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Christophe Guilluy déplore la déconnexion de l’élite avec les classes populaires

Bien entendu

Avec Stéphan Bureau

En semaine de 9 h à 11 h 30
(en rediffusion à 22 h)

Christophe Guilluy déplore la déconnexion de l’élite avec les classes populaires

Audio fil du samedi 21 septembre 2019
Christophe Guilluy est l'auteur de <i>No society. La fin de la classe moyenne occidentale.</i>

Le géographe Christophe Guilluy est l'auteur du livre No society. La fin de la classe moyenne occidentale.

Photo : Flammarion / Philippe Matsas/Flammarion

« Il a été une époque où une culture populaire riche et ouvrière avait dans l'écosystème de nos sociétés une place forte et incontournable. Aujourd'hui, il n'y a pas d'équivalent », note le géographe et essayiste Christophe Guilluy. Prônant le respect de l'autre et l'importance de la mixité sociale, la nouvelle élite bourgeoise des grandes métropoles, grande gagnante de la mondialisation, a oublié l'existence de la société d'en bas, qui se reconnaît d'ailleurs de moins en moins dans ces grandes villes comme New York, Paris ou Montréal où l'intelligentsia, le monde universitaire et les médias se parlent entre eux. « Ils ont oublié qu'il y a des gens qui vivent dans leur pays. »

Selon le géographe, en 2019, une personne qui vit à Paris a probablement plus de choses en commun avec une personne qui vit à New York, à Londres ou à Montréal qu’avec une autre personne qui vit en France dans une petite commune de l’Hexagone, par exemple.

La distance culturelle, aujourd’hui, entre un Parisien et un habitant d’un département français est beaucoup plus importante que celle entre un Parisien, un New-Yorkais ou un Milanais.

Christophe Guilluy, géographe et essayiste

Selon Christophe Guilluy, la fracture entre les classes populaires et la nouvelle « bourgeoisie cool » des grandes métropoles est d’abord et avant tout le fait du « monde d’en haut ». Les nouvelles élites se sont en quelque sorte enfermées dans des citadelles urbaines, où elles s’écoutent parler et oublient les réalités à l’extérieur des murs de leurs villes. Christophe Guilluy prend l’exemple de la Ville Lumière. Selon lui, le discours émanant de Paris ne dépasse plus beaucoup les frontières de la capitale française.

Paris est entendue dans les limites de Paris, mais c’est terminé. Ailleurs, l’influence du discours médiatique, culturel ou politique est à peu près nulle.

Christophe Guilluy, géographe et essayiste

L’essayiste français trouve paradoxal que la nouvelle élite bourgeoise parle souvent de société ouverte, alors que c’est précisément elle qui érige des « murs invisibles » pour s’éloigner des classes populaires, notamment en contribuant à l’embourgeoisement de certains quartiers.

« Vous avez tous ces tenants de la société ouverte, qui sont d’ailleurs aussi les tenants de l’abolition des frontières qui, dans leur vie privée, érigent des frontières invisibles avec le mur de l’argent, notamment, en faisant des choix résidentiels, mais aussi en déscolarisant leurs enfants de collèges publics pour les mettre dans de bons collèges privés », affirme Christophe Guilluy.

Une pensée asséchée

Selon lui, en étant enfermée dans une citadelle, l’élite bourgeoise ne fréquente que des gens qui lui ressemblent, ce qui crée un effet de bulle, et par le fait même, un assèchement de la pensée. Cet assèchement ne fait que creuser le fossé entre les classes populaires et cette élite.

Quand on dit que les médias pensent tous la même chose, que les journalistes pensent tous la même chose, c’est un peu vrai, mais ils le font presque inconsciemment. Ils vivent depuis des décennies dans les mêmes lieux, et ne fréquentent que les mêmes gens. Donc, à la fin, vous avez un processus d’assèchement de la pensée qu’on voit d’ailleurs très bien dans l’intelligentsia britannique, française ou canadienne. [...] Ils ont oublié l'essentiel. Ils ont oublié qu'il y a un Hinterland.

Christophe Guilluy, géographe et essayiste

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