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Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

150 ans d'art canadien pour exprimer l'identité multiple d'un vaste pays

Audio fil du vendredi 30 juin 2017
Viola Léger, interprète du rôle de la Sagouine, en 1975

Viola Léger, interprète du rôle de la Sagouine, en 1975

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Difficile de circonscrire l'identité artistique du Canada entier : la culture du pays varie d'une province à l'autre. Les professeures Sophie Marcotte et Marie-Linda Lord ainsi que le critique Michel Coulombe parcourent tout de même 150 ans de culture canadienne à partir d'œuvres emblématiques : les textes de Gabrielle Roy et d'Antonine Maillet ainsi que les productions de l'Office national du film (ONF).

Gabrielle Roy, la première auteure réaliste du Canada
C’est à Montréal, où elle s’est installée à son retour d’Europe, que la jeune Franco-Manitobaine Gabrielle Roy a écrit Bonheur d’occasion, un succès instantané et foudroyant qui a amplement dépassé les frontières du pays. « Ce roman phare a marqué la fin du siècle du roman du terroir », souligne Sophie Marcotte, professeure de littérature à l'Université Concordia et spécialiste de l'œuvre de Gabrielle Roy.

Elle publie l’un des premiers romans canadiens de réalisme social, qui raconte l’urbanité. De manière générale, elle a la volonté de décrire la misère humaine, de raconter la vie de ceux qu’elle appelait les “petites gens”. Elle a aussi un regard de journaliste, ce qui lui permet de dépeindre avec exactitude certains aspects du Manitoba francophone ou l’ambiance du quartier Saint-Henri de Montréal.

Sophie Marcotte
Photo de Gabrielle Roy par Annette et Basil Zarov, 1945. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'écrivaine Gabrielle Roy

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Même si elle a vécu à Paris, à Montréal et dans Charlevoix, ses origines manitobaines sont présentes dans toute son œuvre. Elle a d’ailleurs déploré qu’au Québec Bonheur d’occasion ait été considéré comme un roman emblématique de la frénésie des années 60 et de la Révolution tranquille. Plus tard, on a voulu faire de son roman une œuvre exemplaire de la fédération canadienne. Elle voulait pourtant échapper à ces considérations politiques et écrire des œuvres universelles. Bonheur d’occasion a parfois été un fardeau pour elle. La critique a toujours attendu d’elle qu’elle publie un second grand roman réaliste alors qu’elle avait aussi envie d’écrire des romans autobiographiques, plus intimistes. Sa dernière œuvre, La détresse et l’enchantement, est représentative de cette veine qu’elle affectionnait particulièrement. Elle était une femme tourmentée, et l’écriture émergeait de cette détresse qui ne l’a jamais quittée, de même que d’une solitude dont elle avait besoin.

L’ONF, l’institution qui a propulsé notre cinéma
Lieu de réinvention, et peut-être même d’invention d’une cinématographie nationale digne de ce nom, l’Office national du film a connu dans les années 60 une effervescence exceptionnelle. « Notre cinématographie s’est développée en retard par rapport à celles des autres pays occidentaux, explique le chroniqueur Michel Coulombe, mais nous nous sommes rattrapés rapidement grâce à l’ONF, où l'on a aussi inventé de nouveaux genres cinématographiques, comme le cinéma direct, et où s’est beaucoup développé le cinéma d’animation. »

Michel Brault, chef opérateur à l'ONF, et
l'animateur Pierre Nadeau en 1961.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Brault, chef opérateur à l'ONF, et l'animateur Pierre Nadeau en 1961.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

L’ONF a d’abord été un outil de propagande, qui produisait des films patriotiques pendant la guerre. Quand il a changé de mission quelques années plus tard, il est devenu un outil d’affirmation nationale et culturelle qui a permis la naissance de grandes œuvres d’art. La volonté était d’être présent partout sur le territoire et de raconter ce qui s’y passe, de faire des films qui nous ressemblent vraiment, qui captent bien la texture de nos lieux, les couleurs de notre parlure ou l’authenticité de nos manières d’être. Alors que la technologie évoluait, que les caméras étaient de plus en plus souples, une grande effervescence créative s’est installée dans les bureaux de l’institution, notamment en français dans ses quartiers généraux montréalais. C’est là que Pierre Perrault, employé permanent de l’ONF à cette époque, a inventé le cinéma direct.

La Sagouine, ou la révolte d’une femme qui parle vrai
Véritable électrochoc lorsqu’elle est apparue sur une scène acadienne en 1968, la Sagouine, est un personnage légendaire de la dramaturgie canadienne. L'auteure Antonine Maillet a imaginé une laveuse de planchers au franc-parler implacable, dont l'apparition sur scène a même précédé de quelques mois les fameuses Belles sœurs de Michel Tremblay. Elle doit être considérée comme l’un des premiers personnages canadiens s’exprimant sur scène dans une langue vernaculaire. Elle est en effet apparue pour la première fois dans la pièce Les crasseux, en 1968.

La Sagouine en 1975.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Viola Léger dans son rôle de la Sagouine en 1975.

Photo : Radio-Canada / Guy Dubois

C’est dans la pièce La Sagouine, en 1971, que sa parole s'est fait entendre dans un long monologue aujourd’hui considéré comme un grand classique. Marie-Linda Lord, enseignante à l’Université de Moncton, explique que « c’est une pièce universelle au sujet d’une femme qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, exposant la lutte des classes dans une langue authentique ».

En Acadie, cela a eu un effet incroyable que d’entendre cette langue sur scène. Les réactions étaient divisées entre l’enthousiasme débordant et le rejet. Toutefois, la pièce a ensuite été légitimée quand elle a obtenu un succès fou à Montréal alors que la ville était en pleine effervescence néonationaliste.

Marie-Linda Lord

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