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La révolution haïtienne, le saut impensable d’anciens esclaves dans la citoyenneté

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au vendredi de 23 h 30 à minuit

La révolution haïtienne, le saut impensable d’anciens esclaves dans la citoyenneté

Gravure montrant des soldats haïtiens et français luttant avec des baïonnettes.

Combat et prise de la Crête-à-Pierrot, gravure de 1839 illustrant l'un des événements marquants de la révolution haïtienne.

Photo : Domaine public / Auguste Raffet

De 1791 à 1804, les esclaves qui peuplaient en majorité la colonie sucrière et caféière par excellence de l'Empire français ont non seulement repris leur liberté, ils ont également constitué le premier État noir de l'histoire. Inspiré des révolutions américaine et française, le mouvement a commencé avec une simple revendication des habitants de couleur qui n'étaient pas esclaves, et s'est emballé jusqu'à la déclaration d'indépendance. Jean-Pierre Le Glaunec, professeur d'histoire, raconte à Jacques Beauchamp comment la France a elle-même armé les esclaves qui se sont révoltés.

D’abord peu prospère, Saint-Domingue émerge au 18e siècle comme colonie exemplaire et profitable, avec environ 700 plantations de canne à sucre et 3000 de café. Cette rentabilité s’acquiert toutefois au prix d’une grande brutalité à l’endroit des esclaves : en 1789, ils sont 500 000 sur l’île, alors qu’ils sont 1 million à y avoir été livrés tout au long du 18e siècle.

Tôt ou tard, ces esclaves ont vent de la guerre d’indépendance américaine, survenue de 1775 à 1783, et de la Révolution française de 1789.

Les esclaves de Saint-Domingue n’ont pas besoin d’être des philosophes patentés pour comprendre le sens du mot "liberté", le sens du mot "esclavage". […] Il faut concevoir la révolution haïtienne non pas comme la fille de deux autres révolutions, mais plutôt comme une révolution autre, le résultat d’une dialectique transatlantique. Finalement, c’est Saint-Domingue qui va, d’une certaine manière, poursuivre et achever l’œuvre des révolutions française et américaine.

Jean-Pierre Le Glaunec
Le général révolutionnaire haïtien Toussaint Louverture.

Toussaint Louverture vers 1803

Photo : Getty Images / Hulton Archive

50 nuances d’inégalités

Dans cette société où il existe une distinction entre les « grands Blancs » (nobles, bourgeois, commerçants), « petits Blancs » (fonctionnaires, ouvriers), « libres de couleur » (mulâtres, esclaves libérés) et esclaves, ce sont les gens libres de couleur qui déclenchent les premiers remous lorsque les Blancs leur refusent l’égalité sociale et politique. Blancs et gens libres de couleur entreprennent alors, chacun de leur côté, d’armer certains esclaves afin que ceux-ci puissent combattre à leurs côtés.

À la suite d’une cérémonie vaudou à Bois-Caïman, en août 1791, ces esclaves mettent le feu aux plantations de canne à sucre dans le nord du pays, paralysant l’appareil de production de Saint-Domingue. Ces troubles amènent la France à décréter, le 4 février 1794, la fin de l’esclavage dans ses colonies, faisant de facto de ceux qui y habitent des citoyens français.

Tous avec Toussaint

Toussaint Louverture, un ancien esclave libéré durant les années 1770, devient le héros du récit de la construction nationale d’Haïti. Un temps à la solde de l’Espagne, il rejoint les Forces françaises et devient général de division, gouverneur adjoint de la colonie, puis commandant en chef de l’armée de Saint-Domingue. Il défait ainsi des attaques de l’Espagne, puis de la Grande-Bretagne à la fin des années 1790.

Jean-Jacques Dessalines.

Jean-Jacques Dessalines, chef de la révolution haïtienne après la mort de Toussaint Louverture. C'est lui qui a proclamé l'indépendance du pays, le 1er janvier 1804.

Photo : Domaine public / peintre inconnu

En 1800, les soulèvements sont devenus une guerre civile opposant les mulâtres, soutenus par la France, aux Noirs dirigés par Louverture. Ce dernier prévaut, et Louverture est nommé gouverneur à vie de Saint-Domingue.

Le va-tout de Napoléon

En 1802, Napoléon tente de réinstaurer l’esclavage dans les Antilles en envoyant une expédition de 60 000 soldats. C’est un échec sanglant qui coûte la vie à 55 000 d’entre eux, mais Toussaint Louverture est arrêté, puis déporté dans une prison du Jura, où il meurt en 1803. Cela permet au dirigeant mulâtre Alexandre Pétion de se rapprocher des généraux de Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe, à temps pour la proclamation d’indépendance d’Haïti, le 1er janvier 1804.

Selon Jean-Pierre Le Glaunec, la révolution haïtienne est la plus spectaculaire du 18e siècle en ce qu’elle a été menée par des gens jusque-là considérés comme des biens meubles. Elle est aussi une anomalie, puisque survenue à une époque où l’esclavage était en expansion partout ailleurs en Amérique.

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