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Éditorial : La fermeture des cinémas et des petites entreprises de quartier

Enfin samedi

Avec Isabelle Ménard

Samedi de 7 h à 11 h

Éditorial : La fermeture des cinémas et des petites entreprises de quartier

Rattrapage du samedi 21 mars 2020
Le programmateur du cinéma Revue, Éric Veillette regarde une bobine de film sous une lumière.

Le programmateur du cinéma Revue, Éric Veillette

Photo : Avec l'autorisation d'Eric Veillette

Le programmateur du cinéma Revue de Toronto, Éric Veillette, a dû prendre la semaine dernière la décision difficile de fermer les portes de son établissement, en raison de la pandémie de coronavirus. Il y a un peu plus de cent ans, en octobre 1918, le théâtre Revue avait connu une situation similaire, une fermeture forcée pendant la crise de la grippe espagnole.

Extraits de la lettre ouverte

Je me demande comment mon homologue de 1918, le responsable du Revue il y a 100 ans - confronté à une fermeture municipale, un mois avant l’armistice de la première Grande Guerre - a géré la situation - s’il s’est senti comme moi : inquiet pour son équipe, pour ses voisins.

Le week-end dernier, nous avons donc annoncé notre fermeture temporaire, pour au moins trois semaines. C’est maintenant déjà évident que le projecteur va rester éteint encore plus longtemps que ça.

Lundi, une douzaine d'autres membres du Réseau des exposants canadiens indépendants ont aussi annoncé des fermetures. Sur la marquise du Paradise, sur Bloor - un cinéma qui vient tout juste de rouvrir en décembre dernier - on peut lire “Toronto, we love you. See you again soon.” - Toronto, on t’aime. On se revoit bientôt.

Devant du cinéma Revue en 1935

Devant du cinéma Revue en 1935

Photo : Avec l'autorisation du cinéma Revue

Ce n’est pas facile pour aucun d’entre nous de fermer nos portes. On ne sauve pas des vies et on ne règle pas les crises diplomatiques, mais ce qu’on fait est à la fois culturellement et économiquement important pour les communautés et les quartiers que nous servons.

Dans ce témoignage, Éric raconte la place de son cinéma dans sa communauté à Toronto, ce que le 7e art lui offrira comme soutien pendant les semaines de confinement, et ses inquiétudes pour l’avenir.

Extraits de la lettre ouverte

Mais au final, je vous dirais surtout qu’on est privilégiés d’être là, de faire partie de notre communauté. On a vu de couples se faire des rendez-vous d’amoureux, puis fonder une famille, et maintenant ils viennent voir des films avec leurs enfants. On a vu de ces enfants grandir, passer des films d’animation aux films d’horreur, puis récemment partir à l’université. Une de nos habituées, Marie-Antoinette, visite le cinéma plusieurs fois par semaine, parfois pour les deux projections de la soirée. Le cinéma fait tellement partie de ma vie, ainsi que celle de mon épouse, Cora, que notre mariage a eu lieu dans le cinéma l’an dernier.

Éric Veillette embrasse son épouse lors de son mariage célébré dans le cinéma Revue.

Éric Veillette et son épouse ont célébré leur mariage dans le cinéma Revue.

Photo : Avec l'autorisation d'Éric Veillette

Samedi soir, on a présenté un dernier film au cinéma, et j’ai pris le temps d’aviser le public de notre fermeture - notre dernier film, on doit dire, était The Exorcist - on a fini ça en grand... à la fin de la soirée, je suis rentré à la maison, et j’ai choisi un film qui me console — j’y suis allé avec le Cirque, de Charlie Chaplin. La scène d’ouverture a déclenché plein d’émotions que j’avais enfouies pendant la journée. Je me suis mis à pleurer sur l'épaule de mon épouse.

Alors pour l’instant, je suis à la maison et je suis choyé d’avoir une bibliothèque pleine de films qui attendent juste que les ressortent - qu’ils soient en DVD, en VHS ou en Super 8. J’essaie de m’entourer de mes films favoris — ceux qui sont toujours-la pour moi. Cette semaine, je me suis lancé dans les films des frères Marx. Dans ma vingtaine, quand j’ai vécu des moments vraiment difficiles, j’ai regardé Duck Soup de façon quotidienne pendant un mois. Ca m’en a sorti. Je me dis que ça reste encore un bon remède. [...]

La salle de projection du cinéma Revue de Toronto

La salle de projection du cinéma Revue de Toronto

Photo : Avec l'autorisation d'Éric Veillette


Alors pendant mon isolement, je pense aux tournages qui sont interrompus, aux acteurs et aux techniciens qui sont sans travail, aux films qui attendent sur les tablettes, aux festivals qui n’auront pas lieu…

Je pense surtout à tous les projectionnistes, tous les préposés du comptoir à pop-corn, les responsables du box-office, à chaque distributeur et programmateur de films - et à chaque personne qui balaie entre les sièges à la fin de la soirée.

Je pense à toutes les entreprises, petites et grandes, qui ont du prendre la même décision difficile que nous - et à qui ça arrache le coeur. Et je pense à tous les travailleurs qui sont à la maison pour les prochaines semaines, et qui sont inquiets de ce que l’avenir nous réserve.

Puis je pense à ceux qui travaillent - le personnel de la santé dans les hôpitaux, autant que le personnel dans les épiceries - ceux qui tiennent le fort pendant la tempête.

Je ne sais pas quand et comment on va retrouver notre salle de cinéma. Mais quand je vais rouvrir les portes du Revue, je vous promets de remplir notre écran avec tous vos films favoris, ceux qui vous font du bien.

J’ai déjà hâte de m'asseoir, et de voir un film avec vous.

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