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Enfin samedi

Avec Isabelle Ménard

Cette émission n'est plus à l'antenne

Place des Arts du Grand Sudbury : l’idée de se rassembler ne date pas d’hier

Rattrapage du samedi 29 août 2020
Photo de la structure en place au coin des rues Larch et Elgin au centre-ville de Sudbury.

La construction de la Place des Arts du Grand Sudbury en date du 26 août 2020.

Photo : Radio-Canada / Sophie Houle-Drapeau

Le Carrefour francophone de Sudbury fait l'inventaire et le tri de ses archives en vue de son déménagement à la Place des Arts du Grand Sudbury. Il vient d'embaucher une stagiaire pour s'atteler à la tâche. C'est aussi une façon de souligner le 70e anniversaire de l'organisme qui s'appelait jusqu'en 1989 le Centre des jeunes.

Ce n’est pas la première fois que l’organisme plonge dans ses archives. Marc Despatie a participé à leur dépouillement dans le cadre des célébrations du 40ème anniversaire (1951 - 1990). Il a d’ailleurs collaboré à un ouvrage publié par la Société historique du Nouvel-Ontario.

L’histoire du Carrefour francophone/Centre des jeunes est intimement lié à la Place des Arts, en construction à l’angle des rues Elgin et Larch. Pour Marc Despatie, elle s’inscrit dans la continuité de l’histoire des institutions francophones du Grand Sudbury. L’idée de se réunir sous un même toit ne date pas d’hier.

Donald Dennie à gauche, Marc Despatie à droite

Les entrevues avec Donald Dennie et Marc Despatie ont eu lieu en 2018.

Photo : Sophie Houle-Drapeau

Marc Despatie ainsi que le sociologue à la retraite, Donald Dennie, identifient trois grandes vagues historiques. Il y a d’abord celle du père jésuite Albert Regimbal qui est le premier à rêver d’un lieu rassembleur. Elle sera suivie de l’effervescence culturelle des jeunes artistes du Nouvel Ontario dans les années 1970. Enfin, l’idée connait un nouveau souffle depuis la création du Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS) en 2007 à l’origine de la Place des Arts du Grand Sudbury.

Le Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS) est une coalition réunissant les organismes francophones professionnels du Grand Sudbury dont l’objectif est la création d’un espace physique.

Les membres :

  • Carrefour francophone (1950)
  • Centre franco-ontarien de folklore (1960)
  • Théâtre du Nouvel-Ontario (1971)
  • Concerts La Nuit sur l’étang (1973)
  • Éditions Prise de parole (1973)
  • Galerie du Nouvel-Ontario (1995)
  • Salon du livre du Grand Sudbury (2004)

Le père Regimbal, un visionnaire

Le Centre des jeunes ouvre ses portes en 1951 dans le sous-sol de l’église Sainte-Anne-des-Pins, un espace de 600 pieds carrés. Le jésuite, Albert Regimbal, en est le fondateur.

Le père Regimbal est le premier à sortir les jeunes et les activités se déroulant en français de la religion. On dit même que certains curés ont défendu à leur paroissiens d’envoyer leurs enfants au Centre des jeunes, raconte Marc Despatie. À l’exception des paroisses, il n’y a pas beaucoup d’institutions francophones accessibles, ajoute-il.

La Place des Arts, c’est un expression du "rêve sur la montagne" du père Regimbal.

Marc Despatie

C’est à ce moment que le père Regimbal commence à rêver d’un centre culturel et sportif de tout acabit. Tout est possible dans ce centre imaginé par le jésuite. Salle de spectacle, chambre noire pour la photographie, patinoire, piscine, aire de curling, allées de quilles, énumère en exemple Marc Depatie. Il estime que « c’est une première tentative d’aller chercher les francophones ».

Une photo de la peinture dans son cadre. La peinture illustre un long bâtiment blanc.

Le projet porte plusieurs noms au fil du temps. En 1967, on parle d’un Centre de la culture française. Dans les archives du carrefour francophone, se trouve cette peinture illustrant le projet qui n'aboutit jamais.

Photo : Radio-Canada / Sophie Houle-Drapeau

Le Centre des jeunes achète des terrains au Collège du Sacré-Coeur (qui deviendra Université de Sudbury en 1957) sur la rue Mountain. Le Centre des jeunes hérite du coup d’arrérages de taxes. Le Centre ne parviendra pas à se défaire de cette dette avant la revente des terrains à la fin des années 1970. Malgré de nombreux plans d’architecture, le projet piétine pendant une quinzaine d’années et n’aboutit jamais.

La Slague, un incubateur culturel

Le diffuseur de concerts francophones, La Slague, voit le jour au début des années 1960 sous l’égide du Centre des jeunes. C’est en 1975 que la salle paroissiale, là où se trouve aujourd’hui le stationnement de l’église Sainte-Anne-des-Pins, se transforme en salle de spectacle.

La Slague facilite donc les activités des organismes culturels. « Les sommes exigées des locataires par le Centre sont réparties de la façon suivante : 10 % venant de la Galerie [du Nouvel-Ontario], 10 % de La Slague, 40 % du TNO et 40 % des quilles Sainte-Anne », peut-on lire dans le chapitre co-écrit par Marc Despatie dans l’ouvrage Du Centre des jeunes au carrefour francophone 1951-1990 (p.59). Il s’agit de la première manifestation de réunir les organismes sous un même toit, estime Marc Despatie.

C’est aussi ce qui fait dire à Marc Despatie que le père Regimbal est en quelque sorte le père et le grand-père des autres membres du ROC. Selon lui, les liens entre les organismes naissants et le Centre des jeunes sont multiples et naturels.

