•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les cahiers de doléance de 1789, une consultation publique fondatrice

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

Les cahiers de doléance de 1789, une consultation publique fondatrice

L'ouverture des états généraux de 1789 selon l'artiste Auguste Couder.

L'ouverture des états généraux de 1789, processus dont le dépôt des cahiers de doléance faisait partie

Photo : Getty Images / Hulton Archive

En moins deux mois, l'hiver avant la Révolution française, ce sont 5 millions de Français – sur une population totale de 25 millions – dans 30 000 paroisses qui ont recensé tout ce qui n'allait pas au royaume de Louis XVI. De leurs appels à une taxation plus juste, à une application moins arbitraire de la loi et à la fin de l'esclavage sont nés les principes de liberté, d'égalité et de fraternité qui ont été à la base de la Constitution de 1791. Pierre Serna, spécialiste de la Révolution française, raconte à Jacques Beauchamp comment cette initiative du roi a donné lieu à la construction d'une pensée politique.

En 1789, en France, les états généraux – un outil fréquemment utilisé aux 14e et 15e siècles – n’ont pas été convoqués depuis 1614, moment de la crise ayant suivi l’assassinat d’Henri IV.

Le royaume doit alors renflouer ses coffres. Une théorie veut que Louis XVI ait recours aux états généraux par dépit, en raison de l’échec de la convocation de la réunion des notables de 1787. Selon Pierre Serna, il s’agit plutôt d’une ruse politique : le roi appuie la taxation de la noblesse et du clergé, jusque-là exemptés, et souhaite utiliser la voix du peuple pour appeler les élites à prendre leurs responsabilités.

Faut qu’on se parle

Cette voix du peuple est incarnée par le tiers état, une élite qui n’est ni la noblesse ni le clergé, mais plutôt les marchands, armateurs, avocats, négociants et autres corps de métiers chez qui les impôts sont perçus. Dès la fin de janvier 1789, la lettre du roi annonçant la consultation a fait le tour du royaume. Les consultations commencent la même année, au début de mars. À la fin du mois, des assemblées paroissiales dominicales ont lieu après la messe dans tous les villages de France.

Soixante mille cahiers sont rédigés. Ceux-ci sont ensuite redirigés vers le haut de la pyramide administrative du royaume, de sous-bailliage en bailliage et en grand bailliage. Chaque fois, ils sont réécrits et synthétisés. En fin de compte, 36 cahiers sont remis par les députés à Louis XVI, le 4 mai 1789.

Portrait du roi Louis XVI par Antoine-François Callet.

Portrait du roi Louis XVI par Antoine-François Callet

Photo : Antoine-François Callet

Pour un pays de 26 millions d’habitants, la prouesse technique est absolument remarquable et donne une photographie unique de ce qu’est un pays de 26 millions d’habitants au mois de mars 1789.

Pierre Serna

Idées en vrac pour un monde nouveau

Dans ces cahiers de doléance, le peuple demande des impôts plus justes – les pauvres en paient alors plus que les riches; une application plus égalitaire et impartiale de la loi; une liberté d’agir, d’entreprendre et de s’exprimer (ce qui, pour 85 % de la population qui vit en milieu rural, signifie la liberté de chasser); la liberté de religion, de même que l’abolition de l’esclavage. Une petite communauté demande même que son curé puisse se marier, afin que cessent les scandales.

Selon Pierre Serna, ces cahiers expriment l’appétit d’un peuple pour de nouvelles mœurs, un nouveau pays et un nouveau modèle de citoyen. On y trouve déjà, 230 ans avant les gilets jaunes, la dénonciation d’un clivage entre « la France d’en haut » et « la France d’en bas ».

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi