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Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

René Homier-Roy, témoin malgré lui de l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie

Des Praguois entourent un char d'assaut lors de l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, en août 1968. Sur un camion renversé, un jeune tient un drapeau tchèque.

Des Praguois entourent un char d'assaut lors de l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, en août 1968.

Photo : Reuters / Libor Hajsky

Au matin du 21 août 1968, le jeune journaliste a eu la surprise de trouver des tanks devant son hôtel à Prague, où il séjournait pour assister à un tournage de film. C'est l'Union soviétique (URSS) de Léonid Brejnev qui intervenait pour mettre fin au printemps de Prague, la vague de réformes démocratiques du nouveau dirigeant Alexander Dubček. René Homier-Roy décrit à Jacques Beauchamp le passage subit d'une atmosphère de fête à un climat de violence et de confusion.

À l’été 1968, René Homier-Roy se trouve à Rome. Il s’y lie d’amitié avec la grande actrice italienne Anna Magnani, puis use de ses nouveaux contacts pour assister au tournage d’un film à Prague. Le journaliste n’a que peu d’intérêt pour l’œuvre en chantier, mais il veut goûter à l’excitation palpable qui règne apparemment dans la capitale tchécoslovaque. Les réformes du nouveau secrétaire Dubček mettent fin à la censure et autorisent la liberté de presse, et l’on dit la ville survoltée.

Je n’ai jamais été plongé dans un environnement effervescent de cette façon-là. […] À chaque coin de rue, il y avait une petite table avec une petite chaise, puis un jeune qui nous demandait de signer une pétition. L’image la plus précise, la plus folle, c’est dans des immenses tavernes bourrées de jeunes qui buvaient tous à même des bocks considérables, et, à tout moment, il y en a un qui sautait sur ses pieds, levait son bock et portait un toast à Dubček et entonnait des chansons.

René Homier-Roy

Fin de récréation

Pour avoir vu la répression russe lors de l’insurrection de Budapest, en 1956, les Tchécoslovaques se doutent bien que l’URSS s’apprête à sévir. Les jeunes prennent le parti de l’espoir, et misent sur la résistance passive en cas de répression.

Le couperet tombe dans la nuit du 20 au 21 août. De 400 à 500 000 soldats armés forment des colonnes de tanks et de camions militaires dans les rues de Prague.

Craignant à tout moment que les militaires fassent feu sur les passants, René Homier-Roy voit la situation se détériorer devant ses yeux : des Tchécoslovaques demandent aux soldats russes ce qu’ils font dans leur pays, et ces derniers, confus devant tant d’hostilité, leur rétorquent qu’ils sont venus les libérer.

Des Praguois font face à un char d'assaut lors de l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, en août 1968.

Des Praguois font face à un char d'assaut lors de l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, en août 1968.

Photo : Reuters / Libor Hajsky

C’était extrêmement troublant et intéressant.

René Homier-Roy

Peur bleue, Armée rouge

Le journaliste ne voit pas les Soviétiques s’emparer de l’immeuble de la radio, défaire les barrages avec des chars et à coups de canon, et les manifestants s’attaquer aux réservoirs d’essence des tanks à la pioche. Il parvient à obtenir des billets de train et à quitter le pays, non sans d’inquiétants délais et interruptions.

Jusqu’à la Révolution de velours, en 1989, René Homier-Roy pense régulièrement à ces jeunes Tchécoslovaques qu’il a croisés dans les rues de Prague, et qui rêvaient à une liberté qu’ils croyaient alors imminente.

Il considère que son séjour à Prague, cet été-là, est peut-être l’événement le plus marquant de sa vie.

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