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Le peintre Jean McEwen, poète de la couleur

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30

Le peintre Jean McEwen, poète de la couleur

<i>Les continents fleuris no. 2</i>, de Jean McEwen

Les continents fleuris no. 2, de Jean McEwen, 203 x 305 cm, 1974.

Photo : Galerie Simon Blais. @SODRAC / Succession de Jean McEwen

Arrivé à la peinture sur le tard, ce disciple de Monet, Borduas et Riopelle a su prendre ses distances des automatistes et trouver un style unique en exploitant la surface entière de ses toiles, ainsi qu'en créant des effets de transparence grâce à la superposition des couleurs. Son approche pourrait même avoir inspiré la création du drapeau canadien. Simon Blais, galeriste, raconte à Jacques Beauchamp le long parcours de cet ancien pharmacien pour trouver sa voie entre les influences européennes, québécoises et américaines.

Avant même d’entreprendre ses études en pharmacie, le jeune Jean McEwen publie des textes dans les revues de poésie. En 1946, il voit The Moon and Sixpence, un film sur la vie de Paul Gauguin, et il a le coup de foudre pour la peinture en plus de s’identifier au grand peintre, qui a été banquier avant de trouver sa vocation. En sortant du cinéma, il se procure couleurs, pinceaux et toiles.

Écrire des vers à coups de pinceau

Il travaille comme assistant dans une pharmacie, puis comme représentant pharmaceutique. Au cours de ses visites, il en profite pour vendre ses premiers tableaux à des médecins.

Bien qu’il a conclu être un poète médiocre, il continue d’user de sa plume pour donner à ses œuvres des titres évocateurs comme Meurtrières traversant le jaune, Verticale nocturne ou Miroir sans image.

Il disait qu’un tableau devait avant tout avoir une charge poétique. Il disait que si au premier regard on sent la poésie dans l’œuvre, qu’au deuxième on le trouve toujours et qu’au troisième, c’est encore le cas, c’est un tableau réussi. […] Il n’avait jamais d’idée préconçue. Il n’avait pas de plan. Tout était fait de façon très intuitive et très émotive. Sa peinture est à fleur de peau.

Simon Blais
Vue de l’exposition <i>Poème barbares</i> à la galerie Simon Blais, présentée en septembre 2018.

Vue de l’exposition Poème barbares à la galerie Simon Blais, présentée en septembre 2018.

Photo : Galerie Simon Blais. @SODRAC / Succession de Jean McEwen

Révélations colorées

Sur ses premiers tableaux, il s’inspire des couleurs tropicales de Gauguin. En 1949, il rencontre Paul-Émile Borduas, qui le guide et l’inspire à son tour.

En 1951 et en 1952, il séjourne à Paris et découvre Les nymphéas, de Monet. La taille et les couleurs du tableau le subjuguent. Au Louvre, il se pâme devant La mort de Sardanapale, un énorme tableau d’Eugène Delacroix. Il fait aussi la rencontre de peintres américains comme Sam Francis, avec qui il se trouve des affinités.

La vérité sous une couche de blanc

De retour au Québec la tête pleine, il redouble d’efforts pour trouver sa propre griffe. En 1955, il fait une percée lorsque, en tentant de produire de nouvelles toiles à partir d’œuvres achevées qu’il a recouvertes de blanc, les couleurs originales transparaissent malgré lui. Il décrit dorénavant ses œuvres comme des rideaux derrière lesquels, si on pouvait les ouvrir, on trouverait le tableau de Delacroix.

Grands bonds en avant

Sa carrière prend une tournure internationale lorsque, en 1963, il fait une première exposition solo à la prestigieuse galerie Martha Jackson, à New York.

L’année suivante, il participe au concours visant à trouver un nouveau drapeau canadien. Sa soumission est en rouge et blanc, avec un objet cruciforme au centre et les quatre coins peints. Elle n’est pas retenue, mais le nouveau drapeau, étrangement, est aux mêmes couleurs. Son concept lui inspire par ailleurs une nouvelle série, Les drapeaux inconnus, aujourd’hui fort recherchée.

En 1998, à la fin de sa vie, il reçoit le prix Paul-Émile Borduas, qu’il convoitait depuis longtemps. Il meurt l’année suivante à 75 ans.

Selon Simon Blais, Jean McEwen n’a peut-être pas été reconnu à sa juste valeur parce qu’il est arrivé après le mouvement automatiste, et après Refus global, qui ont servi de tremplin aux peintres de sa génération.

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