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L’autre midi à la table d’à côté
Audio fil du samedi 15 décembre 2018

Jean-Marie Lapointe et Florent Vollant : nourrir l’âme et le corps

Publié le

Les deux hommes sont assis à une table de restaurant.
Florent Vollant et Jean-Marie Lapointe   Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

Le comédien et le chanteur ont grandi dans des univers différents : le premier dans le milieu aisé de Mont-Royal, sur l'île de Montréal, et le second entre le Labrador et les pensionnats de Sept-Îles. Malgré cela, ils ont tous les deux dû composer avec l'alcoolisme de leurs parents. Chacun à leur façon, ils vivent aujourd'hui avec la compassion et l'entraide comme valeurs fondamentales de leur vie.

« À -40 °C la plupart du temps, les animaux développent une belle fourrure », se rappelle le chanteur innu Florent Vollant. Sa famille était considérée comme une famille riche, puisqu’ils pouvaient compter sur un travail payant – guide pour géologues et prospecteurs miniers – ,et leur territoire abondait d'animaux à fourrure. Il se rappelle avoir vécu avec eux jusqu’à ce qu’on le force à se déraciner et à partir en pensionnat.

Le premier son dont je me souviens, c’est un tambour. Et ça, c’est resté en moi.

Florent Vollant, chanteur

Jean-Marie Lapointe : grandir avec un père alcoolique

Loin de la nature, Jean-Marie Lapointe est né à Anjou, dans l’est de Montréal. Il vivait dans un milieu plutôt modeste jusqu’à ce que son père, le comédien et humoriste Jean Lapointe, connaisse un grand succès, entre autres avec son duo de chansons humoristiques Les Jérolas.

« Ça change la dynamique familiale quand t’es avec un alcoolique, raconte Jean-Marie Lapointe à propos de sa jeunesse avec son père. Peut-être que tu n’es pas capable de mettre des mots sur la souffrance de ton père et de ta mère, mais tu la ressens. On est des éponges. »

« Tu la ressens; tu la subis, aussi », ajoute Florent Vollant.

Jean-Marie Lapointe explique que son père n’a pas été violent physiquement avec ses enfants, parce que sa mère les protégeait. Seul garçon parmi quatre enfants, il a grandi en étant très complice de son père. « J’étais son chum, j’étais son confident, même tout petit. »

Ça a l’air bizarre, mais j’ai vite compris quand j’étais tout petit, peut-être à l’âge de cinq ou six ans, que si papa avait une bière devant lui, ça devenait un autre papa.

Jean-Marie Lapointe, acteur et animateur

« Quand papa buvait, il avait des comportements, des agissements, des paroles que je ne reconnaissais pas », poursuit-il.

Jean-Marie Lapointe a ainsi appris à ne jamais croire son père lorsqu’il lui promettait quelque chose sous l’influence de l’alcool.

Les deux hommes sont assis à une table de restaurant et un serveur leur parle.
Florent Vollant et Jean-Marie Lapointe Photo : Radio-Canada/Cécile Gladel

Pensionnats autochtones : boire pour traverser un traumatisme

La famille de Florent Vollant, alors que ce dernier était encore très jeune, a été forcée de quitter son territoire en raison des mines nouvellement installées qui avaient rouillé toute l’eau des rivières de la région, la rendant imbuvable. Dans les mêmes années, le gouvernement l'a forcé – tout comme ses six frères et sœurs – à laisser leurs parents pour se rendre dans un pensionnat situé à des centaines de kilomètres de chez eux. Les enfants revenaient voir leurs parents seulement l'été.

« Ils sont venus nous chercher au Labrador et ils nous ont emmenés dans un pensionnat à Sept-Îles, dit-il. C’était une loi. Si mes parents ne nous avaient pas laissés partir, ils risquaient la prison. »

Je me suis retrouvé là, dans le béton, avec des robes noires. C’est là que j’ai connu la peur.

Florent Vollant, chanteur innu obligé d'étudier dans les pensionnats catholiques

« T’apprends très jeune à respecter les éléments, poursuit-il. Moi, j’arrive, et mes éléments ne sont plus là du tout. Je ne comprends pas, je ne sais pas ce que je fais là et, en même temps, je ne sais pas ce qui se passe. »

Dans les pensionnats, ils étaient obligés de parler français et de renier, en quelque sorte, leur héritage innu.

« Ça a causé des traumatismes assez importants pour nous, mais pour nos parents aussi. Je m’en suis rendu compte plus tard, quand j’ai eu des enfants. »

Mes parents ont été déresponsabilisés, dénaturés. Leurs valeurs ont été remplacées.

Florent Vollant, chanteur

« Ils n’ont pas survécu, ils sont tous devenus alcooliques, explique-t-il. Toute la gang [de la communauté]; pas un n’a pas subi ce traumatisme-là. »

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