•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des métaphores pour mieux comprendre le coronavirus

C'est fou...

Avec Serge Bouchard et Jean-Philippe Pleau

En reprise tout l'été
Du mardi au samedi de minuit à 1 h

Des métaphores pour mieux comprendre le coronavirus

Le langage, deuxième partie
Vue microscopique de cellules colorées en rouge et vert.

Le virus SRAS-CoV-2 (en orange) alors qu'il colonise la surface de cellules (en vert).

Photo : NIAID-RML

Catherine Voyer-Léger s'intéresse au coronavirus en faisant un lien avec deux œuvres de Susan Sontag. En 1978, l'essayiste américaine a publié un livre sur les métaphores du cancer, en les comparant aux métaphores qui avaient entouré la tuberculose à une autre époque. Et en 1989, elle a consacré une publication au sida et à ses métaphores. Susan Sontag s'intéresse à des métaphores usées, qui sont tellement ancrées dans le langage et dans la pensée qu'elles sont devenues des lieux communs.

Ainsi, le mot cancer vient de crabe. Cette image vient de la forme que prennent certaines veines qui sont déformées par des tumeurs. « Avec le temps, on en est venu à faire un lien avec la sournoiserie du crabe. Ces images sont liées au crabe, mais n’ont rien à voir avec la base du nom », explique Catherine Voyer-Léger.

Susan Sontag souligne l’image de la lutte individuelle qui est véhiculée quand il est question du cancer, que nous connaissons notamment par l’expression « Il a perdu son combat contre le cancer », qui révèle aussi un langage très culpabilisateur.

Une femme est photographiée alors qu'elle a une main sur son menton et sur sa joue.

Susan Sontag en 2003

Photo : Associated Press / MICHAEL PROBST

Du côté du sida, nous nous trouvions dans un imaginaire de pandémie, surtout durant les années 1980. L’association de cette maladie à des populations à risque, qui ont des perversions sexuelles et un style de vie non recommandable, est très puissante.

Les imaginaires de ces maladies [le cancer et le sida] sont liés à leur caractère mortel, à leurs symptômes, beaucoup, à leur éclosion, ce qui n’est pas du tout le cas avec le coronavirus, parce que là, on est devant une maladie qui a des symptômes un peu banals. Donc, l’imaginaire du coronavirus est un imaginaire de la pandémie, c’est vraiment ça qui nous habite.

Catherine Voyer-Léger


Catherine Voyer-Léger propose trois métaphores de la crise de la COVID-19 :

  1. L’utilisation du mot guerre. Le président français Emmanuel Macron et le président américain Donald Trump l’ont fait. Quant au Canada, il envisage d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence, qui est l’ancienne Loi sur les mesures de guerre. Sans oublier le parallèle avec le corps qui se bat contre la maladie.
  2. La recherche de parallèles avec d’autres pandémies, dont la grippe espagnole et le choléra, et la mention du livre La peste, d’Albert Camus. Pour le sida, nous avons plutôt effectué des procès d’intentions liés à des choix de comportements d’individus.
  3. La courbe de la COVID-19. L’expression « flatter la courbe » de l’infection, pour qu’elle baisse, occupe beaucoup d’espace médiatique. Elle existe à cause des outils statistiques et technologiques de notre époque.

Elle est devenue presque un personnage, cette courbe.

Catherine Voyer-Léger

Références

La maladie comme métaphore, Susan Sontag, Christian Bourgois éditeur, 1978
Le sida et ses métaphores, Susan Sontag, Christian Bourgois éditeur, 1993

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi