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Fannie Lou Hamer, l’inlassable défenderesse des droits civiques américains

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

En reprise tout l'été
Du lundi au vendredi de 23 h 30 à minuit

Fannie Lou Hamer, l’inlassable défenderesse des droits civiques américains

Fannie Lou Hamer, de profil, s'adresse aux délégués du Parti démocrate.

Fannie Lou Hamer prononçant son discours à la convention nationale du Parti démocrate, le 22 août 1964

Photo : La Presse canadienne

Pendant ouvrier de Martin Luther King, elle a ébranlé l'Amérique le 22 août 1964 en révélant, lors d'un discours à la convention nationale du Parti démocrate des États-Unis, l'ampleur de la violence subie au quotidien par les Noirs des États du Sud. Tout au long des années 1960, elle a lutté contre ce qui faisait obstacle au droit de vote des Afroaméricains en s'impliquant de force dans le processus électoral. Jean-Pierre Le Glaunec, professeur d'histoire, explique à Jacques Beauchamp que Fannie Lou Hamer a rappelé aux États-Unis que le rêve américain n'avait pas encore été accompli.

Fannie Lou Hamer naît en octobre 1917 dans une famille extrêmement pauvre de métayers, dans le nord du Mississippi. Elle est la dernière de 20 enfants. Même si l’esclavage est aboli depuis plusieurs décennies, son destin, comme celui des Noirs de la région à cette époque, est de travailler dans les plantations de coton, ce qu’elle commence à faire à l’âge de 6 ans.

Comme elle sait lire et écrire, elle devient gestionnaire de la plantation où elle travaille. Admise à l’hôpital en 1961 pour une opération mineure, elle subit alors sans son consentement une hystérectomie, une pratique alors répandue pour réduire le nombre de grossesses chez les Afroaméricains pauvres.

Petits gestes, forte portée

L’appel du militantisme se fait entendre l’année suivante, lorsqu’elle assiste à la réunion d’une organisation de lutte pour les droits civiques au sujet du droit de vote. En théorie, ce droit est garanti aux Noirs par le 15e amendement de la Constitution des États-Unis, mais il est bafoué par diverses dispositions instaurées par les États depuis un siècle. Au Mississippi, un Noir désireux de voter doit notamment payer un impôt et déchiffrer des passages obscurs de la Constitution, conditions qui excluent d’emblée la presque totalité de la population.

Fannie Lou Hamer se porte volontaire pour s’inscrire sur les listes électorales de son comté, un geste alors passible de représailles. À la cour, on lui refuse l’inscription parce qu’elle ne remplit pas les conditions. Sur le chemin du retour, ses 17 camarades militants et elle sont arrêtés par la police parce que l’autobus dans lequel ils se trouvent est « trop jaune ».

Fannie Lou Hamer prononçant un discours.

Fannie Lou Hamer lors d'un rassemblement à Washington en 1965

Photo : La Presse canadienne / William J. Smith

En janvier 1963, elle obtient enfin le droit de s’inscrire sur la liste électorale. Le 9 juin, elle est arrêtée, puis sauvagement battue et agressée sexuellement par des policiers, ainsi que par d’autres détenus noirs que les agents avaient forcés à participer. Toute sa vie, elle traînera des séquelles de cette attaque.

Dans le ventre du dragon

En 1964, elle est alors vice-présidente d’un parti politique, le Mississippi Freedom Democratic Party, pendant égalitaire du Parti démocrate, alors raciste et ségrégé. C’est lors de la convention nationale du parti, en vue des élections de novembre, qu’elle prononce son fameux discours pour réclamer non seulement le droit de vote, mais aussi celui d’être représentante démocrate. Le candidat Lyndon B. Johnson tente alors de la museler en convoquant une conférence de presse au même moment, mais échoue à faire retransmettre l’allocution de 13 minutes de la militante.

La formation dirigée par Mme Hamer n’obtiendra finalement droit de représentation au Parti démocrate que lors de la convention suivante, en 1968, mais entre-temps, en 1965, le gouvernement de Lyndon B. Johnson vote un ensemble de lois facilitant l’accès des Noirs au scrutin. Comme ces mesures tardent à avoir un effet concret sur le terrain, Fannie Lou Hamer continue son combat. Jusqu’au début des années 1970, elle se présente régulièrement comme candidate à différents paliers d’élection.

Statue de la militante Fannie Lou Hamer à Rulesville, au Mississippi.

Une statue de Fannie Lou Hamer a été érigée dans un parc portant son nom à Ruleville, dans le Mississippi

Photo : La Presse canadienne / Rogelio V. Solis

Après le droit de vote, elle lutte pour développer le militantisme au féminin, ainsi que l’accès des Noirs à la propriété agricole, et ce, malgré un épuisement évident. Elle meurt en 1977.

Dans l’ombre des tranchées

Selon Jean-Pierre Le Glaunec, Fannie Lou Hamer a été la voix centrale d’une Amérique cachée. Dans leur fascination pour les figures masculines et reconnues politiquement, les historiens l’ont longtemps oubliée, mais le mouvement Black Lives Matter a rappelé qu’en marge des caméras, ce sont souvent les femmes et les figures marginales comme elle qui sont au front et changent les choses.

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