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Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

Les insolences du frère Untel, un électrochoc nécessaire à la société québécoise

Audio fil du mardi 4 décembre 2018
Jean-Paul Desbiens, le frère Untel, en 1964

Jean-Paul Desbiens, le frère Untel, en 1964

Photo : Radio-Canada/André Le Coz

Le 21 novembre 1960, le frère Untel a dévoilé son identité. Dans ses Insolences, publiées deux mois plus tôt, Jean-Paul Desbiens jetait un regard critique et sans complaisance sur la langue parlée du Québec. Le livre a été un succès sans précédent : 100 000exemplaires vendus en quelques mois seulement. « Ce texte déclencheur, fondateur de la Révolution tranquille a donné un électrochoc. Il a provoqué une prise de conscience qui a mené à des changements importants », affirme le journaliste Marc Laurendeau.

Les insolences du frère Untel ont paru alors que le Québec de 1960 « ronronnait de satisfaction », rappelle Marc Laurendeau. Durant son long règne à titre de premier ministre, Maurice Duplessis affirmait d'ailleurs que la province possédait « le meilleur système d’éducation au monde ».

Même s’il venait tout juste de mourir, en septembre 1959, son régime lui survivait. Les Canadiens français du Québec étaient toujours dominés par le clergé et par le politique, et le système d’éducation était en réalité très médiocre.

Un succès immédiat

Le livre de Jean-Paul Desbiens, un succès d’édition immédiat, arrive en librairie dans un contexte social précis, alors que le gouvernement de Jean Lesage prend le pouvoir en juin 1960. Personne ne connaît l’identité du frère Untel. La curiosité croît. Les semaines passent.

Le livre dénonce les failles du système d’éducation, le poids de la hiérarchie religieuse et l’incompétence des décideurs.

Marc Laurendeau, journaliste

Plus encore, Jean-Paul Desbiens dénonce la pauvreté de la langue chez les jeunes et il déplore l’affichage en anglais dans les villes, surtout à Montréal.

Il sort de l’anonymat en novembre 1960 en accordant des entrevues à la radio et à la télévision de Radio-Canada. « Le public n’est pas déçu. Le frère Untel est fonceur, érudit, bon raconteur », raconte Marc Laurendeau.

L’auteur est un frère mariste de 33 ans à l’époque. Frère Pierre-Jérôme, de son nom religieux, est professeur de philosophie à l’Académie commerciale des Frères maristes de Chicoutimi et au Collège d'Alma.

Le haut clergé du Québec, qui estime que le livre est dangereux, se mobilise contre lui. Le frère Untel paye finalement le prix de la publication de ses Insolences. Dans un premier temps, il est exilé à Rome pendant un an et demi et mis sous étroite surveillance, et par la suite, envoyé à Fribourg, en Suisse, une autre année et demie.

Un retour remarqué

Jean-Paul Desbiens revient au Québec en 1964 par la grande porte : il est nommé haut cadre du ministère de l’Éducation pour organiser l’enseignement secondaire et les cégeps.

Il était la personne qui avait vu les lacunes d’un système d’éducation élitiste, où la masse des étudiants n’était pas vraiment formée adéquatement.

Marc Laurendeau, journaliste
Un homme sérieux se trouve dans un studio de télévision.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean-Pierre Desbiens (le frère Untel) en 1976

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Avec le recul, son influence sur la société québécoise est manifeste. L’Office de la langue française est créé un an après la parution du livre, et une section sur l’affichage de la Charte de la langue française s’en inspire.

Selon Marc Laurendeau, ce livre portant sur un moment charnière du Québec a une valeur historique forte.

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