Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Éric Gagnon
Audio fil du vendredi 5 avril 2019

Le consentement automatique au don d'organes au Québec?

Publié le

Don d'organes et le consentement automatique
Don d'organes et le consentement automatique   Photo : iStock

Le 2 avril, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, a déposé un projet de loi qui rendrait le consentement au don d'organes automatique dans cette province canadienne. Une fois la loi en vigueur, ce serait à ceux qui refusent de donner leurs organes de se manifester. Est-ce une initiative qui pourrait inspirer le Québec à faire de même?

Un reportage de Jérôme Lévesque-Boucher

En Nouvelle-Écosse, les élus croient qu'une telle initiative aura pour effet d'augmenter le nombre de donneurs dans la province.

Pas si vite, dit Lucie Dumont, présidente du projet Chaîne de vie qui a vu le jour en 2007 à Rivière-du-Loup. Mme Dumont, qui s'attarde à sensibiliser les gens à l'importance du don d'organes depuis dix ans, a des doutes sur cette façon de faire.

Ce qui est bien, c'est que ça va susciter un beau débat au niveau canadien. [Sauf que] je ne suis pas certaine que cette approche est la bonne. C'est très complexe.

Lucie Dumont, présidente de Chaîne de vie

Chaîne de vie

Créée à Rivière-du-Loup en 2007, Chaîne de vie, est une unité pédagogique (SAE) qui s’intègre au syllabus des cours d’anglais, langue seconde, en quatrième secondaire.

Conforme au Programme de formation de l’école québécoise du MELS [NDLR le MELS, ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport est devenu le ministère de l'Éducation et de l'Enseigenement supérieur] cette unité pédagogique contribue à faire développer les compétences et les connaissances des élèves en anglais, langue seconde, tout en traitant d’un sujet social d’actualité. Elle présente toute l’information nécessaire pour amener l’élève à réfléchir et à forger sa propre opinion sur le don d’organes et de tissus et à la partager en famille.

Son but n’est pas de convaincre, mais de sensibiliser [les participants].

Source: Chaîne de vie

Selon Mme Dumont, l'éducation et la sensibilisation à l'importance du don d'organes seraient à prioriser. Il y a encore beaucoup de mythes à déconstruire autour du don d'organes. Ça prend toute une organisation en centre hospitalier afin de pouvoir donner ses organes, il faut former les équipes médicales. Il faut commencer par faire nos devoirs en investissant massivement pour que les gens [sachent à quoi s'attendre], affirme-t-elle.

La présidente de Chaîne de vie fait valoir qu'avec ou sans consentement au don d'organes, les familles ont quand même le dernier mot dans le projet de loi néo-écossais. Si les familles ne sont pas informées du désir de leur proche au préalable et qu'elles doivent prendre des décisions rapides, les chances de refus sont très grandes, tranche-t-elle.

Lucie Dumont sourit à la caméra.
La présidente du projet Chaîne de vie, Lucie Dumont. Photo : Radio-Canada/Jérôme Lévesque-Boucher

Ce que peu de gens savent, selon Mme Dumont, c'est que le don d'organes n'est possible qu'à deux conditions. Il faut que la personne décède à l'hôpital et il faut qu'elle soit en état mort cérébrale. Si la personne est décédée, que le cœur ne bat plus et qu'elle ne respire plus, le prélèvement est impossible, souligne-t-elle.

Un état de mort cérébrale, ça veut généralement dire que la personne vient de subir un AVC ou un accident. Les familles sont déjà traumatisées par l'événement. Et là, imaginez-vous devant votre enfant, votre mère, votre père, explique Mme Dumont.

Le cerveau est mort mais votre proche respire encore. Son cœur bat encore. Si vous devez prendre une décision rapide mais que vous n'avez pas discuté du sujet avec votre proche, qu'allez-vous faire?

Lucie Dumont, présidente de Chaîne de vie

Selon Mme Dumont, pas moins de 37 % des familles refusent le don d'organes en pareilles circonstances.

S'inspirer de l'Espagne

La présidente de Chaîne de vie croit que le Québec a tout intérêt à s'inspirer du champion mondial du don d'organes, l'Espagne. Oui, ils ont le consentement tacite depuis les années 1970. Mais dix ans après que la loi a passé, il n'y avait pas de hausse de don d'organes remarquée. C'est vraiment quand ils ont investi massivement dans la sensibilisation qu'ils sont devenus des leaders, tranche Mme Dumont.

À l'inverse, Mme Dumont affirme qu'il ne faut surtout pas s'inspirer de la France. Eux aussi, ils ont le consentement automatique. Mais la sensibilisation est très mal faite. On essaie presque de diaboliser les gens qui refusent. Tant et si bien que dernièrement, on a vu une baisse du don d'organes en France, même avec l'accord tacite.

Réaction de la ministre

De son côté, la ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann, dit vouloir porter une attention particulière aux prochains développements en Nouvelle-Écosse. Elle demeure toutefois prudente dans ses commentaires.

C'est intéressant! On va voir. Je tiens quand même à vous rappeler que plus de 3 millions de Québécois ont signifié leur accord au don d'organes. C'est quand même déjà bien! affirme la ministre.

Je pense qu'à ce moment-ci, le fait de s'inscrire pour donner ses organes, c'est une bonne modalité.

Danielle McCann, ministre de la Santé
La ministre McCann
La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. Photo : La Presse canadienne/Jacques Boissinot

Le 19 mars dernier, Danielle McCann a profité de son passage à Trois-Rivières pour annoncer l’octroi d’un montant d'un peu moins d'un million de dollars à Transplant Québec afin de l'aider à poursuivre et finaliser le développement du système d’information en don d’organes.

De son côté, Lucie Dumont affirme qu'il y a encore beaucoup de travail à faire pour que le projet Chaîne de vie s'étende dans l'ensemble des écoles secondaires du Québec. ll y a encore 75% des enseignants à former! Nous espérons un appui du gouvernement, conclut-elle.

Chargement en cours