•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Bien entendu

Avec Stéphan Bureau

Le samedi de 13 h à 14 h

Les fermes convictions de la Dre Joanne Liu

Joanne Liu marche dans une rue de Bruxelles.

La pédiatre Joanne Liu, ancienne présidente de Médecins sans frontières

Photo : La Presse canadienne / Darko Vojinovic

« Je suis devenue une femme pragmatique, mais qui a ses principes. » Malgré toutes ces années à travailler pour Médecins sans frontières (MSF), que ce soit à la tête de l'organisme ou parmi les médecins sur le terrain, la Dre Joanne Liu maintient que sa confiance en l'humain est intacte et que le cynisme ne l'a pas atteinte.

Celle qui a été formée en pédiatrie nous parle de son parcours impressionnant et offre un point de vue éclairant sur la pandémie mondiale actuelle.

Après tout, à titre de présidente de MSF pendant six ans, Joanne Liu a été appelée à soutenir les efforts médicaux dans de nombreuses zones hostiles de la planète. Elle a vu comment l’humain peut faire souffrir son prochain.

Lors de son mandat, mené dans les quartiers généraux de MSF, à Genève, en Suisse, elle dit avoir toujours voulu « garder le lien avec le terrain ».

« C’est pour ça que je me permettais de faire des prises de parole musclées en tant que présidente. J’avais vu le quotidien des gens. »

La beauté pour panser les plaies de l’horreur

Joanne Liu a été de la grande opération de mobilisation pour contenir la plus grande épidémie de maladie à virus Ebola de l’histoire, en Afrique de l’Ouest, au milieu des années 2010.

On l’a aussi vue en Libye, un endroit qui l’a marquée.

« En Libye, j’ai rencontré des gens détenus par des milices. Je n’avais jamais vu une telle incarnation de la cruauté humaine. Il y avait des centaines de personnes dans des cellules mal ventilées. »

À l’époque, la crise causée par le départ précipité de Mouammar Kadhafi, en 2011, a créé un vide dans l’espace politique du pays, lequel s’est vite retrouvé déchiré par une guerre civile.

« Et là, se souvient-elle, je vois tous ces yeux et ces bras tendus qui appellent à l’aide. Ça m’a hantée. Quand je suis rentrée en Suisse, j’ai appelé un ami. Je lui ai dit : "Emmène-moi voir de la beauté". C’était la seule façon de combattre cette laideur. »

Une journée noire

Joanne Liu se souvient de l’attaque sur un hôpital afghan dirigé par son organisme. C’était à Kunduz, en 2015. Les morts se sont comptés par dizaines, chez les patients et le personnel soignant.

« Ça demeure une journée noire, dit-elle, ce 3 octobre 2015. Le droit humanitaire international dit que la guerre s’arrête aux portes d’un hôpital. Ce n’était pas qu’une seule frappe : c’étaient cinq frappes militaires précises sur le building principal, où se trouvaient les soins intensifs, trois salles d’opération et l’urgence. »

Les frappes aériennes étaient l’œuvre de la coalition qui combattait les talibans dans ce pays en guerre depuis la fin des années 1970.

Des excuses en haut lieu

Quand il a été établi qu’il s’agissait d’une gigantesque bourde militaire, les excuses du président américain de l’époque, Barack Obama, ont été présentées directement à la présidente Liu.

« Je ne pouvais pas remercier le président de s’excuser d’avoir été responsable de la mort de ces personnes, soutient-elle. Mais, en revanche, je lui ai demandé que les États-Unis s’engagent à reconnaître publiquement le droit international humanitaire et la protection des hôpitaux en zone de conflit. »

Retour aux amours d'avant

Depuis la fin de son mandat à MSF, Joanne Liu est retournée à sa pratique de la pédiatrie. Elle travaille au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, à Montréal. Son regard sur ses jeunes patients est plein de tendresse.

« J’aime les enfants; ils me font tellement marrer! Ce sont des patients extra. Quand ils vont mieux, ils se mettent à jouer, ils parlent, ils mangent; il n’y a pas de game. »

À son retour au pays, dans les premières semaines où la COVID-19 est apparue chez nous, plusieurs observateurs étaient convaincus que cette sommité mondiale de la question des épidémies allait être repêchée par le gouvernement du Québec, pour l’assister dans sa lutte contre le nouveau coronavirus.

Or, la réalité a été tout autre : le gouvernement Legault a refusé de prendre la Dre Liu dans son équipe. La principale intéressée ne s’en formalise pas tant.

Elle dit avoir voulu « ne pas se désolidariser des autorités locales » pendant cette situation pandémique complexe.

« Il y a eu plusieurs vies de perdues dans les CHSLD [centres d'hébergement et de soins de longue durée]. Pour moi, l’important est de s’assurer qu’on apprend de ça et qu’on sera prêts. »

La deuxième vague, qu’on imagine à nos portes, nous éprouvera à nouveau, mais il faudra apprendre à vivre avec le virus, selon elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi