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L'heure de pointe - Acadie

Avec Amélie Gosselin

En semaine de 16 h à 18 h,
16 h 30 à 18 h 30 à T.-N.-L.

Anesthésie : une source méconnue et considérable de gaz à effet de serre

Audio fil du vendredi 14 juin 2019

Photo : iStock

L'anesthésie générale d'un patient en salle d'opération peut produire l'équivalent en CO2 de plusieurs milliers de kilomètres en voiture. Alors que le dernier des soucis d'une personne, à quelques minutes d'une intervention chirurgicale, est probablement son empreinte écologique, des chercheurs tentent de trouver des solutions pour réduire cette source sous-estimée de gaz à effet de serre.

L'anesthésiologiste Philippe Richebé, du Centre hospitalier universitaire de Montréal, explique que pour endormir un patient en salle d'opération, différents gaz peuvent être utilisés. Tous les gaz anesthésiants ont un potentiel de pollution important. Certains par contre sont plus polluants que d'autres. Les deux principaux gaz utilisés sont le desflurane et le sevoflurane.

On peut avoir un impact moindre si on fait le bon choix de gaz qui est administré au patient avec l'utilisation de nouvelles technologies.

Le Dr Philippe Richebé, anesthésiologiste
Le docteur et anesthésiologiste Philippe Richebé, associé au Centre hospitalier universitaire de Montréal.

Le docteur et anesthésiologiste Philippe Richebé, associé au Centre hospitalier universitaire de Montréal

Photo : Gracieuseté

L'impact écologique peut être amoindri avec un minimum d'efforts, selon le docteur Richebé. Des calculs sont effectués à partir de chacun des gaz pour déterminer les effets polluants sur 20 ans, 50 ans et 100 ans et ainsi découvrir l'impact de chacun sur le réchauffement climatique. À titre d'exemple, un des gaz anesthésiants, le sevoflurane demeure dans l'atmosphère pendant environ un an alors que le desflurane disparaît seulement après 14 ans.

Ces calculs permettent de comparer le rejet de dioxyde de carbone dans la nature de différents gaz anesthésiants et ainsi de faire le choix le moins polluant.

Selon le docteur Richebé, les anesthésiologistes sont de plus en plus conscients de cette problématique, les plus jeunes notamment. Les efforts nécessaires pour réduire l'empreinte écologique ne dépendent pas par contre seulement de l'anesthésiologiste. Même s'il décide d'utiliser un gaz moins polluant, son choix ne permettra pas de réduire l'émission de gaz nuisibles à l'environnement si les appareils et les ventilateurs dans son hôpital sont désuets.

Recycler les gaz

La technologie existe déjà et certains hôpitaux, notamment en Ontario, choisissent de recycler les gaz utilisés lors d'une anesthésie sur un patient. Le Dr Philippe Richebé explique que le gaz est récupéré grâce à des capsules qui l'absorbent, juste à côté du patient. Encore faut-il savoir comment réutiliser ces gaz une fois récupérés. La procédure est coûteuse et pour l'instant on ne peut pas utiliser sur un autre patient un gaz qui a déjà servi.

Certains avancent que la médecine vétérinaire pourrait bénéficier de ce recyclage.

Qu'en est-il en Atlantique?

Le chef du Département d'anesthésiologie au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton, le Dr Julien LeBlanc, constate depuis quelques années une certaine prise de conscience environnementale de la part de ses collègues.

Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton.

Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Il n'y a pas d'alternative en ce moment pour permettre d'offrir des soins anesthésiques de qualité.

Le Dr Julien LeBlanc, anesthésiologiste

Le Dr LeBlanc affirme que même si les anesthésistes savent qu'un des produits qu'ils utilisent est plus polluant, soit le desflorane, ils n'ont d'autre choix dans certains cas que de l'utiliser. Le milieu hospitalier ne peut donc simplement éliminer le desflorane, l'anesthésiant le plus polluant.

Est-ce qu'un jour on pourra parler de bloc opératoire vert ou donner au patient l'option de choisir un gaz anesthésiant moins polluant? Le Dr Julien LeBlanc croit que la priorité doit demeurer la santé du patient, mais, si l'impact est minime sur les soins à recevoir, il serait possible de retenir les solutions les plus vertes.

Le congrès annuel des anesthésiologistes se tient du 21 au 24 juin à Calgary et le sujet de l'impact environnemental des gaz utilisés en anesthésie sera abordé.

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