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Jacques Beauchamp
Audio fil du lundi 27 août 2018

L’affaire Anita Hill, un scandale sexuel qui a changé la société américaine

Publié le

Prise de vue en cour, avec la professeure levant la main pour prêter serment.
Anita Hill, professeure de droit américaine, comparaît devant un comite sénatorial, le 12 octobre 1991, après avoir porté plainte pour agression sexuelle contre son patron, le juge Clarence Thomas.   Photo : Getty Images / AFP / Jennifer K. Law

En 1991, Anita Hill a accusé son patron de harcèlement sexuel. Celui-ci n'était pas un personnage anonyme : il s'agissait de Clarence Thomas, un juge que le président américain de l'époque, George Bush, souhaitait nommer à la Cour suprême. Même si Thomas a tout de même été nommé au plus haut tribunal du pays, cette histoire a permis de faire modifier les lois et de changer les mentalités à propos du harcèlement sexuel, explique la professeure Karine Prémont.

C'est en juillet 1991 que George Bush a annoncé la nomination imminente de Clarence Thomas à la Cour suprême. Cette décision a été reçue tièdement par les observateurs qui déploraient le peu d’expérience de Thomas, juge au palier fédéral depuis un an seulement. L’homme affichait aussi des positions très conservatrices sur les questions de l’avortement et de la discrimination positive.

Un pavé dans la mare

Un comité sénatorial a été mis sur pieds pour évaluer la candidature du juge, présidé par Joe Biden, qui allait devenir plus tard vice-président aux côtés de Barack Obama.

Mais en cours de processus, la National Public Radio (NPR) et le magazine Newsday ont obtenu l’information qu’une femme avait été harcelée par le juge Thomas durant les années 1980.

L’affaire a fait grand bruit. Quelques jours plus tard, Anita Hill a été appelée à témoigner devant le comité sénatorial dirigé par Biden.

Lors de son audience télévisée, Hill, qui est une avocate, a impressionné par son aplomb. Elle a détaillé les avances répétées de son ex-patron, ses commentaires déplacés, etc.

Le juge Clarence Thomas a aussi été entendu par les sénateurs, niant catégoriquement les allégations de Hill. Il a affirmé qu’il s’agissait d’une tentative de lynchage envers un candidat noir souhaitant accéder à la haute magistrature.

Pendant cette tempête, la Maison-Blanche est demeurée stoïque. Après tout, il s’agissait d’un juge auquel tenait le président Bush. L’opinion publique s’est montrée, elle aussi, peu sympathique à la cause de la victime.

Des accusations de manipulation politique

Certains voient dans la révélation de cette histoire les conséquences négatives de la lutte politique que se livrent les républicains et les démocrates.

Il est clair qu’il y a eu manipulation politique. Les démocrates n’approuvaient pas cette nomination d’un juge très conservateur.

Karine Prémont

Ce « salissage » n’était qu’une basse manœuvre pour tenter de disqualifier un juge afro-américain, ont avancé les républicains.

D’autres allégations de harcèlement contre Clarence Thomas

Malgré ces révélations, Clarence Thomas a été nommé juge à la Cour suprême le 15 octobre, à l'issue d'un vote serré parmi les sénateurs (52 pour, 48 contre).

Après cette histoire, des cadres légaux ont été mis en place pour contrer le harcèlement sexuel. Toutefois, Karine Prémont fait remarquer que le regard porté sur les victimes de harcèlement sexuel a peu changé depuis l’affaire Anita Hill.

Celle qui enseigne à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke prend pour exemple l’affaire Harvey Weinstein. Ces dénonciations sont encore et toujours reçues avec une bonne dose de scepticisme.

Depuis, d’autres témoignages d’inconduite sexuelle ont été reçus au sujet Clarence Thomas. Celui-ci siège toujours à ce poste prestigieux. Comme cela a été le cas à l’époque, le juge n’a jamais été inquiété par ces nouvelles allégations.

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