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Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

La vie de misère des allumettières de l’Outaouais

Des employées de la compagnie E. B. Eddy posent devant leur usine de fabrication d'allumettes.

Les allumettières de la compagnie E. B. Eddy, à Hull (aujourd'hui Gatineau), en 1935

Photo : Réseau du patrimoine de Gatineau et de l'Outaouais / domaine public

Douze heures par jour, six jours par semaine, elles trempaient, une à une, des allumettes de bois dans le phosphore blanc, une substance hautement toxique qui les empoisonnait et faisait pourrir leur mâchoire; le tout pour un salaire de crève-faim. De 1854 à 1928, ce fut le destin de plus de 1000 employées de l'usine E.B. Eddy de Hull, le plus important fabricant d'allumettes du Commonwealth. Jacinthe Duval, archiviste, raconte à Jacques Beauchamp comment ces ouvrières ont fait école dans l'histoire du syndicalisme canadien et des normes de sécurité du travail, en plus de façonner une partie de la ville de Hull.

Ezra Butler Eddy, un entrepreneur américain, s’installe en Outaouais en 1851 pour profiter de la souplesse des règles canadiennes concernant la production d’allumettes phosphorées. Ses premières employées travaillent de chez elles à empaqueter les allumettes qu’Eddy produit lui-même à partir de bois rejeté par les scieries. La fortune qu’il accumule lui permet d’acheter des terres et de construire une usine.

Les femmes aux allumettes

Ces femmes qu’il embauche à partir de 1890 sont, pour la majorité, canadiennes-françaises, catholiques, soit jeunes ou célibataires, et issues de milieux pauvres. Elles sont payées à la pièce pour un salaire annuel d’environ 150 $; n’ont ni vacances ni congé, et s’exposent à de graves accidents. Outre les incendies, elles risquent la nécrose maxillaire, une maladie de la mâchoire dont le seul traitement est l’amputation. Souvent incapables de payer les frais médicaux, elles s’opèrent elles-mêmes, à la maison.

Une ancienne boîte d'allumettes de la compagine E.B. Eddy de Gatineau.

Une ancienne boîte d'allumettes de la compagine E.B. Eddy de Gatineau

Photo : Radio-Canada

Organiser la lutte

Endossées par l’Église catholique, les allumettières rejoignent, en 1918, la toute nouvelle Association ouvrière catholique féminine de Hull, le premier syndicat féminin au pays.

Cette année-là, la E.B. Eddy souhaite instaurer un nouveau quart de travail qui forcerait les employées à travailler beaucoup plus tard. Ces dernières votent une grève qui dure trois jours. Elles sont immédiatement mises en lock-out, mais à l’heure où les mouvements de grève secouent le monde occidental, les dirigeants veulent éviter que la situation ne se dégrade au point où ils devraient faire davantage de concessions. Les revendications des allumettières sont acceptées : un ajustement salarial ainsi qu’une reconnaissance officielle du syndicat.

Les contre-attaques

En 1924, les mouvements de grève se sont estompés et le directeur de l’usine souhaite en profiter : il coupe les salaires de 40 %, refuse de reconnaître le syndicat et veut obliger les employées à signer un contrat interdisant de souscrire à toute forme d’organisation ouvrière. La grève est de nouveau votée, mais, cette fois, elle dure six mois. Avec une dénommée Donalda Charron à leur tête, elles manifestent et reçoivent l’appui de la population, mais sont tout de même désavantagées au terme des négociations : la compression salariale est moins importante que prévu, mais le syndicat perd sa reconnaissance et toutes les allumettières qui en étaient trop proches sont mises à pied.

Selon Jacinthe Duval, le combat des allumettières de Hull a permis de faire connaître les dangers du phosphore blanc au monde entier, et il a poussé la société de ce temps à reconnaître les droits des femmes.

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