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Le désir d'une langue neutre et plus inclusive

L'heure de pointe - Acadie

Avec Amélie Gosselin

En semaine de 16 h à 18 h,
16 h 30 à 18 h 30 à T.-N.-L.

Le désir d'une langue neutre et plus inclusive

xavier

Xavier Gould, artiste queer

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

La diversité de genre et de sexe est bien réelle. Alors que la société change progressivement pour être plus inclusive dans de nombreux domaines, les institutions de la langue française peinent à répondre aux besoins des communautés LGBTQ2S+. Amélie Gosselin s'est entretenue avec Xavier Gould, artiste queer acadien.ne et Lionel Lehouillier, artiste de théâtre d'Ottawa-Gatineau qui a animé deux tables rondes virtuelles sur la langue française et la non binarité.

Xavier Gould et Lionel Lehouillier s'identifient et revendiquent l’utilisation du pronom neutre iel utilisé par les communautés LGBTQ2S+ notamment.

Lionel Lehouillier souligne que dans la communauté trans et non binaire il y a déjà des linguistes qui se sont penchés sur la question et qui ont sorti une grammaire plus inclusive. Pour l'artiste de théâtre, la communauté non binaire doit l’utiliser de façon anarchiste. L’Office québécois de la langue française (OQLF) et l'Académie française ont toutes les deux dit ouvertement qu'elles ne considéraient même pas de se pencher sur l'idée d'une langue française inclusive. L'Académie française a même été dire que la langue française inclusive était une aberration.

Mais en même temps, qu’est-ce qui est le plus important? Reconnaître l’humanité et l’identité de la personne ou respecter une structure qui est fondamentalement discriminatoire à la base?

Lionel Lehouillier, artiste de théâtre d'Ottawa-Gatineau
Portrait de Lionel Lehouillier.

Lionel Lehouillier, artiste trans de la région d'Ottawa-Gatineau, a animé une discussion virtuelle avec des artistes en théâtre et des intervenants de la communauté LGBTQ2S+ sur être non binaire en français.

Photo : Nancy Mcl

L’importance d’avoir une langue française neutre

Pour Xavier Gould, c'est une question d'émancipation de la société toute entière.

Ce n'est pas à propos d’abolir les normes du genre, ni d’abolir l’homme et la femme, mais bien d’avoir d’autres options pour ceux qui n’entrent pas dans ces catégories-là, ceux qui ne s’identifient pas dans ces genres-là et qui ne s’expriment pas dans ces genres-là non plus.

Xavier Gould, artiste queer acadien.ne

Selon l'artiste queer acadien.ne Quand on parle de la langue non binaire, de la non binarité comme identité ou de la transidentité, ça ne concerne pas juste les personnes qui vivent ces identités-là. La whole philosophie en arrière d’une liberté du genre c’est pour libérer les gens des stéréotypes qui existent.

Xavier Gould voit la communauté non binaire comme une des leaders du changement futur de la langue française. Cependant, l’appui et la reconnaissance des institutions sont nécessaires. Car c’est nous autres qui allons apporter le changement.

Une minorité dans une minorité

Rendre la langue française plus inclusive est un dilemme particulier chez les francophones minoritaires. Xavier Gould confie être en pleine exploration et réflexion sur le sujet. Surtout quand ça vient à l’oralité de la chose. Sur papier on a le temps d’y penser, de re-modifier les phrases. Mais exister en tant que personne non binaire et vivre une non binarité parlée, c’est complètement différent.

Selon Xavier Gould, le chiac vient répondre à tous ses problèmes sauf quand son interlocuteur ne parle pas chiac évidemment.

En chiac, je peux dire : j’ai vraiment eu une great journée et je feel vraiment happy. Je n’ai pas besoin de dire que je suis content ou contente. Mon chiac me valide dans cette chose-là.

Xavier Gould, artiste queer acadien.ne

De plus en plus de personnes l'interpellent pour essayer de comprendre et de bien faire, mais Xavier Gould aussi recherche des réponses. Le chiac n’est pas une réponse universelle au problème linguistique de la non binarité. Car c'est un problème qui est beaucoup plus vaste que juste en Acadie.

De son côté, Lionel Lehouillier souligne le défi qui peut être malaisant pour sa communauté. Quand on est dans un milieu linguistique minoritaire, on se sent déjà un peu sur la défensive car la langue est toujours en danger. Les communautés francophones vivent une espèce de fatigue de toujours devoir se représenter, se battre pour sa langue, être reconnues, etc. Et là, en plus, les communautés non binaires francophones disent ne pas se retrouver et veulent la changer.

Il y a comme une dualité, on veut protéger la langue, on ne veut pas qu’elle disparaisse, mais en même temps nous on veut la changer.

Lionel Lehouillier, artiste de théâtre d'Ottawa-Gatineau

Un parallèle avec d'autres luttes

Pour Lionel Lehouillier, la lutte pour la neutralité de la langue française est un peu semblable à la lutte féministe qui exige une féminisation du parlé écrit et oral. Mais la différence, à son avis, c’est que la féminisation existe déjà, alors que le genre neutre existait en latin, mais a été supprimé et remis au masculin. On va souvent dire que le masculin est l’équivalent du neutre mais il ne l’est pas.

Selon Xavier Gould, la réticence des institutions officielles pour rendre la langue française plus neutre résultent de nombreux facteurs comme l’éducation ou le sexisme qui est profondément ancré dans la société. Oui ceci a un peu rapport à la lutte féministe. Car les enjeux trans sont féministes.

Une habitude à prendre

Xavier Gould encourage les personnes à lui poser des questions et à pratiquer l’utilisation du pronom neutre. Pour l’artiste, il ne faut pas avoir peur de se tromper. Le seul commentaire que j’ai eu c’est iel ben ça existe déjà en Acadie. Là, c’est juste de le pratiquer avec moi qui est le challenge.

Pour Lionel Lehouillier, la langue appartient à tout le monde et surtout aux communautés qui la parlent. Mettez-vous à la place d’une personne qui se fait continuellement référer au féminin ou au masculin parce que c’est plus facile pour son interlocuteur. Donc moi faut que ce soit plus difficile de me faire respecter dans mon identité car toi tu trouves ça dur de t’adapter?

L'artiste reconnaît que cela peut être dur et long, et qu'on peut se tromper. Mais à un moment donné c’est pas grave. L’important c’est l’effort d’essayer et de reconnaître, au fond, que la personne qu'on ne genre pas correctement, ça lui fait mal.

Avec les informations d'Amélie Gosselin.

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