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L’eugénisme, cette obsession de la pureté ethnique

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

En reprise tout l'été
Du lundi au vendredi de 23 h 30 à minuit

L’eugénisme, cette obsession de la pureté ethnique

Audio fil du mardi 30 mai 2017
Illustration de physionomies juives tirée d'un article de Francis Galton publié dans <em>The Photographic News</em>, en 1885

Illustration de physionomies juives tirée d'un article de Francis Galton publié dans The Photographic News, en 1885

Photo : eugenicsarchive.com

En 1883, le cousin de Darwin, Francis Galton, a jeté les bases de l'eugénisme, la recherche de l'amélioration de l'espèce humaine par différentes méthodes. Cette théorie a connu de terribles dérapages. L'historien Carl Bouchard raconte à Alain Crevier comment l'eugénisme a mené, au 20e siècle, à l'élimination de populations ou à des stérilisations ciblées.

La sélection naturelle appliquée aux humains
La publication en 1859 de L’origine de l’espèce de Darwin lance le discours sur l’eugénisme. Cet ouvrage bouleverse l’histoire de la biologie et des idées. Il met de l’avant le concept de sélection naturelle, le fait qu’il y a dans la nature des hasards qui profitent à certains animaux.

Darwin se garde toutefois d’appliquer aux humains l’idée de sélection naturelle. Pour lui, les civilisations, les valeurs humaines, la charité ou les religions freinent, dans une certaine mesure, le processus de sélection naturelle.

Mais certains scientifiques reprennent les théories de Darwin et affirment que l’espèce humaine est aussi soumise à la sélection naturelle. Leur doctrine, appelée le darwinisme social, poussera des États à ne rien faire pour aider les pauvres ou les handicapés. Elle encouragera le capitalisme sauvage, la réduction de l’intervention sociale des gouvernements pour qu’une sélection naturelle se fasse chez les humains.

Tuer pour faire progresser l’humain
À la fin du 19e siècle, une volonté eugéniste amène des penseurs et des États à trouver des moyens pour court-circuiter la sélection naturelle. Ceux-ci cherchent à favoriser les bons gènes par des mariages ou en encourageant certaines personnes à procréer.

Parfois, des États tentent plutôt d’éliminer la reproduction de « mauvais gènes » en adoptant des politiques de restriction sévères de l’immigration ou de ségrégation. Certains régimes, comme celui de l’Allemagne nazie, vont même aller jusqu’à éliminer des populations jugées nuisibles à la progression de l’être humain.

Les troublantes politiques de stérilisation
Guidés par la doctrine eugéniste, des États mettent en place des politiques de stérilisation. Ainsi, au cours du 20e siècle, les États-Unis et le Canada stérilisent des dizaines de milliers de personnes, notamment des femmes noires ou autochtones. En Suède, 230 000 personnes subissent le même traitement entre les années 1930 et 1970.

Les gouvernements réalisent ces stérilisations en vue d’améliorer la société et de favoriser les bons gènes au détriment de ce qu’on considère être les mauvais gènes. Carl Bouchard ne croit pas que les gouvernements d’aujourd’hui ne soient à l’abri des dérapages de l’eugénisme. « On conserve encore la base du discours eugénique qui est celui de contrôler notre propre développement. »

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