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Une Rouynorandienne d'origine au coeur des feux en Australie

Des matins en or

Avec David Chabot

En semaine de 6 h à 9 h

Une Rouynorandienne d'origine au coeur des feux en Australie

Rattrapage du lundi 6 janvier 2020
Le drapeau australien vole dans un épais nuage de fumée.

Le drapeau australien vole dans un épais nuage de fumée.

Photo : Getty Images / Darrian Traynor

Une femme originaire de Rouyn-Noranda qui vit en Australie depuis cinq ans est au coeur des incendies qui ravagent le pays. Suzie Oukes est retournée chez elle le 31 décembre, après un séjour en Abitibi-Témiscamingue, et vit « avec le ventre en noeud » depuis.

Les scènes apocalyptiques que l'on voit à la télévision peuvent paraître lointaines, mais pour des gens de chez nous qui se trouvent en Australie, elles sont bien réelles. Ç'a été cinq jours assez émotifs, confie Mme Oukes. Quand on est arrivés, on a su qu'un jeune pompier qui est le neveu de ma belle-soeur est décédé. Le feu a projeté son camion et l'a tué, donc ça a commencé comme ça en revenant de l'Abitibi.

Tout autour d'elle, les gens font ce qu'ils peuvent pour sauver leurs possessions. La nièce de mon mari, on a dû aller chercher ses enfants dans les feux parce qu'elle essaie de défendre sa ferme, donc on a eu les enfants ici. Mon oncle et ma tante qui restent là pour essayer de défendre leur maison avec des boyaux d'arrosage et d'enlever les débris. Samedi et dimanche, il a fait super chaud, avec de gros vents, donc ça a été le coup qui a fait que les feux se sont propagés près de mon bureau, raconte-t-elle.

Ce matin quand je suis arrivée au bureau, il y avait des gens qui dormaient par terre dans le bureau. Il n'y a plus de place où aller, il n'y a plus d'hôtels. Tu te sens impuissant, tu ne sais pas quoi faire. Tu essaies d'être là, mais ce n'est pas évident.

Suzie Oukes

Selon Mme Oukes, les villes sont désertes, les commerces et les restaurants fermés. C'est gris, c'est sombre, c'est orange dans le ciel, c'est dur de respirer. J'ai la gorge toute rauque à cause des feux. Tu ne peux pas ouvrir tes fenêtres, tu ne peux rien faire, c'est vraiment un sentiment d'impuissance.

La Rouynoradienne vit à environ 30 kilomètres de la grande zone des feux et son travail est situé tout près. Il y a un feu qui a détruit une ville complète qui s'en vient d'un côté et un autre qui a commencé à Victoria qui est en train de monter vers notre bureau. Si je me compare à Rouyn, c'est à Granada que les feux sont et moi je travaille à Rouyn, image-t-elle.

Une maison incendiée.

Une maison a été incendiée dans la vallée de Cann, en Australie, le 6 janvier 2020. Les pompiers australiens, épaulés de collègues des États-Unis et du Canada, espèrent profiter d'une baisse relative des températures pour s'attaquer à des feux échappant à tout contrôle.

Photo : Getty Images / Darrian Traynor

S'il est tentant pour certains de se porter à l'aide des gens touchés par les feux, les pompiers leur demandent plutôt de ne pas s'en approcher. C'est épeurant, ce n'est pas quelque chose que j'ai vécu dans ma vie. J'ai le ventre en noeud depuis que je suis arrivée, avoue-t-elle.

Elle et ses collègues sont sur le qui-vive et s'ils reçoivent une alerte des pompiers, ils devront quitter les lieux. Les moments d'évacuation, ce qui est épeurant, c'est qu'à l'intérieur de cinq minutes, il est trop tard. Quand ils disent "évacuez" – on reçoit les nouvelles par message texte – en à peine cinq minutes, il est trop tard, tu es pris là. On ne te laisse plus sortir, les chemins sont bloqués, alors trouve-toi un coin pour te protéger de la chaleur, dit-elle.

Les routes sont pleines d'animaux qui fuient la forêt pour tenter d'éviter le brasier, trop souvent en vain, témoigne Mme Oukes.

C'est épouvantable. Ils n'ont même pas le temps de partir à la course. Les feux sont tellement vites que pouf, ça passe et c'est fini. Les gens sont en train de ramasser leurs vaches qui sont mortes dans les champs, les kangourous, les koalas, c'est vraiment triste.

Suzie Oukes

La situation climatique actuelle pousse-t-elle Suzie Oukes à quitter son pays d'adoption? Depuis cinq ans, c'est la première fois que ça arrive. Ça fait trois ans qu'il n'y a plus de pluie ici et on voyait qu'il y avait un danger qui s'en venait. Ce n'est pas assez pour revenir [au Québec], mais j'y pense des fois, je me dis que je n'avais pas ces problèmes-là en Abitibi!, lance-t-elle.

J'ai quand même ma vie ici par contre, j'ai une entreprise, mon mari, donc c'est sûr que ce n'est pas une décision qu'on prend à la légère. Présentement, on espère que ça va passer, mais c'est sûr que si c'est pour être comme ça pour encore cinq ans, qu'il n'y a pas d'eau, ce n'est quasiment pas une vie, nuance-t-elle.

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