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Éric Robitaille
Audio fil du mardi 15 octobre 2019

Personnalité nord-ontarienne  :  Gaëtane Pharand

Publié le

Gaëtane Pharand dans le studio de l'émission Jonction 11-17
Gaëtane Pharand, directrice générale du Centre Victoria pour femmes   Photo : Radio-Canada / Patrick Wright

Depuis plus de 25 ans, Gaëtane Pharand travaille auprès des femmes victimes de violence, et pour faire de la conscientisation au sujet de ces enjeux au Centre Victoria pour femmes.

Gaëtane Pharand se souvient d’avoir été revendicatrice dès son jeune âge.

Elle raconte qu’à l’école secondaire, un professeur avait promis de ne pas vérifier les devoirs, disant que les étudiants étaient assez matures pour exécuter leurs travaux de façon indépendante.

Deux semaines plus tard, il nous arrive puis il dit : “Je veux voir vos devoirs”. J’ai dit non. Je regrette, mais vous nous avez dit que vous ne regarderiez pas nos devoirs., se souvient-elle.

Je me souviens de ça et je me dis, j’avais vraiment un besoin, j’imagine, de revendiquer. Mais toutes les injustices un peu banales… ça commence par ça.

Gaëtane Pharand

Au niveau postsecondaire, c’est d’abord la radio et la télédiffusion qui interpelle Gaëtane Pharand.

J’ai appris à grasseyer ! Dans le temps ce n’était pas populaire qu’une personne qui vient de l’Ontario roule ses “R”. Donc on nous a fait travailler avec un bâton dans la bouche.

Elle a fait de la radio à Sudbury, sur les ondes de CFBR, l'ancêtre de Le Loup FM, mais elle dit qu'elle ne se sentait pas à l'aise.

C’était pas moi. Mettre le micro dans le visage de quelqu'un alors que, disons, la maison est en feu. C’était pas moi. J’arrivais pas à être assez calme pour poser toutes les questions. Je sentais que ce n’était vraiment pas moi., explique-t-elle.

C’est alors qu’elle passe quelque temps à travailler au Centre des jeunes, organisme qui deviendra le Carrefour francophone de Sudbury, où elle a travaillé comme agente de communication, sous la gouverne de Monique Cousineau.

L’engagement envers les femmes

Déjà assez engagée, Gaëtane Pharand souligne que c’est l’organisation d’un colloque sur le féminisme à l’Université Laurentienne qui a solidifié une conviction qui guiderait toute une carrière dévouée à la cause.

Je pense que c’était déjà en moi, mais là ça s’est un peu solidifié, raconte-t-elle.

Gaëtane Pharand, directrice générale du centre Victoria pour femmes
Gaëtane Pharand, directrice générale du centre Victoria pour femmes Photo : Radio-Canada/Sophie Houle-Drapeau

Puis après ça, j’ai travaillé à faire de la recherche pour la Fédération des femmes canadiennes-françaises de l’Ontario. On produisait des vidéos et du matériel écrit sur la violence faite aux femmes pour le diffuser partout en Ontario.

L’arrivée du Centre Victoria, c’était un concours de circonstances selon elle.

Le gouvernement provincial néodémocrate au début des années 90 avait décidé de s’ouvrir davantage sur la Loi sur les services en français et avait demandé aux centres de crise pour les agressions sexuelles de préparer des rapports sur des améliorations des services offerts à la clientèle francophone.

Le résultat, c’était quelques éléments de bilinguisation qui ne venaient pas répondre aux besoins perçus pour les francophones.

Gaëtane Pharand a alors été appelée par une fonctionnaire à rassembler des femmes pour recueillir leurs pensées sur ce rapport. Ces dernières ont fini par revendiquer un service francophone autonome.

Et, on a réussi. Il y avait un certain mouvement, une collaboration, une solidarité qui a fait qu’on a pu obtenir ça.

Des centres autonomes ont ouvert leurs portes à Toronto et à Ottawa. Pour Sudbury, le centre travaillait avec l’organisme anglophone, mais avec un accord assez étroit.

Vous recevez l’argent, vous nous la passez, vous n’avez pas le droit de questionner ce qu’on fait avec. Il n’est pas question que vous nous disiez comment faire, avait-elle dit aux dirigeants de l’organisme.

On est parti de là, ajoute-t-elle.

