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Isabelle debout habillée de noir
Audio fil du mardi 22 janvier 2019

Quand la passion des timbres mène à la passion des lettres

Publié le

Collection de timbres
Collection de timbres   Photo : courtoisie Michel Fréchette

La passion des timbres, les marques et cachets postaux et les vieilles lettres, en 10 questions et réponses.

Grégoire Teyssier est un ancien vice-président de la Société royale de philatélie du Canada et est actif dans ce domaine depuis les années 1980. Il occupe aussi la fonction de juge national en philatélie.

Vous êtes un ancien collectionneur de timbres qui s'intéresse maintenant aux vieilles lettres. D'où vient votre passion? Êtes-vous tombé dans une boîte aux lettres lorsque vous étiez petit?

À l'âge de 11 ans, je suis tombé dans la philatélie. C'était une journée pluvieuse, j'ai trouvé l'album de timbres que mon frère aîné avait commencé et j'ai continué à collectionner les timbres, selon mon budget, qui était nul. J’ai demandé à mon entourage de conserver les timbres collés sur le courrier qu'il recevait. Je suis parti de France pour m'installer au Canada, en 1980, à l'âge de 16 ans. Je me suis installé à Québec, où il y a une société qui existe depuis 90 ans. Je suis devenu membre de [la Société philatélique de Québec].

Quel type de collectionneur êtes-vous?

Compulsif. Je consacre un budget important à ma collection, annuellement. Environ 10 000 $ par année. Je ne garde pas les lettres que pour moi. Je présente mes lettres sur des pages d'exposition pour en faire profiter tout le monde et pas juste pour gagner des médailles. On écrit des livres, on publie beaucoup dans des revues spécialisées. Il y a des sociétés qui collectionnent une seule marque postale et l’analyse sous toutes ses coutures. Une marque frappée en rouge par exemple… on est un peu surexcités! Il y a aussi des généralistes; ceux qui conservent les lettres, car ils les trouvent simplement belles. J'achète, mais je fais aussi des échanges.

Parlez-nous du type de timbres qui vous intéressait le plus et de la façon dont s'est effectué ce virage de collectionneur de timbres à collectionneur de vieilles lettres?

Je me suis intéressé aux timbres classiques, émis avant 1900. Le 1er timbre est émis en 1840, un Penny Black, en Angleterre. Les premiers collectionneurs sont apparus avec ça. Puis, je me suis intéressé aux anciens timbres et ensuite à des oblitérations, des cachets et ces cachets nous font encore plus voyager que le timbre.

Le cachet nous permet souvent de retrouver l'origine du timbre, d'où il est parti et, de fil en aiguille, on souhaite avoir la lettre entière avec le timbre. On peut ainsi retracer l'histoire postale. De l’origine en passant par tous les endroits par lesquels passait une lettre estampillée. Du coup, on étudie les moyens de transport du courrier de l'époque, les tarifs postaux, les routes postales. C'est intéressant de savoir qu’entre Toronto et Kingston et de Hamilton à Montréal, il y avait tout un service de bateaux à vapeur qui transportait du courrier. Il y a des gens qui collectionnent ça. En marcophilie, il y a beaucoup de gens qui collectionnent leurs régions, leurs comtés. On en vient, en général, à collectionner les timbres-postes, les oblitérations qui sont sur les timbre postes et ensuite, c'est encore mieux de collectionner la lettre entière sur laquelle il y a le timbre, les oblitérations, et là on peut retracer toute l'histoire du cheminement de la lettre. C'est mon évolution et celle des collectionneurs de vieilles lettres en général.

Avez-vous en votre possession des lettres de personnalités et, si oui, que faites-vous avec leur contenu?

Je collectionne les vieilles lettres de la ville de Québec, des lettres écrites par des personnalités connues, des vieux gouverneurs de la province par exemple. C'est intéressant, car si l'aspect philatélique peut être relativement nul, l'histoire avec un grand H est intéressante, car on découvre qu'elle est écrite par John A. Macdonald, le premier premier ministre du Canada. On est capable de les trouver dans les marchés publics.

