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Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

Autant en emporte le vent, le film insurmontable sur l’identité sudiste

Un homme aux cheveux gommés serre une femme dans ses bras devant une fenêtre pourvue d'épais rideaux.

Clark Gable et Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent

Photo : corbis via getty images / Sunset Boulevard

Première œuvre en couleur à remporter l'Oscar du meilleur film, le long métrage de 1939 demeure, à ce jour, le plus vu du cinéma américain, loin devant le premier épisode de La guerre des étoiles. Adapté du roman du même titre de Margaret Mitchell et résultat d'une production ardue ayant nécessité trois réalisateurs, il raconte les tourments d'une famille au terme de la guerre de Sécession et les élans amoureux de l'impétueuse Scarlett O'Hara. Michel Coulombe, chroniqueur cinéma, parle à Jacques Beauchamp de la vision idyllique du sud d'avant-guerre proposée dans Autant en emporte le vent.

Franchement, ma chère, c’est le cadet de mes soucis.

Rhett Butler

Autant en emporte le vent est d’abord un immense succès littéraire au moment de sa sortie, en 1936. Si bien que le producteur David O. Selznick, un ancien scénariste récemment promu à la tête d’un studio, en achète les droits un mois après la parution, et ce, sans même l’avoir lu. Il est à la recherche d’un grand projet pour faire sa marque, et il est décidé à en contrôler chaque étape.

Le roman fait 1000 pages, mais Selznick tient à en conserver l’esprit. Il rassemble le scénariste Ben Hecht (Une étoile est née) et le réalisateur George Cukor (À l’ouest, rien de nouveau) et s’enferme avec eux pendant une semaine pour en écrire l’adaptation, avec des arachides et des bananes pour toute nourriture.

Deux femmes vêtues de manteaux de fourrure tenant des bouquets de fleurs.

Les actrices Olivia de Havilland et Vivien Leigh à leur arrivée à la première mondiale d'Autant en emporte le vent, le 15 décembre 1939 à Atlanta

Photo : acme/afp via getty images / -

Où es-tu, Scarlett?

Pressenti pour jouer le rôle de Rhett Butler, Clark Gable négocie ferme sa participation à ce « film de femmes » qui lui inspire peu d’enthousiasme.

Le rôle de Scarlett O’Hara est plus problématique : 1400 auditions de jeunes femmes s’avèrent non concluantes, et aucune actrice déjà connue ne semble convenir. Paulette Goddard est au centre d’un scandale pour sa relation avec Charlie Chaplin, et Katharine Hepburn vient du nord – pas question de donner le rôle principal d’un film qui entend célébrer le sud à une « Yankee ». Selznick arrête finalement son choix sur Vivian Leigh, une Britannique.

C’est un grand classique […] qui parle en fait de l’identité américaine, parce qu’on affirme très fortement l’identité sudiste et qu’on parle d’un événement récent, un événement grave qui est cette guerre civile américaine et ce qu’elle a laissé comme traces. Dans les années 1930, ce n’était pas complètement disparu. Aujourd’hui, ce n’est pas complètement disparu.

Michel Coulombe
Photo en noir et blanc d'une foule dense rassemblée à Times Square.

Aperçu de la foule à Times Square au soir de la première new-yorkaise d'Autant en emporte le vent, le 31 décembre 1939

Photo : acme/afp via getty images / -

Célébrer le sud à tout prix

Le tournage dure six mois. En tout, trois réalisateurs y travaillent. À la toute fin, les feuilles distribuées à l’équipe portent encore la mention « scénario à venir ».

La première du 15 décembre 1939 à Atlanta demeure l’une des plus spectaculaires de l’histoire du cinéma. Pas moins de 300 000 personnes se déplacent pour apercevoir la distribution, le gouverneur décrète un jour férié dans tout l’État, et le maire de la ville organise trois jours de célébrations.

Deux femmes en tenue de soirée s'échangent un Oscar en 1940.

Hattie McDaniel recevant l'Oscar de la meilleure actrice de soutien des mains de l'actrice Fay Bainter, le 29 février 1940

Photo : AP

Tandis que le film dépeint une vision des États-Unis du 19e siècle où l’esclavage ne pose pas problème, le traitement réservé à l’actrice noire Hattie McDaniels (Mamma), à sa sortie, rappelle que les États-Unis sont un pays ségrégué. Il lui est interdit d’assister à la première, et lorsqu’elle devient la première actrice noire à remporter un Oscar, l’année suivante, elle est assise tout au fond de la salle. Certains militants lui reprochent de se prêter à cette fresque dans laquelle les Noirs sont des domestiques dociles, ainsi qu’au vedettariat des Blancs.

Selon Michel Coulombe, Autant en emporte le vent reste une référence incontournable en raison de son esthétique cinématographie recherchée. En revanche, le jeu très appuyé des acteurs a mal vieilli, et le portrait qu’il fait de la guerre civile américaine a tout du révisionnisme historique.

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