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Jacques Beauchamp
Audio fil du jeudi 18 janvier 2018

La grande famine en Irlande au 19e siècle, une catastrophe meurtrière

Publié le

Illustration montrant un père catholique qui console une famille durant la grande famine irlandaise.
Le père Mathew visite une famille durant la grande famine d'Irlande, vers 1846.   Photo : Getty Images / Hulton Archive

« Plus d'un million d'Irlandais meurent et environ 1,5 million émigrent, en particulier vers l'Amérique du Nord. » Le professeur d'histoire Laurent Colantonio relate que de 1846 à 1851, la famine en Irlande a provoqué de grands ravages, aggravés par le contexte politique et économique, et par le peu de soutien de la Grande-Bretagne.

À l’automne 1845, la culture de la pomme de terre en Irlande s’effondre en raison d’une épidémie de mildiou. En plus de faire pourrir les tubercules, cette maladie entraîne une odeur nauséabonde. La situation a de graves répercussions au pays puisque la pomme de terre constitue l’aliment de base des Irlandais.

Fuir ou mourir de malnutrition
La famine s’installe en Irlande, qui compte alors 8,5 millions d’habitants. La malnutrition atteint de nombreux Irlandais et cause des maladies infectieuses comme la dysenterie, la diarrhée, puis le typhus et le choléra. Le nombre de morts est tel que l’Irlande sera le seul pays d’Europe dont la population diminuera au 19e siècle.

La société très hiérarchisée et inégalitaire de l’Irlande de l’époque envenime la catastrophe. Les grands propriétaires agricoles, les landlords, expulsent environ 500 000 paysans qui n’ont plus le moyen de payer le loyer de leur parcelle de terre.

La grande famine a pour conséquence une énorme vague d’immigration. En 10 ans, de 1845 à 1855, environ 2 millions d’Irlandais quittent leur pays. Si les personnes les plus pauvres se rendent en Grande-Bretagne, de nombreux émigrants traversent l’Atlantique. Ainsi, 100 000 Irlandais débarquent dans la vallée du Saint-Laurent pour la seule année de 1847.

Les conditions dans lesquelles se font les voyages sont souvent horribles. Les émigrants s’entassent dans des navires, surnommés bateaux-cercueils. On y manque d’eau et la promiscuité favorise la transmission de maladies. En 1847, environ 50 000 personnes meurent en mer entre l’Europe et l’Amérique.

Détail d'une illustration du 19e siècle montrant des émigrants irlandais qui se dirigent vers les États-Unis.
Des émigrants irlandais entassés dans un bateau lors de l'exode créé par la grande famine irlandaise Photo : Getty Images/Hulton Archive

La Grande-Bretagne sous-estime la crise
Au 19e siècle, l’Irlande répond de la Grande-Bretagne, qui prend des mesures tardives et incomplètes pour lutter contre la famine. Les Anglais ont peur que l’argent donné aux Irlandais serve aux nationalistes pour l’achat d’armes. Plus prompts à réagir, l’Europe, les États-Unis et l’Église catholique envoient une aide d’environ deux millions de livres à l’Irlande dès 1846-1847.

De même, l’abolition par la Grande-Bretagne des droits sur le blé favorise son exportation de l’Irlande, alors que des centaines de milliers de personnes meurent de faim. Comme l’explique Laurent Colantonio, « la question sociale ne fait alors pas partie des attributs du gouvernement britannique ».

En 1997, le gouvernement britannique de Tony Blair offre ses excuses officielles pour les torts subis par les Irlandais au moment de la grande famine. En Irlande, le souvenir de la douleur associée à la famine et l’insensibilité démontrée par la Grande-Bretagne de l’époque sont aujourd’hui encore bien présents dans l’imaginaire collectif.

Référence :
La Grande Famine en Irlande, Laurent Colantonio et Fabrice Bensimon, PUF, 2014

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