Il y a un mois, j'ai trouvé une carte postale envoyée de Cap-Rouge aux États-Unis et je me suis rendu compte qu’elle avait été écrite par le frère Marie-Victorin, auteur de l’ouvrage La flore laurentienne, dont tous les botanistes se servent encore aujourd’hui. J’ai acheté cette carte postale pour 2 ou 3 $. Le célèbre expéditeur demandait [au destinataire] de lui envoyer une brochure. J'ai des lettres écrites par des premiers ministres canadiens. Sans parler de la célébrité de gens qui ont écrit, il est intéressant de lire les lettres pour constater le style littéraire. Il y a des lettres qui sont parfois écrites au son et c'est parfois comique de les lire.

Quelles sont les enveloppes ou lettres que vous n'avez pas encore et que vous souhaitez acquérir?

C’est difficile à dire, car c'est hyper spécialisé. Je collectionne toutes les marques postales du bureau de poste de la ville de Québec. Il me manque seulement quatre marques postales. J'ai probablement la plus importante collection sur le sujet. On retrouve ces pièces aux archives nationales ou en un exemplaire. Ce n'est pas très grave. Je cherche toujours, dans l'espoir qu’un jour, je vais en trouver une.

On fait régulièrement des découvertes. J'arrive encore à découvrir une marque postale que personne n'a découverte avant. Notre passion, c'est la chasse de quelque chose. Une fois qu'on l’a, on passe à la chasse suivante. C'est la passion de fouiller dans des boîtes de souliers, fouiller dans des vieilles choses, pour découvrir une pièce rare. C'est 80 % du trip.

Est-ce difficile de se départir de ses collections?

C'est très difficile de se départir de ses collections. C’est un problème important. On a tendance à vouloir conserver. On veut rarement vendre de notre vivant, donc nos héritiers se retrouvent souvent avec un gros problème, car on dit, de notre vivant, qu'on n'investit pas beaucoup d'argent pour ne pas inquiéter notre entourage, mais finalement, on le fait. Et lorsqu’on meurt, il y a des vautours qui viennent faire des offres ridicules aux héritiers, qui eux, ne connaissent pas la valeur de toute notre collection. Il faut laisser une liste détaillée à l’exécuteur testamentaire ou bien informer notre succession.

Les collectionneurs de timbres et lettres sont-ils en voie d'extinction et si oui, qu'est-ce qui contribue au phénomène?

Le nombre de collectionneurs est en baisse. Selon une étude publiée dernièrement, la moyenne d'âge était de 70-72 ans. Le marché est excellent pour les pièces très rares et importantes. Les collectionneurs d’aujourd'hui ont plus d'argent et on essaye d'intéresser les jeunes à la philatélie (car ils ne collectionnent pas les lettres). On fait face à la compétition du Net. Un jeune va sur Internet pour voir les images. Il n'y a plus cette connotation de rêve avec les timbres et encore moins les enveloppes. L'avenir n’est pas très rose pour la philatélie.

Un conseil pour ceux qui souhaitent faire évaluer leur timbre ou vieille enveloppe?

La valeur d'un timbre est facile à déterminer, car il existe des catalogues avec une cote selon la qualité du timbre (neuf, moyen état). Toutefois, il faut savoir que ce sont des indices, car le marché dépend de l'offre ou la demande. Il y a des timbres uniques qui se vendent 10 000 000 $ et d'autres uniques à 2000 $. Le nom du propriétaire du timbre fait aussi augmenter ou baisser le prix. Si notre timbre a appartenu à Ferrari, probablement le plus grand collectionneur de l'histoire, cela ajoute de la valeur au timbre. Pour les vieilles enveloppes : est-elle affranchie? La valeur dépend de l'oblitération, de la période, du destinataire. Tout cela rentre en ligne de compte. Elle peut être très vieille et ne pas se vendre très cher et une pièce de 1980 peut se vendre plus cher. Ça prend des connaissances plus pointues pour évaluer une lettre.

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