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Le massacre de Lachine, un événement oublié à force d’être réévalué

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

En reprise tout l'été
Du lundi au vendredi de 23 h 30 à minuit

Le massacre de Lachine, un événement oublié à force d’être réévalué

Couverture du livre <i>Le massacre de Lachine : roman canadien historique</i>.

Portion de la couverture du livre Le massacre de Lachine : roman canadien historique, d'Alexandre Huot, publié en 1923.

Photo : Édition Edouard Garand / A. Fournier et J. Maurice

Il fut un temps où tous les petits Québécois apprenaient que, dans la nuit du 4 au 5 août 1689, 1500 Iroquois avaient tué plus de 200 villageois français lors d'un raid surprise. Avec le temps, le regard sur ce drame a changé, et des anthropologues ont plutôt parlé de 24 victimes et de 45 prisonniers. Aujourd'hui, des historiens sont tentés de reconduire les récits de témoins directs, comme Gédéon de Catalogne ou le gouverneur Frontenac. L'un d'entre eux, Éric Bédard, parle à Jacques Beauchamp des dangers de vouloir, d'une part, chercher des héros dans l'histoire de la Nouvelle-France et, d'autre part, chercher une version politiquement correcte des faits.

Tout au long du 17e siècle, les tensions sont vives entre les Français vivant dans la vallée du Saint-Laurent et les Iroquois. L’alliance de la coalition laurentienne, qui prévoit la collaboration des Algonquins, des Micmacs, des Innus, des Anichinabés et des Malécites avec les Français, fait effectivement des ennemis des Iroquois, lesquels ont des prétentions hégémoniques sur le territoire.

Les attaques iroquoises contre les postes de Ville-Marie et de Trois-Rivières sont fréquentes. Certaines années, elles sont même incessantes. Les colons n’osent plus aller au champ sans fusil. Ville-Marie se dote d’une brigade canine pour déjouer les embuscades. À la fin des années 1650, on envisage même de fermer la colonie.

À partir du début des années 1680, le gouverneur Frontenac est convaincu qu’il faut entreprendre une expédition offensive, qu’il faut aller attaquer les Iroquois au milieu du continent. D’abord pour assurer notre présence avec nos alliés […], et puis un peu pour mater ces Iroquois, qui veulent absolument tout contrôler. Iroquois qui ont évidemment le soutien des Anglais.

Éric Bédard
Plaque commémorative du massacre de Lachine.

Plaque commémorative des événements de 1689 à Lachine

Photo : waymarking.com

Une ruse contre-productive

En juin 1667, le marquis de Denonville, successeur de Frontenac au poste de gouverneur, met en place un stratagème : il convie les chefs iroquois à des négociations de paix au fort Frontenac (à l’emplacement actuel de Kingston, en Ontario). Une fois arrivés sur place, les dignitaires sont arrêtés, enchaînés puis envoyés à Marseille, sur les galères. Une version mentionne 45 chefs faits prisonniers, dont un seul serait revenu vivant. Une autre fait état de 36 arrestations, dont 13 retours.

Quoi qu’il en soit, pour les Iroquois, dont l’habitude est de prendre des prisonniers et de les intégrer à leurs communautés, une telle manœuvre est proprement scandaleuse. Elle est probablement la cause directe des événements du 5 août 1689.

L’attaque de tous les mythes

Cette nuit-là, à Lachine, il pleut à boire debout. Les 320 résidents n’ont aucune chance d’entendre l’armée iroquoise de 1200 à 1500 hommes, déjà rompus à l’art de l’assaut silencieux. Ils n’ont aucune protection militaire non plus.

C’est là que les versions se contredisent. Selon Éric Bédard, dans la construction du récit de la nation canadienne-française, on a insisté sur l’héroïsme des colons et de leurs descendants, de même que sur le caractère barbare et sanguinaire des Iroquois. Puis, dans la recherche d’un contrepied qui tienne compte de l’engrenage ayant produit la tragédie, on a aussi, peut-être, minimisé la portée de cette attaque.

Une chose est sûre : en 1689, Lachine a passé un si mauvais moment que la colonie entière en a été secouée.

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