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Stéphan Bureau
Audio fil du jeudi 27 juin 2019

Les inégalités économiques croissantes du monde musical

Publié le

Drake et Charlotte Cardin.
Dans la nouvelle économie de l'écoute en continu, les artistes musicaux qui se sont fait connaître grâce aux anciens médias, comme Drake, ont un avantage sur ceux qui sont arrivés à l'ère numérique, comme Charlotte Cardin.   Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Chaque année, l'industrie de la musique vend toujours moins de disques, crée moins de vedettes, génère moins d'argent, et pourtant, l'offre musicale et les budgets de mégatournées des Lady Gaga et U2 de ce monde continuent de se décupler. C'est donc dire qu'avec le passage au numérique, le fossé s'est creusé davantage entre les supervedettes et les autres artistes. Avec cinq spécialistes, Stéphan Bureau discute de l'importance accrue du spectacle à l'ère de l'écoute en continu.

Nos recevons Alain Brunet, critique musical et auteur du livre La misère des niches, Mario Pelchat, chanteur et producteur, Marc-André Sabourin, journaliste, Myriam Kessiby, chroniqueuse, et Julien Brault, homme d’affaires.

Myriam Kessiby, Marc-André Sabourin, Alain Brunet et Mario Pelchat au micro de Stéphan Bureau.
Myriam Kessiby, Marc-André Sabourin, Alain Brunet et Mario Pelchat Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande

Vaches très maigres

« En ce moment, c’est un revenu famélique, c’est vraiment épouvantable », dit Alain Brunet à propos du salaire des musiciens et musiciennes. « Dans la pop, il y en a quelques-uns qui ont su tirer leur épingle du jeu dans le streaming – je pense à Milk and Bone, par exemple, ou à Men I Trust, des groupes actuels qui ont une très, très forte circulation sur des plateformes comme Spotify ou Apple Music –, sauf que c’est très, très provisoire. […] S’ils avaient la même [portée] dans le monde de la vente physique, ils seraient de cinq à dix fois plus riches. »

En termes de rayonnement, le streaming est plus fort, mais en termes de revenus, c’est beaucoup plus faible. Le retour sur l’investissement est beaucoup, beaucoup plus bas. Même avec un gros rayonnement partout dans le monde, on a des revenus nettement inférieurs à ce qu’on générait à l’époque avec une vente de 50 000 albums.

Alain Brunet
Alain Brunet et Mario Pelchat au micro de Stéphan Bureau.
Alain Brunet et Mario Pelchat Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande

Vade retro, Spotify

Producteur de 2Frères et de Paul Daraîche en plus d’être chanteur, Mario Pelchat a choisi d’éviter le plus possible les plateformes d’écoute en continu puisque ces dernières exigeaient davantage de frais de comptabilité qu’elles ne donnaient de revenus.

Un album à succès, désormais, signifie pour lui 40 000 ventes. « On l’atteint, difficilement, mais on l’atteint, affirme-t-il. Mais les 2Frères, leur premier album, on a fait cent-vingt-quelques mille. »

Le goût du risque

« Je n’ai pas vraiment la réponse », dit-il quant à la solution au problème des ventes. « On la cherche. Je suis devenu producteur il y a 20 ans. Il y a 20 ans, ça vendait encore bien, alors j’ai pu tirer mon épingle du jeu, mais les dernières années… Je n’ai pas toujours fait de bons coups. Il y a beaucoup d’album sur lesquels j’ai perdu 100 000 $ et même au-dessus comme producteur. Ça fait partie du risque. »

L’ABC des plateformes en continu

Dans la jungle des Spotify, Apple Music et Deezer, les artistes indépendants ont le haut du pavé, selon le journaliste Marc-André Sabourin. Ces derniers détiennent en effet tous les droits de leurs enregistrements, mais le revenu moyen engrangé par une chanson est dans les millièmes de cent, sinon les cent-millièmes de cent. À cela s’ajoute le modèle au prorata des plateformes, qui distribuent leurs revenus aux artistes en fonction de la proportion des écoutes totales, et non à la pièce.

Si, ce mois-ci, je n’ai fait qu’écouter du Mario Pelchat sur Spotify, ce n’est pas grave. Sur les 10 $ que je vais donner, il y a quand même 9,99 $ qui vont aller dans les poches de Drake, et un sou dans les poches de Mario Pelchat.

Marc-André Sabourin
Marc-André Sabourin, Myriam Kessiby et Julien Brault au micro de Stéphan Bureau.
Marc-André Sabourin, Myriam Kessiby et Julien Brault Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande

Billets de spectacles : une économie secrète

Les Lady Gaga, Elton John et U2 de ce monde injectent de plus en plus de budget dans leurs spectacles. Conséquemment, le prix des billets est de plus en plus haut, mais pas plus de 30 % des billets de spectacle sont vendus à prix normal. Selon Myriam Kessiby, il existe une économie secrète de la revente de billets, dont bénéficient également les grandes entreprises de vente de billets.

« On pourrait se dire que c’est un marché secondaire, que les distributeurs de billets n’y peuvent pas grand-chose, mais non, explique-t-elle. Les revendeurs de billets sont recrutés par Ticketmaster, qui a un programme de revendeurs professionnels, avec son propre site. […] Ça leur permet d’empocher des frais qui sont facturés quand le revendeur achète ses billets initialement, mais en plus, ils empochent aussi une commission chaque fois que le billet est revendu. »

La mort, un accomplissement payant

Les ayants droit d’artistes comme Michael Jackson, Elvis Prestley et Bob Marley détiennent une position enviable dans l’industrie de la musique. Ils n’ont pas à composer avec les caprices d’une vedette et tirent des revenus enviables des droits d’auteur, des ententes commerciales et, désormais, des tournées d’hologrammes à l’image des artistes dont ils ont la charge. Julien Brault souligne que Michael Jackson est le grand gagnant à ce chapitre, avec 2,4 milliards de dollars engrangés en revenus divers depuis sa mort, le 25 juin 2009.

« Ce sont des leçons que les artistes encore vivants pourraient appliquer, déclare l’homme d’affaires, à la demi-blague. Ils pourraient diversifier leurs revenus, utiliser leur image pour [rester] présents sur le marché. Quand on voit le nom de Bob Marley sur une boisson à l’épicerie, peut-être qu’on écoute davantage sa musique. »

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