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Le conflit au Darfour, une atroce guerre de terrain

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

En reprise tout l'été
Du lundi au vendredi de 23 h 30 à minuit

Le conflit au Darfour, une atroce guerre de terrain

Des membres d'une milice antigouvernementale du Darfour.

Des membres d'une milice antigouvernementale du Darfour se préparent à résister au déploiement de quelques 12 000 policiers, le 28 juillet 2004.

Photo : afp via getty images / DESIREY MINKOH

Des enfants assassinés, des femmes violées ou réduites à l'esclavage sexuel, des villages pillés, brûlés, puis rasés... Lorsque Sylvain Desjardins s'est rendu au Soudan, en 2005 et en 2007, il a vu une guerre sans commune mesure avec les autres qu'il avait couvertes auparavant : au ras du sol, presque au corps à corps, menée avec les armes les plus rudimentaires, et dans la confusion la plus totale. Le journaliste raconte à Jacques Beauchamp comment l'ex-président Omar El-Béchir en était venu à terroriser sa propre population sans que la communauté internationale puisse intervenir.

L'ex-président soudanais Omar El-Béchir lors d'un sommet, en 2007.

Omar El-Béchir en 2007

Photo : afp via getty images / PATRICK KOVARIK

En février 2003, des rebelles s’attaquent à des troupes gouvernementales soudanaises stationnées au Darfour, un territoire grand comme la France, situé dans l’ouest du Soudan.

Il s’agit de groupes autonomistes frustrés qu’au terme d’une guerre ayant duré 20 ans, le Darfour ait été laissé pour compte par un plan de réconciliation nettement à l’avantage de la population arabe dans le nord du pays, et au désavantage des Noirs, dans le sud.

Un gouvernement contre son peuple

Omar El-Béchir réplique en envoyant des milices arabes qui, sous le prétexte de contenir la rébellion, entrent dans les villages et tuent les hommes, violent les femmes, et détruisent tout sur leur passage.

En 2004, Sylvain Desjardins obtient finalement le feu vert de ses patrons pour aller couvrir le conflit, qui est déjà très avancé. Un accord de cessez-le-feu est en vigueur, mais il n’est pas respecté, malgré la présence de 7000 soldats de l’Union africaine.

Se rendre au Darfour n’est pas simple : le journaliste doit d’abord aller à Khartoum et demander un laissez-passer. Son obtention est compliquée par le fait qu’aucun autre journaliste étranger, hormis un représentant du New York Times, ne soit venu sur les lieux.

En terrain hostile

Enfin arrivé à Al Fachir, capitale du Darfour, Sylvain Desjardins est menacé, interrogé et accusé d’espionnage – les autorités provinciales n’avaient pas été prévenues de sa visite.

Il parvient néanmoins à travailler grâce à l’appui d’Oxfam, seul organisme international sur place.

Il visite d’immenses camps de réfugiés. Les gens qui y vivent ont perdu enfants et possessions, vécu le viol et l’esclavage sexuel.

J’ai parlé à des dizaines et des dizaines de femmes. […] Elles nous racontaient toutes la même chose à quelques détails près. C’était toujours les mêmes horreurs : des enfants tués, des femmes violées, etc. Les gens ne comprenaient pas pourquoi on s’attaquait à eux; c’est ça qui était le plus désarmant.

Sylvain Desjardins
Des réfugiés du Darfour dans un camp.

Des réfugiés du Darfour dans un camp situé au Tchad, le 1er août 2004

Photo : afp via getty images / DESIREY MINKOH

Sans issue

Sylvain Desjardins retourne au Darfour à l’hiver 2007. La situation est pire encore. Les trois ou quatre groupes de rebelles sont maintenant une trentaine. Le conflit s’est transporté dans le Tchad voisin. Là-bas, des représentants de Médecins sans frontières font leur travail au péril de leur vie : les milices progouvernementales les attaquent et les volent au moindre prétexte.

Selon Sylvain Desjardins, la structure même de l’Organisation des Nations unies et les intérêts économiques de la Chine ont rendu une intervention internationale difficile, et les embargos imposés par l’Occident n’ont eu que peu d’effet. Au Darfour, les violences continuent aujourd’hui, même si le gouvernement d’Omar El-Béchir a été renversé en 2019, et que les dirigeants actuels ont accepté de livrer l’ancien président à la Cour pénale internationale pour qu’il soit jugé.

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