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Les caricatures politiques sont-elles en péril?

Bien entendu

Avec Stéphan Bureau

Le samedi de 13 h à 14 h
(en rediffusion le samedi suivant à 5 h)

Les caricatures politiques sont-elles en péril?

Audio fil du lundi 8 juillet 2019
La caricature en question montre le président Trump à côté de sa voiturette de golf, fixant deux migrants morts au sol.

Un caricaturiste du Nouveau-Brunswick aurait été congédié après avoir réalisé ce dessin de Trump.

Photo : Michael de Adder / Facebook

La société est-elle devenue allergique aux caricaturistes politiques? La question mérite d'être posée après l'annonce du New York Times, il y a quelques semaines, disant vouloir cesser la publication de ce type de dessins dans son édition internationale. Plus récemment, le caricaturiste néo-brunswickois Michael DeAdder a perdu son emploi après avoir publié une caricature provocante au sujet de Donald Trump sur Twitter. Pourquoi les dessins politiques font-ils autant réagir depuis quelques années? Sommes-nous plus intolérants que par le passé? Nous en parlons avec Pierre Huet, Christelle Paré et Patrick Chappatte.

Pendant 20 ans, Patrick Chappatte a été caricaturiste d’abord pour l’International Herald Tribune, puis pour le New York Times. En juin 2019, quelques semaines après que la publication d’une caricature controversée de Benjamin Netanyahu, le premier ministre d’Israël, par un dessinateur portugais, le journal a décidé de renoncer aux dessins de presse, dont ceux de Patrick Chappatte.

Est-ce que nous sommes devenus allergiques non pas aux dessins de presse, mais à l’offense? Est-ce nous voulons, en tant que société, être confrontés à ce qui nous gêne, nous challenge, nous bouscule, ce qui est la définition même d’un bon dessin politique, d’un bon dessin de presse? […] C’est la justesse d’un dessin qui fait sa force, c’est quand il est juste qu’il fait mal.

Patrick Chappatte, caricaturiste

Pierre Huet, parolier et ex-rédacteur en chef du magazine Croc, croit que les législations contre les propos haineux adoptées par bien des États sont préoccupantes, et que les réseaux sociaux sortent trop les caricatures de leur contexte. De plus, sa principale crainte demeure que les éditeurs et les caricaturistes s’autocensurent.

Une femme et un homme parlent devant un micro.

Christelle Paré et Pierre Huet

Photo : Radio-Canada / Ronald Georges

Christelle Paré, chercheuse postdoctorale et directrice, recherche et analyse pour Juste pour rire, jette une lueur d’optimisme à cette situation en disant que des endroits refuges existent. Par exemple, les dessins de Michael DeAdder, qui étaient publiés au Nouveau-Brunswick, le seront désormais aussi en Ontario.

Depuis quelques mois, Patrick Chappatte travaille au Canard enchaîné, où il jouit d’une enviable liberté éditoriale. Le caricaturiste a aussi espoir de voir apparaître une certaine résistance devant la censure : bien des internautes et des lecteurs du New York Times se sont élevés contre la décision du journal de ne plus publier de caricatures dans son édition internationale, et plusieurs d’entre eux se sont même désabonnés du célèbre quotidien américain.

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