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Pierre de Coubertin, père idéaliste des Jeux olympiques modernes

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30

Pierre de Coubertin, père idéaliste des Jeux olympiques modernes

Pierre de Coubertin.

Pierre de Coubertin

Photo : Getty Images / Universal History Archive

Aristocrate féru de la Grèce antique et athlète accompli ayant pratiqué la boxe, l'aviron, la natation, le tir, la course et le tennis, il souhaitait redonner à la France son prestige, perdu lors de la guerre franco-prussienne de 1870, canaliser l'énergie de la jeunesse dans l'activité physique et amener les nations à rivaliser sur la piste plutôt qu'avec les armes. Laurent Turcot, professeur d'histoire, parle à Jacques Beauchamp des zones d'ombres qui ont entaché l'héritage de cet utopiste du sport, de sa misogynie à son appui à la tenue de Jeux en territoire nazi, en 1936, en passant par ses positions colonialistes.

Pierre Fredy, baron de Coubertin, grandit avec les valeurs de supériorité sociale propres à son rang, dans l’admiration pour la Troisième République. Il est admis à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, mais choisit plutôt de se consacrer à la mission dont il se sent investi : redorer le prestige de la France par la politique et la diplomatie.

À 20 ans, il visite l’Angleterre et en revient ébloui par le système d’éducation, au sein duquel le sport occupe une grande place. Il admire notamment Thomas Arnold, l’ex-directeur du Collège de Rugby, connu pour avoir déployé les sports d’équipe en tant que méthode d’apprentissage.

De retour en France, il désire renouveler le système d’éducation, qu’il juge trop conformiste.

Il dit : "Je veux redonner à cette jeunesse le bronzage qu’avaient les Grecs anciens." Il va redonner, justement, cette capacité […] de faire de son corps une sorte d’arme pour contrer la mollesse, la sexualisation du monde et le mensonge. Ce sont ses mots. C’est vraiment une grande entreprise de resocialisation de la jeunesse française que l’œuvre de Pierre de Coubertin.

Laurent Turcot

Signal reçu

Devenu secrétaire de l’Union des sociétés françaises de sport athlétique, il s’inspire de l’idée d’un autre dignitaire du monde du sport d’organiser des rencontres sportives internationales pour les universitaires. Le 23 juin 1894, à brûle-pourpoint, il appelle officiellement à une refondation officielle des Jeux olympiques lors d’un discours.

D’abord ignorée, sa déclaration suscite l’enthousiasme. Le Comité international olympique (CIO) est créé et le mécanisme s’enclenche pour la tenue de Jeux olympiques en 1896, à Athènes. Pierre de Coubertin n’est cependant pas aux commandes. Il aurait préféré Paris et un échéancier plus long.

Les membres du Comité international olympique (CIO) en 1896.

Les membres du Comité international olympique (CIO) en 1896 : Le Dr Willibald Gebhard (Allemagne), Jiri Guth-Jarkovsky (Bohême), Ferenc Kemeny (Hongrie), le général Victor Balck (Suède), Pierre de Coubertin (France), Demetrios Vikelas (Grèce) et le General Boutowsky (Russie).

Photo : Getty Images / STR / Stringer

Des hauts et des bas

Les Jeux de 1896 sont néanmoins un succès impressionnant compte tenu des délais restreints. Il en va autrement de ceux de Paris, en 1900. Les épreuves sportives sont organisées en marge de l’Exposition universelle et passent inaperçues. Idem pour les Jeux de Saint-Louis, en 1904, théâtre de « journées anthropologiques » (Anthropology Days) consacrées aux performances d’athlètes d’origines ethniques dites « inférieures ».

Le bilan est plus positif pour les Jeux de Londres de 1908 et ceux de Stockholm, en 1912. Tant souhaitée par Pierre de Coubertin, la distance entre les Jeux et la politique se réduit lorsque l’Allemagne et l’Autriche sont exclues pour leur rôle dans la Première Guerre mondiale.

Le Suédois Johan Svanberg à la ligne d'arrivée de l'épreuve du marathon masculin aux Jeux olympiques de Londres de 1908.

L'épreuve du marathon masculin aux Jeux olympiques de Londres de 1908

Photo : Getty Images / Stringer

Taches au tableau

Durant tout son règne au CIO, il s’oppose à la participation des femmes aux compétitions. La place de ces dernières, selon lui, est à la remise des médailles. Au début des années 1930, cependant, il milite pour la tenue des Jeux de 1936 à Berlin, en Allemagne. Il n’est alors plus à la tête du CIO, mais les nazis l’invitent à grands frais et il appuie avec enthousiasme la candidature allemande.

Selon Laurent Turcot, l’héritage de Pierre de Coubertin reste perceptible dans la place accordée au français dans le mouvement olympique. Son idéal du dépassement de soi s’est quelque peu fondu dans la réalité capitaliste, mais c’était à prévoir, puisque le sport, en tant que grand miroir de la société, reflète nos travers.

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