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Robertine Barry, pionnière libre du journalisme et du féminisme au Québec

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

Robertine Barry, pionnière libre du journalisme et du féminisme au Québec

Robertine Barry.

Robertine Barry. Source : Thomas Fisher Rare Book Library, Université de Toronto / Flickr

Photo : Domaine public

Dans le climat hyperconservateur du 19e siècle, cette première Québécoise à vivre du journalisme s'est battue pour l'émancipation et le droit de vote des femmes, ainsi que pour la laïcisation de l'éducation. Bien avant Simone de Beauvoir, elle a critiqué l'institution du mariage et milité pour l'indépendance financière des femmes. Sophie Doucet, spécialiste de l'histoire des femmes, raconte à Jacques Beauchamp le parcours remarquablement avant-gardiste de Robertine Barry.

Roberrtine Barry.

Robertine Barry

Photo : Domaine public

Née à l’île Verte en 1863 d’un père d’origine irlandaise et d’une mère canadienne-française, dans une famille de 10 enfants, elle passe sa jeunesse à proximité de la nature et du fleuve Saint-Laurent, mais aussi entourée de littérature et de musique.

Pendant ses études aux Ursulines, elle fait ses premières armes comme journaliste dans L’Écho du cloître. Après quelques années à soumettre, sans succès, des articles à différentes publications, c’est à La Patrie, le journal d’Honoré Beaugrand, qu’elle commence sa vie professionnelle en 1891.

Des pavés dans la mare

Jusqu’en 1900, elle y publie la Chronique du lundi. Elle s’en prend notamment au fait que les jeunes filles ne peuvent pas poursuivre leur éducation au-delà du collège et n’ont pas accès au marché du travail. Elle dénonce la violence conjugale et affirme que l’argent public donné au clergé devrait plutôt aller aux universités.

Ce qu’il y a d’admirable […], c’est l’unanimité de ces messieurs à refuser aux jeunes filles une instruction supérieure et qui pourrait en faire les égales de leurs seigneurs et maîtres. Là-dessus, il n’y a qu’un cri. On aurait pu croire que ce qu’on reproche aux maisons d’éducation est de ne pas donner une instruction assez forte, assez profonde, mais non : une fille en sait toujours assez quand elle peut confectionner des petits plats qui flattent le palais de ces messieurs

Robertine Barry

Figure polarisante

En 1894, elle publie Fleurs champêtres, un premier recueil de nouvelles sur les mérites des habitants de la campagne. Les polémistes conservateurs, comme Jules-Paul Tardivel, lui reprochent son indifférence pour la religion, alors qu’elle est une fervente croyante. Ses détracteurs l’appellent « monsieur » et l’accusent de vouloir transformer les femmes en hommes.

À l’inverse, le poète Louis Fréchette l’admire, tout comme Émile Nelligan et Olivar Asselin, pour qui elle est une sorte de marraine littéraire. Figure influente, elle tient salon pour les membres de l’élite libérale et culturelle du temps.

Le <i>Journal de Françoise</i>.

Page frontispice du Journal de Françoise, numéro du 10 mai 1902

Photo : Domaine public

Jusqu’au bout

Elle choisit aussi de ne pas se marier, puisqu’un tel geste confère aux femmes les droits d’une personne mineure aux yeux de la loi. Elle demeure avec sa mère et les autres membres de sa fratrie ayant choisi le célibat afin d’avoir la liberté d’écrire. Lorsqu’elle part en reportage, elle se fait accompagner par des amis ou par sa sœur.

En 1902, elle fonde le Journal de Françoise spécifiquement à l’intention des femmes, sentant qu’il manque un tel outil d’éducation. Pendant sept ans, elle y investit ses économies et en assure presque seule la publication.

Robertine Barry meurt en 1910 d’un accident vasculaire cérébral qui a pu avoir été causé par des médicaments contre la dépression. Elle n’a pas le temps de réaliser son rêve, soit d’écrire un grand roman sur l’histoire des Canadiens français.

Selon Sophie Doucet, davantage devrait être fait pour célébrer la mémoire de cette importante précurseure de la libération des femmes.

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