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L’émeute de Stonewall, catalyseur du mouvement LGBTQ

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30
(en rediffusion le samedi à 00 h 30)

L’émeute de Stonewall, catalyseur du mouvement LGBTQ

Une foule résiste à l'intervention de la police au club Stonewall Inn, le 27 juin 1969.

Une foule résiste à l'intervention de la police au club Stonewall Inn, le 27 juin 1969.

Photo : ny daily news via getty images / New York Daily News Archive

Dans la nuit du 28 juin 1969, huit policiers en civil entrent avec un mandat de perquisition au Stonewall Inn, point de rendez-vous clandestin de la communauté gaie new-yorkaise, et procèdent à des arrestations. Pour les clients de l'endroit, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Ce soir-là, ils se rebellent contre des années de répression, de marginalisation et de mépris de leurs droits, et entrent dans une colère qui déclenche cinq jours d'émeutes. Karine Prémont, politologue, raconte à Jacques Beauchamp que cet événement a donné naissance aux mouvements de Fierté partout dans le monde.

À la fin des années 1960, l’homosexualité est encore taboue aux États-Unis. Au mieux, elle est considérée comme une maladie mentale; au pire, comme un crime. Le maccarthysme, qui présentait les homosexuels comme particulièrement vulnérables au chantage des communistes, a laissé des traces. Aucune loi ne protège les personnes LGTBQ. Le silence reste la voie la plus sûre.

Le paradoxe new-yorkais

Même si la métropole américaine abrite la plus importante communauté LGBTQ aux États-Unis, la Ville de New York est particulièrement répressive à son endroit. Surtout depuis le début des années 1960, alors qu’on tente de « nettoyer la ville » à l’approche de l’Exposition universelle de 1964. Les personnes de même sexe qui s’embrassent en public peuvent être accusées d’attentat à la pudeur. Celles qui courtisent ouvertement une autre personne, de sollicitation. La régie des alcools de la ville, qui punit sévèrement quiconque sert de la boisson aux homosexuels, est un autre bras répressif de l’administration municipale.

Un lieu de rencontre dans le placard

Le Stonewall Inn, dans Greenwich Village, est l’un des rares endroits où la communauté peut se retrouver et danser. Ouvert en 1967, le club clandestin privé accueille une centaine de clients par fin de semaine, et ce, en dépit de son allure et de ses pratiques douteuses. Grâce à un accord tacite entre le propriétaire mafieux, Fat Tony Lauria, et la police, l’établissement est prévenu avant les descentes.

De fait, la visite des policiers du 24 juin 1969 se déroule comme d’habitude : ceux-ci se présentent en début de soirée et les clients sont avisés grâce à un jeu de lumière codé. Le 27 juin au soir, toutefois, les agents se présentent sans prévenir.

Les choses se sont précipitées. Une drag queen a donné un coup de pied à un policier. Les agents se sont tournés vers nous et ont fait ce qu’ils ont toujours fait; ils ont dit : "Ça suffit les pédés, le spectacle est terminé, tout le monde dehors!" Mais pour une raison inconnue, sans même nous consulter, nous avons tous refusé d’obtempérer et nous avons avancé vers eux. En une seconde, les objets volaient dans les airs. Les policiers ont paniqué.

Témoignage d’une personne sur place
Quatre hommes participant au défilé tiennent un énorme 5 et un énorme 0 faits de ballons aux couleurs de l'arc-en-ciel.

Des participants de la parade de la Fierté de New York qui soulignait les 50 ans des émeutes de Stonewall, à l'été 2019.

Photo : Reuters / Brendan McDermid

Résistance tenace

À 4 h du matin, une foule de 400 à 600 personnes encercle les policiers, qui se réfugient dans le bar après avoir appelé des renforts. À 5 h, l’escouade tactique parvient à la disperser. On dénombre quelques blessés, 13 arrestations, plusieurs pneus lacérés et un taxi renversé.

Le lendemain soir, environ 200 personnes reviennent au Stonewall, dont plusieurs par simple solidarité envers la communauté gaie. La police revient elle aussi, usant de violence et de gaz lacrymogènes. Les médias commencent à couvrir l’événement, souvent en usant d’un langage discriminatoire envers les émeutiers. Le grand public découvre néanmoins la réalité de la communauté homosexuelle.

Le Stonewall Inn de nos jours.

Le Stonewall Inn de nos jours.

Photo : Getty Images / OlegAlbinsky

Héritage durable

Au premier anniversaire de l’émeute, le 28 juin 1970, une marche est organisée dans Greenwich Village pour commémorer l’événement. Ce rassemblement est maintenant considéré comme le premier défilé de la Fierté.

Selon Karine Prémont, l’émeute de Stonewall a marqué un tournant dans la reconnaissance des droits des personnes LGBTQ+. Les nombreux groupes d’intérêt formés dans la foulée de l’événement ont réalisé d’innombrables avancées qui semblaient inatteignables il y a 50 ans.

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