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La croisée

Avec Sandra Gagnon

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Il y 75 ans, Hiroshima  :  le rôle des provinces de l’ouest canadien

Rattrapage du jeudi 6 août 2020
Un homme sur une barge flottant sur un lac.

Une barge s'approche des sacs de minerai d'uranium sur les berges du Grand lac de l'Ours pendant la Seconde Guerre mondiale.

Photo : Radio-Canada

Il y a 75 ans aujourd'hui, la première des deux attaques nucléaires de l'histoire faisait plus 140 000 morts à Hiroshima. Le Canada a participé de façon importante au développement de l'arme nucléaire, explique l'historien Stéphane Guevremont.

Voici un résumé de sa chronique.

C'est le professeur Ernest Rutherford, à l’Université McGill de Montréal, qui a découvert que la radioactivité résultait de la désintégration de l’atome en 1898. Avec son collègue Frederick Soddy, il a étudié la structure de l’atome et a mesuré l’activité atomique. Cette recherche révolutionnaire a inauguré la discipline de la physique atomique.

Un prospecteur manitobain, Gilbert LaBine, a, de son côté, découvert de larges dépôts miniers radioactifs au Grand lac de l’Ours dans les Territoires du Nord-Ouest. Avec son frère Charlie, il ouvre la première mine d’uranium au monde en 1932, nommée Eldorado.

À Port Hope, en Ontario, la première et la seule raffinerie de produits radioactifs en Amérique du Nord a été mise en opération pour transformer le minerai d’uranium en radium. Puis, un scientifique canadien, George Laurence, a été le premier à étudier et à juger du potentiel de la réaction contrôlée d’une fission nucléaire en chaîne pour produire de l’énergie, et peut-être même une arme, en 1939.

Une firme d’exploitation minière canadienne, Cominco, possédait déjà une usine à Trail, en Colombie-Britannique, et accepta en 1942 de produire de l’eau lourde pour tout le Projet Manhattan, un ambitieux programme ultra secret pour créer une bombe atomique, qui incluait les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada. Ainsi, le premier réacteur américain à Chicago utilisait l’eau lourde canadienne pour étudier les fissions contrôlées en chaîne et de l’uranium et du plutonium extraits de la mine Eldorado. À cette époque, un laboratoire secret a été créé à l’Université de Montréal avec des scientifiques français, canadiens et britanniques pour tester l'utilisation d'une arme nucléaire.

La première mine d’uranium au monde se trouvait au Grand lac de l’Ours dans les Territoires du Nord-Ouest, au nord de Yellowknife. Elle exploitait de larges dépôts d’un sédiment appelé pechblende, un minerai riche en uranium. Elle prit le nom de Port Radium en 1942.

De la mine, le minerai d’uranium était transporté sur plus de 2000 kilomètres à travers des rivières, des rapides et des portages qu’on surnommaient « l’autoroute de l’atome ». Cette route partait du Grand lac de l'Ours pour se rendre jusqu'à Fort McMurray, le point le plus au nord du système ferroviaire en Amérique. Le minerai prenait alors le chemin de Port Hope en Ontario où il était raffiné pour ensuite être acheminé vers Los Alamos au Nouveau-Mexique afin d'être utilisé par le Projet Manhattan. Le Canada a ainsi continué de fournir de l’uranium pour le programme américain d’armes nucléaires jusque dans les années 1970.

Coût humain très lourd chez les Autochtones

Le minerai était transporté par les Dénés Sahtu, un people semi-nomade qui suivait les migrations des troupeaux de caribous. Les travailleurs autochtones étaient payés comme porteurs trois dollars par jour pour transporter des sacs de minerai de 45 kilogrammes dans des barges. Rapidement, les autorités canadiennes ont été alertées au fait que l’exposition à la poussière de radium était nocive, radioactive et potentiellement fatale. Cette information est pourtant demeurée secrète. Les enfants dénés jouaient régulièrement avec le minerai et les femmes utilisaient souvent les sacs de transport pour fabriquer des abris. Après la Seconde Guerre mondiale, le village déné situé sur le bord du Grand lac de l’Ours nommé Déline (autrefois Fort Franklin) a été connu comme le village des veuves, puisque un grand nombre d'hommes qui travaillaient au transport du minerai y sont morts du cancer.

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