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Jos Montferrand, le bûcheron qui aimait la bagarre

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 21 h à 22 h

Jos Montferrand, le bûcheron qui aimait la bagarre

Portrait dessiné de Jos Montferrand.

Dessin de Jos Montferrand conçu d'après un vieux portrait sur verre et publié en 1902

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Emblématique de ces hommes forts qui faisaient rêver durant le 19e siècle, il est entré dans la légende à force de victoires étonnantes contre des boxeurs professionnels ou des attroupements de bûcherons. Connu pour sa capacité à imprimer sa botte au plafond des endroits où il se battait, l'homme de 6 pieds 4 – une taille rare pour les années 1800 – aimait relever des défis pour défendre l'honneur des Canadiens français. Hughes Théorêt, professeur d'histoire, raconte à Jacques Beauchamp que même les anglophones, aux dépens de qui Jos Montferrand a fait sa renommée, en ont fait un personnage de folklore.

Timbre à l'effigie de Jos Montferrand.

En 1992, Postes Canada a produit un timbre en hommage à Jos Montferrand

Photo : Société canadienne des postes

Jos Montferrand, Joseph Favre de son vrai nom, naît à Montréal en 1802 et grandit dans le quartier du faubourg Saint-Laurent (aujourd’hui le centre-ville). L’endroit est alors fréquenté par les marins de passage et donc propices aux empoignades. Dès l’âge de 16 ans, le jeune Jos se mesure habilement à des boxeurs sur le Champ-de-Mars. De 1818 à 1820, il s’illustre lors de combats épiques jusqu’à Kingston, en Ontario.

Battons-nous dans les bois

En 1827, il s’installe en Outaouais pour participer aux travaux de creusage du canal Rideau. Le chantier attire également de nombreux immigrants irlandais. Les frictions sont fréquentes entre ces derniers, les travailleurs francophones ainsi que ceux d’origine anglaise. Jos Montferrand a horreur d’entendre des insultes à l’endroit des Canadiens français. Lorsqu’il se bat, il se distingue par son agilité en usant de ses pieds autant que de ses poings.

Lors d’un arrêt dans un camp de bûcherons irlandais, un affrontement amical entre Jos et un boxeur tourne au vinaigre quand les résidents du camp se liguent contre le Québécois. Montferrand saisit son adversaire par les pieds et s’en sert comme d’une massue pour vider la baraque. Il barre la porte et force les mauvais hôtes à dormir à l’écurie.

Pour une petite population, surtout au 19e siècle, les Canadiens français […] avaient beaucoup d’hommes forts. On trouve souvent ça chez les peuples opprimés [qui] n’occupent pas de postes de pouvoir. Louis Cyr, Victor Delamarre… Jos Montferrand a été le précurseur de ce phénomène. Il y avait un domaine où l’on pouvait battre les Anglais : la force des bras et au bout des poings.

Hughes Théorêt
La sculpture de grande taille est recouverte de plantes et de fleurs.

La sculpture de Jos Montferrand a été installée en juin 2019 sur la rue Montcalm, face à la bretelle de l'autoroute 50, dans le secteur de Hull.

Photo : Radio-Canada

De la réalité à la fiction

En 1829, selon un récit fort probablement romancé du poète Benjamin Sulte, il affronte 150 Irlandais sur un pont de Gatineau, et parvient à projeter tous ses adversaires à l’eau.

Portrait de Jos Montferrand vieillard.

Jos Montferrand vers l'âge de 60 ans

Photo : Archives Ville de Gatineau

Jos Montferrand meurt en 1864. C’est surtout à partir de ce moment que sa légende naît. Wilfrid Laurier, journaliste dans les Bois-Francs en 1868, y contribue en écrivant à son sujet qu’il était le Canadien français modèle, voire « le plus véritable Canadien qu’il se soit vu ».

Étonnamment, les anglophones, contre qui il se battait la plupart du temps, honorent aussi sa mémoire. À Ottawa, une plaque commémorative à son nom figure dans la paroisse de St. Brigid, chef-lieu de la communauté irlandaise. L’artiste ontarien Bernie Bedore s’est également inspiré de Jos Montferrand pour créer le populaire personnage de bande dessinée Big Joe Mufferaw.

Selon Hughes Théorêt, il est ironique que le bâtiment abritant le Palais de justice de Hull porte le nom de Jos Montferrand. S’il vivait aujourd’hui, le « coq du faubourg Saint-Laurent » serait vraisemblablement reconnu surtout comme un criminel, et non comme un héros.

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