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Le bref, mais spectaculaire âge d’or des quartiers « red light »

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

En reprise tout l'été
Du lundi au vendredi de 23 h 30 à minuit

Le bref, mais spectaculaire âge d’or des quartiers « red light »

Le quartier de la prostitution de Montréal en 1947.

Enquête policière au cœur du quartier chaud de Montréal en 1947

Photo : Archives de la Ville de Montréal / Henri Thibodeau

De la fin du 19e siècle au terme de la Première Guerre mondiale, ils ont été, dans les grandes villes du monde, les quartiers chauds de la prostitution, du jeu, de la vente d'alcool et de toute autre activité illégale. Nés d'un désir de tenir le vice hors de la vue, ils ont été rasés lorsque leur effervescence s'est mise à rivaliser avec celle des points d'attraits touristiques officiels. Harold Bérubé, professeur d'histoire, rend compte des retombées positives de ces quartiers de prostitution sur les arts, le commerce et la mixité sociale, entre autres.

À la fin du 19e siècle, les villes s’élargissent et les quartiers se spécialisent, devenant de moins en moins mixtes. C’est l’avènement des banlieues, des quartiers ouvriers et des zones industrielles, notamment.

Quand le vice se répand hors du port

Dans la plupart de ces villes, la prostitution et autres activités illicites se concentrent dans les secteurs portuaires, où la clientèle est de passage. À mesure que les salles de spectacles et autres lieux de divertissement sont construits dans ces zones, la prostitution se déplace vers les quartiers plus centraux. C’est à ce moment que les législateurs adoptent des mesures pour la cantonner dans des espaces précis : d’abord dans des maisons closes, puis dans certaines zones spécifiques de la ville, généralement à proximité du centre-ville.

Attroupement d'hommes tenant  drapeaux, flambeaux et pancartes en 1909.

Manifestation réformiste dans le quartier Levee de Chicago en 1909.

Photo : Inconnu

Certains [de ces quartiers chauds] sont créés de manière très, très formelle. On adopte une réglementation municipale qui stipule qu’il va y avoir une tolérance, voire une sorte de légalisation dans un secteur précis. [...] C’est un mal nécessaire; on ne s’en débarrassera pas. Certains vont comparer les red light districts aux égouts; c’est une infrastructure urbaine comme une autre – déplaisante, mais nécessaire.

Harold Bérubé
Une femme légèrement vêtue, assise sur une chaise et accoudée contre une table, lève un petit verre.

Une travailleuse du sexe du quartier Storyville de La Nouvelle-Orléans vers 1912

Photo : E. J. Bellocq

Le danger des centres-villes parallèles

Loin de rendre les activités licencieuses plus discrètes, ces quartiers deviennent rapidement effervescents. Cabarets et boîtes de nuit s’y multiplient et en font des lieux de divertissement. Des guides touristiques portent exclusivement sur leurs activités. À Amsterdam, à San Francisco, à Montréal ou à La Nouvelle-Orléans, le tourisme sexuel s’y développe.

Le jazz et les blues, très pratiqués dans les boîtes de nuit, se développent au même rythme que les quartiers de prostitution américains, qui permettent par ailleurs d’échapper à la ségrégation raciale.

Cette possibilité de se dérober à l’ordre établi déplaît au mouvement réformiste, qui souhaite désormais détruire ces quartiers. Des pasteurs flanqués de fidèles débarquent dans les cabarets pour protester. À Chicago, des milliers de gens défilent dans les rues du district Levee, entonnant des chants religieux pour décourager les proxénètes et leurs clients.

Lili Saint-Cyr (1918-1999).

La danseuse Lili Saint-Cyr (1918-1999), souvent considérée comme la reine des effeuilleuses, a développé ses talents dans le quartier chaud de Montréal.

Photo : Getty Images / M. Garrett

Les villes contre-attaquent

À partir des années 1910, les villes passent des lois visant directement les maisons closes. Outre la question des mœurs, la propagation des maladies transmissibles sexuellement chez les soldats suscite l’inquiétude. La plupart des quartiers chauds, incluant le célèbre Storyville de La Nouvelle-Orléans, ne survivent pas à ces assauts législatifs.

Celui de Montréal est une exception : la population est indifférente aux enquêtes policières et aux commissions sur la moralité; les commerçants insistent pour le maintenir, et les Américains fuyant la prohibition continuent de l’alimenter. Il faut attendre après la Deuxième Guerre mondiale et le travail de Pacifique Plante pour son démantèlement.

Entre-temps, toutefois, l’accès accru à l’automobile et au téléphone permet un accès de plus en plus discret aux activités illégales.

Selon Harold Bérubé, il reste fort peu de traces matérielles des quartiers rouges d’Amérique du Nord. Il en subsiste cependant des traces législatives et culturelles, ainsi qu’une conscience que la prostitution a eu une influence déterminante sur le développement des villes.

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