locataires.

En général, trois cohortes poussent un quartier à s’embourgeoiser de cette façon, comme le détaille Gérard Beaudet :

  1. Des gens très aventureux s’installent dans des quartiers difficiles.
  2. Des gens qui ont accès au pouvoir politique arrivent à leur suite et revendiquent de meilleurs services urbains.
  3. Des agents et des promoteurs immobiliers lancent des constructions domiciliaires.

À Montréal

« Ce qui est assez particulier dans le cas de la gentrification telle qu’on la connaît à Montréal, c’est qu’on assiste à une forme de retour à une certaine diversité socio-économique dans des quartiers qui possédaient cette caractéristique jusqu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale », résume Gérard Beaudet. La gentrification touche également le logement commercial, ce qui est positif dans une certaine mesure, car des commerces alimentaires de meilleure qualité que les dépanneurs s’établissent dans le quartier en transformation. Le problème, c’est que ces commerces s’installent dans des lieux qui servaient les populations de base.

Les politiques de logements sociaux et les habitations à loyer modique (HLM) freinent la petite bourgeoisie, mais le gouvernement fédéral s’est retiré de ces programmes.

L'un des vieux commerces de la rue Sainte-Catherine Est, dans le quartier Hochelaga
L'un des vieux commerces de la rue Sainte-Catherine Est, dans le quartier Hochelaga Photo : Radio-Canada/Danny Braün

Avec la vague des copropriétés, les promoteurs obtiennent un retour direct sur investissement. Ainsi, ils considèrent moins la construction de logements locatifs pour le marché, car le retour sur investissement est beaucoup plus long.

De plus, le phénomène des investisseurs internationaux qui achètent des logements est très fort à Montréal, et il favorise ce type d’embourgeoisement.

Enfin, Gérard Beaudet déplore les attaques et le vandalisme qu’ont subis certains commerces accusés de transformer des quartiers. L’urbaniste croit qu’un équilibre entre les commerces du passé et les nouveaux venus est possible.

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