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Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

Charles Chiniquy, apôtre spectaculaire de l’abstinence à l’alcool

Charles Chiniquy.

Charles Chiniquy en 1841. Source : Musée des beaux-arts du Canada

Photo : Antoine Plamondon

Au milieu du 19e siècle, ce prêtre charismatique a fait de la « tempérance » son cheval de bataille, à une époque où l'industrialisation à tout crin faisait effectivement des ravages sur le foie des ouvriers. Porte-voix des inquiétudes de l'Église à propos tout ce qui pouvait compromettre son influence, il attirait des foules de milliers de personnes avec ses sermons. Catherine Ferland, historienne, raconte à Jacques Beauchamp que s'il a obtenu des résultats probants dans sa croisade, cet orateur coloré a lui-même commis d'autres types de péchés.

Charles Chiniquy.

Charles Chiniquy vers 1851. Source : Musée régional de Kamouraska

Photo : Inconnu

Né en 1809 à Kamouraska, il étudie au Séminaire de Nicolet et s’impose rapidement pour son talent oratoire, sa piété et son opportunisme. Ordonné prêtre en 1833, il est envoyé à Beauport en 1838 et y fonde la Société de la tempérance. En 1840, il convainc 1300 paroissiens de renoncer à l’alcool.

À ce moment, l’alcoolisme représente bel et bien un problème. L’industrialisation a favorisé la circulation des spiritueux, et leur coût à la baisse attise les problèmes de dépendance là où la misère sociale s’installe. En 1836, Montréal compte 314 auberges et 500 débits clandestins. Québec en possède environ 215, dont 50 sur la seule rue Champlain.

Dans un Québec piqué au vif par le rapport Durham, le discours vertueux de Chiniquy chatouille les sensibilités identitaires.

C’est une croisade qui a sa place. C’est important de le comprendre. Chiniquy ne se bat pas contre des moulins à vent. Il se bat contre un problème social qui est tout à fait existant et flagrant.

Catherine Ferland
Charles Chiniquy

Charles Chiniquy dans les années 1860. Source : Musée national des beaux-arts du Québec.

Photo : Inconnu

Vent d’Europe

Lancé en Irlande, le mouvement antialcool arrive au Bas-Canada grâce à Charles de Forbin-Janson, un évêque royaliste français doté lui aussi d’un fort sens de la persuasion et du spectacle. En 1841, 25 000 personnes viennent l’entendre bénir une croix sur le mont Saint-Hilaire. Avec Charles Chiniquy, de Forbin-Jeanson en réunit 10 000 pour un événement semblable à Beauport.

Vedette en puissance

En 1842, Chiniquy doit quitter Beauport pour avoir fait des avances à la ménagère du presbytère. Il poursuit néanmoins son combat en publiant, en 1844, le Manuel de la tempérance. L’ouvrage remporte un succès tel qu’il est réédité trois ans plus tard, puis traduit en anglais.

En 1848, il fait la tournée des paroisses à la demande de l’évêque Ignace Bourget. Ses discours sont ponctués d’effets sonores et les femmes s’évanouissent en l’entendant. À 40 ans, Chiniquy a la reconnaissance du public, l’oreille des autorités, une médaille de reconnaissance offerte par ses concitoyens ainsi qu’un portrait de lui peint par Théophile Hamel. Les statistiques du clergé démontrent par ailleurs l’efficacité de sa campagne.

Boires et déboires

Son dédain pour l’autorité freine toutefois sa lancée. En 1851, il est envoyé en Illinois pour des déclarations publiques ayant déplu à Monseigneur Bourget. En 1856, il est carrément excommunié. Après sa croisade contre l’alcool, Chiniquy en entreprend une autre contre l’Église catholique. Il se marie, se convertit au protestantisme et devient ministre de l’Église presbytérienne en 1860.

Dans les années 1870, le mouvement antialcool connaît un second souffle. Charles Chiniquy , lui, meurt en 1899. Selon Catherine Ferland, la prohibition promulguée plus tard par le gouvernement fédéral ainsi que la reprise de la promotion de la tempérance par les franciscains et les dominicains reposent sur les bases du mouvement qu’il a galvanisé.

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