•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’extraordinaire confession de Jacques Parizeau avant sa défaite référendaire

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

En reprise tout l'été
Du lundi au vendredi de 23 h 30 à minuit

L’extraordinaire confession de Jacques Parizeau avant sa défaite référendaire

Jacques Parizeau entouré de militants.

Jacques Parizeau lors d'un rassemblement du camp du oui, le 28 octobre 1995

Photo : afp via getty images / ANDRE PICHETTE

Si le référendum du 30 octobre 1995 devait se solder par un non, Jacques Parizeau avait d'ores et déjà décidé de démissionner comme premier ministre du Québec. Cette déclaration, faite dans une entrevue sous embargo accordée à Stéphan Bureau dans les heures précédant le scrutin, prouve que le départ de l'homme politique n'était pas dû à son discours controversé sur l'argent et le vote ethnique, prononcé la veille. Stéphan Bureau raconte à Jacques Beauchamp que c'est un homme ému qu'il a eu devant lui, juste avant son rendez-vous avec l'histoire.

Jacques Parizeau dépose un bulletin de vote dans un urne.

Jacques Parizeau vote lors du référendum de 1995.

Photo : afp via getty images / ANDRE PICHETTE

Alors que les Québécois s’apprêtent à voter en octobre 1995, Stéphan Bureau prépare un documentaire à propos du deuxième référendum sur l’indépendance de leur province.

Le journaliste convainc le premier ministre d’y participer et de témoigner avant, pendant et après le scrutin, arguant que René Lévesque avait omis de laisser une telle trace en 1980.

Malgré les réticences de son entourage, dont le conseiller Jean-François Lisée, Jacques Parizeau accepte de parler à trois moments, le 30 octobre : deux fois en après-midi, avant le vote, et une fois après l’annonce du verdict, en fin de soirée. En échange, toute l’équipe de Stéphan Bureau doit signer des ententes de confidentialité, et on doit attendre deux mois avant de diffuser l’entrevue.

Tombent les masques

Lors de leur entretien principal, Jacques Parizeau a déjà voté. Stéphan Bureau sent qu’il est en présence d’un homme fébrile, mais serein; qui joue son va-tout, mais n’a plus de temps à perdre avec les faux-semblants politiques.

On a toujours vu en M. Parizeau un technocrate froid. Il est, au contraire, je pense, à fleur de peau. Il l’a été toute sa vie. Il a su bien masquer ça.

Stéphan Bureau

C’est à ce moment qu’il fait sa déclaration-choc : si le camp du oui ne l’emporte pas, c’est la fin de sa carrière politique. Ce référendum est l’aboutissement de toute sa vie, et il ne voit pas la pertinence de continuer à être le premier ministre d’une province.

Si je n’ai pas réussi, moi, à faire ça, eh bien, il faut que je m’éclipse assez rapidement et que quelqu’un d’autre s’essaye. La cause du peuple québécois est bien plus importante que la cause de Parizeau. […] À mon âge, se cramponner, c’est complètement ridicule.

Jacques Parizeau
Jacques Parizeau et Lisette Lapointe. Cette dernière essuie une larme.

Jacques Parizeau et son épouse Lisette Lapointe lors du dernier conseil des ministres de M. Parizeau, le 27 janvier 1996

Photo : afp via getty images / ANDRE PICHETTE

Le calme avant la tempête

À la fin de l’entretien, Parizeau chante, sur l’air d’une comptine enfantine : « Je l’ai dit à M. Bureau, je l’ai dit à M. Bureau! »

Le journaliste le sent libéré, mais le malaise est palpable dans l’entourage du premier ministre. Il n’est plus possible de faire marche arrière.

Le soir même, après l’annonce du verdict, le premier ministre décide de ne plus faire la dernière entrevue promise.

Dans la foulée de la déclaration sur l’argent et le vote ethnique, l’embargo est soudainement levé, et Stéphan Bureau doit compléter son reportage en catastrophe. Pour le Parti québécois, le document constitue une sortie de crise.

Stéphan Bureau ne peut dire si Jacques Parizeau avait prévu ses mots sur l’argent et le vote ethnique, mais il sait que, ce jour-là, l’émotion l’a emporté sur la raison chez le vétéran politique, et que c’était un phénomène rare chez lui.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi