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Reprendre le contrôle de sa production alimentaire

Bonjour la Côte

Avec Bis Petitpas

En semaine de 6 h à 9 h

Reprendre le contrôle de sa production alimentaire

Audio fil du lundi 6 mai 2019
Le propriétaire de la Ferme d'à côté, Éric Perreault, dans sa serre avec des légumes frais, à Port-Menier

Le propriétaire de la Ferme d'à côté, Éric Perreault, dans sa serre avec des légumes frais, à Port-Menier

Photo : Ferme d'à côté

La Côte-Nord a été fondée avec l'exploitation de ses ressources naturelles, notamment les forêts, les mines, l'hydroélectricité et la pêche. Longtemps, la région a dû dépendre des autres pour se nourrir. Lentement, quelques initiatives d'autosuffisances émergent pour changer l'économie d'ici.

Un texte d'Ann-Sophie Gravel

Les produits frais ne sont pas très présents sur la Côte-Nord et souvent ils ne sont pas de très grande qualité, affirme la conseillère au développement des communautés de la MRC de la Haute-Côte-Nord, Odette Bélanger.

L’instabilité de l’économie, la difficulté à accéder aux produits alimentaires frais et la pauvreté de l’offre alimentaire sont tou[tes] des caractéristiques de la région, explique Jessica Élie-Léonard. L’étudiante à la maitrise au département de géographie de l’Université du Québec à Montréal s’est intéressée à l’insécurité alimentaire en Minganie en 2017. L’autosuffisance est une solution à ce problème, avoir accès à des aliments frais apporte beaucoup de bénéfices à la population.

Passer de la pêche à la bêche

La municipalité de Gros-Mécatina a dû trouver une manière de garder ses citoyens au travail lorsque l’usine de transformation de produits de la pêche a fermé en 2010. Quand l’usine a fermé, on a essayé de trouver une opportunité dans un désastre, témoigne le maire, Randy Jones. On devait garder les citoyens au travail. Des immenses jardins ont été aménagés afin de fournir des produits frais et du travail aux habitants.

Chaque fois qu’il y a des produits à vendre, c’est comme un carnaval, raconte M. Jones. Tout le monde vient, même des gens des autres villages aux alentours.

Randy Jones, maire de Gros-Mécatina

Le projet a pu bénéficier de l’aide du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec et de deux agronomes venus spécialement pour eux sur la Basse-Côte-Nord. Aujourd’hui, il est plus difficile de continuer de recevoir de l’aide du gouvernement. Si on veut avoir une continuité, il faut investir dans des installations aquaponiques intérieures, déclare le maire. Des installations qui viennent avec des coûts trop importants, défrayés seulement par la municipalité.

De son côté, la MRC de La Haute-Côte-Nord développe présentement le projet Concertation vers une MRC nourricière – cuisines jeunesse, présenté par la Maison de la famille de Longue-Rive. L’objectif de la MRC est de permettre aux gens de cultiver chez eux ou dans un jardin communautaire et d’offrir des aliments produits dans la région à prix abordable.

Ultimement, on veut augmenter l’attractivité du territoire, affirme Odette Bélanger. On ne verra pas des résultats tout de suite, mais on a une vision à long terme.

Nourrir mieux tout en respectant la nature

En Minganie, le Grenier Boréal a aussi pour but d’offrir des produits de l’agriculture et de l’agroforesterie aux personnes de la région. La coopérative utilise la nordicité de la région à son avantage. Ses serres bénéficient notamment des journées plus longues de l’été, caractéristique des régions boréales.

Jardin de la coopérative Le Grenier boréal à Longue-Pointe-de-Mingan, sur la Côte-Nord

Jardin de la coopérative Le Grenier boréal à Longue-Pointe-de-Mingan, sur la Côte-Nord

Photo : Grenier boréal

Rapprocher le lieu de production des aliments des consommateurs est non seulement bénéfique pour l’environnement, mais permet aussi de consommer des aliments qui ont gardé toutes leurs propriétés nutritives. Le Grenier Boréal n’est pas certifié biologique, mais cultive tout de même sans intrants chimiques. C’est important pour nous d’offrir des produits de qualité et que les citoyens sachent comment ils ont été cultivés, indique la directrice générale de la coopérative, Josée Bélanger.

Au sud, sur l’île d’Anticosti, Éric Perreault et sa femme réalisent leur rêve de vivre de manière autosuffisante. On voulait élever nos enfants dans un endroit où ils pourraient grandir en apprenant à fabriquer leur propre consommation, affirme le père de trois enfants. Grâce à leur champ, leur serre et leur fermette, la famille ne consomme que ses propres produits, des légumes à la viande et du pain au fromage.

Transition vers une nouvelle économie

La production de chicoutai (ou plaquebière) est aussi une des grandes fiertés du village de Gros-Mécatina. Sa population vise à en faire une production commerciale. Selon Randy Jones, si on réussit notre projet, des gens de partout dans le monde vont vouloir venir pour voir comment on a fait sur la Côte-Nord.

Eric Perreault est catégorique : pour savoir ce que l’on mange, il faut le produire nous-mêmes. Il aimerait commercialiser les produits frais qu’il produit, mais les règles du MAPAQ et le manque de temps sont des obstacles considérables. Toutefois, ce n’est pas tout le monde sur l’île qui s’intéresse à son offre.

Au début, les gens n’étaient pas intéressés, car ils étaient habitués aux produits transformés disponibles ici, précise le producteur. C’est à force de recevoir des personnes de l’extérieur, qui reconnaissaient la valeur de mes produits, que je me suis fait connaitre.

Répondre aux problèmes d’accès aux aliments frais

L’autosuffisance et l’agriculture locale sont des moyens éprouvés de lutter contre l’insécurité alimentaire qui touche la Côte-Nord. Toutefois, changer ainsi l’économie d’une région ne peut pas se faire sans heurts. Si tu es dans les pêches, changer pour des jardins ça ne peut pas se faire du jour au lendemain, surtout dans un pays comme le nôtre, ajoute Randy Jones.

Des employés et dirigeants du projet d'autosuffisance alimentaire à Gros-Mécatina

Employés et dirigeants du projet d'autosuffisance alimentaire à Gros-Mécatina

Photo : Radio-Canada / Louis Garneau

On a seulement une dizaine de producteurs maraichers dans la région! Comment est-ce que l’on peut nourrir tout le monde?

Odette Bélanger, conseillère au développement des communautés de la MRC de la Haute-Côte-Nord

Jessica Élie-Léonard rédige présentement un mémoire sur la sécurité alimentaire en région éloignée dans lequel elle propose des solutions aux communautés. Durant mon étude, j’ai vu quelques initiatives d’agriculture locale, mentionne-t-elle. La Côte-Nord possède plein de richesses qui n’ont pas encore été exploitées.

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