Peu à peu, ce qui est devenu le Centre Victoria pour femmes s’est développé pour desservir en français les femmes de plusieurs régions du nord de l’Ontario. Le Centre Victoria s'est aussi alors intégré dans un réseau provincial d’organismes francophones de prévention et d’intervention de violence faite aux femmes.

Revendications à l'échelle provinciale

Gaëtane Pharand a aussi oeuvré pendant plusieurs années en tant que présidente de l’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, réseau provincial duquel le Centre Victoria est membre.

C’était vraiment dans une période charnière. On est allé à Toronto je ne sais pas combien de fois. On a revendiqué, on a fait des crises. On a, je pense, fait tellement peur à quelques fonctionnaires qu’il y en a un ou deux qui ont démissionné.

Ghislaine Sirois a été directrice générale de ce même réseau provincial pendant une dizaine d’années. Elle raconte un moment où Gaëtane Pharand voulait à tout prix parler avec la ministre des Services sociaux et communautaires de l’époque, Madeleine Meilleur.

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur
La ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur

Je me souviens que Gaëtane l’a suivie même dans une salle de bain pour lui parler des besoins de la communauté des femmes francophones

Ghislaine Sirois, ancienne directrice générale de l'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes

Finalement, on a eu une très bonne collaboration avec Madeleine Meilleur, en grande partie à cause du respect que Gaëtane savait inspirer en tant que présidente d’un organisme provincial.

Témoignages difficiles

Il y a plusieurs histoires d’horreur qui sont entendues au quotidien par les intervenantes du Centre Victoria pour femmes.

Une intervenante est arrivée d’une activité récemment, et si vous entendiez ce qu’elle nous a raconté, je pense que les gens refuseraient d’accepter. Histoire d’une très jeune fille, qui a déjà eu 15 partenaires sexuels, et parmi eux, 13 ont été des agressions sexuelles. Parce qu’elle pense, elle, qu’elle n’a pas de choix, qu’elle doit rendre une faveur, dit Gaëtane Pharand.

Et les gars, eux aussi, sont socialisés pour penser qu’ils ont le droit, ajoute-t-elle.

Un cours d'autodefense
Un cours d'autodefense   Photo : ICI Estrie

Mme Pharand est mère de trois enfants, grand-mère de quatre petits-enfants. Elle avance qu’il faut enseigner, tant aux filles qu’aux garçons, qu’il faut être conscient de l’environnement qui les entoure et intervenir si nécessaire.

C’est facile à dire, ce n’est pas facile à faire.

Elle pousse les programmes de sensibilisation dans les écoles et des programmes d'instinct et d’autodéfense pour les filles.

Pas parce que je pense que les filles doivent se protéger. Mais plus je suis sûre et certaine de qui je suis, plus je marche la tête haute, moins je suis une cible, avance-t-elle.

Les 25 ans de services du Centre Victoria pour femmes

Le Centre Victoria prépare une programmation à la fois divertissante et éducative dans le cadre des célébrations de ses 25 ans.

Entre autres, la chanteuse Nathalie Simard fera tournée de cinq régions du Nord pour présenter une conférence et un partage en chansons.

La chanteuse sur le plateau des enfants de la télé
Nathalie Simard Photo : Faireplay

Ça fait longtemps qu’on voulait l’avoir pour qu’elle vienne parler de son parcours. On sait qu’elle a vécu de la violence sexuelle, de l’abus de pouvoir, des choses qui sont vraiment importantes, explique Gaëtane Pharand.

Autre projet à surveiller, une relecture de la pièce Les monologues du vagin avec une mise en scène de Miriam Cusson.

Le message de la pièce est encore très pertinent. Juste de dire le mot “vagin”, c’est assez pour faire peur aux gens.

D’ailleurs, la metteuse en scène envisage une production de grande envergure.

Elle veut 100 femmes [dans la production] !, précise Mme Pharand.

Il y aura aussi d’autres projets de collecte de fonds qui se poursuivront. Entre autres, la vente de plaques souvenirs, qu’elle propose comme cadeaux aux femmes importantes dans la vie des gens.

Vous avez des femmes importantes dans votre vie. Achetez-leur une plaque souvenir, qui n’est pas trop grosse, mais en même temps, c’est un témoignage à ces personnes importantes dans votre vie, avance Gaëtane Pharand.

J’ai promis à notre agente de liaison que j’allais livrer les plaques moi-même, jusqu’à Hearst s’il le faut !, ajoute-t-elle.

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