Photo de la couverture de l'ouvrage historique. On peut y lire le titre ainsi que la liste des nombreux auteurs

L'ouvrage historique retraçant l'histoire du Centre des jeunes de Sudbury a été publié par la Société historique du Nouvel-Ontario.

Photo : Radio-Canada / Sophie Houle-Drapeau

À mesure que les activités se multiplient et que le Centre des jeunes grossit, des tensions émergent avec le diocèse de Sault-Sainte-Marie. Le Centre des jeunes déménage à quelques reprises au centre-ville, notamment sur la rue Elgin puis sur le rue Beach.

L'effervescence des années 70

Dans les années 1970, une bande de jeunes artistes enthousiastes et ambitieux engendre une révolution culturelle et identitaire. Le nord de l’Ontario français est alors baptisé le Nouvel-Ontario.

La décennie voit naître des institutions culturelles comme le Théâtre du Nouvel Ontario (TNO), la Coopérative des artistes du Nouvel Ontario (CANO), les Concerts La Nuit sur L’Étang et la maison d’édition Prise de parole.

Il y a un foisonnement culturel qui se produit à Sudbury.

Marc Despatie

L’idée d’un travail collaboratif est très présente, soutien Donald Dennie, de par la simple existence d’une coopérative qui réunit des musiciens, des photographes, des poètes, des comédiens, des artistes en tout genre. Le groupe de musique CANO est issu de cette coopérative d’où il tire son nom.

Bien qu’on ne parle pas d’un lieu physique, il y a tout de même cette idée de se rassembler autour d’un but commun, indique le sociologue à la retraite qui travaille sur un livre retraçant les activités culturelles francophones du Grand Sudbury depuis le début du 20e siècle.

En parallèle de l’incubation des organismes culturels dans le giron du Centre des jeunes, des membres de la Coopérative des artistes du Nouvel Ontario (CANO) se réunissent et vivent en commune sur une ferme à Earlton, situé à 250 kilomètres au nord-est du Grand Sudbury.

La Place Saint-Joseph

En 1975, les derniers patients quittent l’hôpital Saint-Joseph, ravivant le vieux rêve du père Regimbal d’avoir une place permanente et indépendante. Le Centre n'emménage pas avant 1981 et doit abandonner l’idée d’une salle de spectacle.

Comme il s’agit d’un vieil édifice, les rénovations pour l’entretien sont nombreuses et constantes. La Place Saint-Joseph devient à son tour un fardeau financier plutôt qu’un vœux exaucé. Les successeurs du père Regimbal doivent d’ailleurs composer avec une situation financière difficile après son décès en 1980.

Le visionnaire meurt, mais l’idée continue de vivre dans l'œuf. L’idée d’un lieu rassembleur continue d’habiter les organismes culturels enfantés par le Centre des jeunes, précise Marc Despatie.

En 1989, le Centre des jeunes change de nom et devient le Carrefour francophone. Donald Dennie était membre du conseil d’administration à l’époque. Il explique que l’idée du nouveau nom - carrefour - reflète le rêve du père Regimbal d’avoir un centre névralgique de rencontre pour les francophones, sans nécessairement se faire porteur d’un projet de réunir les différents organismes culturels sous un même toît.

Le projet de la rue King, l’ancienne boulangerie Canada Bread

Dans les années 1990, les organismes Prise de parole, le Théâtre du nouvel Ontario (TNO) et la Galerie du nouvel Ontario (GNO) tentent de se rassembler sous un même toît sur la rue King où est déjà situé le TNO.

Le TNO, propriétaire de l’ancienne boulangerie Canada Bread, cherche à se munir d’une salle de spectacle, mais se rend à l’évidence que le projet sera coûteux. C’est dans l’optique d’être plus solide financièrement que l’idée de se réunir est lancée, explique Robert Gagné, l’ancien directeur administratif du TNO de 1992 à 1999.

Photo de la façade du Théâtre du Nouvel-Ontario

Le Théâtre du Nouvel Ontario à l'automne 1992 situé au 90 rue King dans le quartier du Moulin à fleur.

Photo : Source : La Base historique du Grand Sudbury

Le projet avorte dans la controverse alors que le TNO choisit d’emménager au Collège Boréal dont on apprend la création en 1993. À l’époque, il y avait beaucoup plus d’argent dans l’enveloppe de l’éducation que pour les infrastructures culturels, selon Robert Gagné.

Le déménagement est un compromis, car la direction souhaitait, depuis le début des années 1980, une salle de spectacle dans le quartier du Moulin-à-fleur ou au centre-ville, soutient Robert Gagné.

Le Moulin à fleur et le centre-ville sont des secteurs privilégiés dans l’imaginaire des francophones de Sudbury, ajoute Marc Despatie. On a toujours eu des activités en français là, on veut occuper ce terrain là et continuer à l’occuper, soutient-il. Marc Despatie a aussi participé au livre sur l’histoire des 20 ans du Théâtre du Nouvel Ontario (1971-1991).

L’histoire continue de s’écrire

C’est avec l’arrivée de Stéphane Gauthier en 2008 à la tête du Carrefour francophone que l’idée de se munir d’un chez nous renaît de ses cendres, explique Marc Despatie. En fait, elle revient avec la création du ROCS en 2007 et aboutit sur la table de concertation culturelle lors des états généraux de la francophonie du Grand Sudbury en 2008.

La Place des Arts inclut aussi le nouveau-né le Salon du livre du Grand Sudbury (2004) ainsi que le Centre franco-ontarien de folklore né du désir du père Germain Lemieux de conserver la mémoire et qui a sa longue histoire en parallèle.

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